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Économie Publié le mercredi 30 juin 2010 | L’intelligent d’Abidjan

Genève / Avenir de l’économie cacaoyère - L’ambassadeur Guy Alain Gauze parle du nouvel accord

© L’intelligent d’Abidjan Par DR
Café-Cacao - SEM l`Ambassadeur Guy-Alain Emmanuel Gauze, ancien ministre des Matières premières
Au lendemain de la conclusion heureuse de la conférence des Nations unies sur le cacao en vue d’un nouvel accord international de coopération économique, commerciale et de partenariat technique sur le cacao, le président de la conférence international, l’ambassadeur ivoirien Guy Alain Gauze, représentant permanent, apporte des éclaircissements sur le nouvel accord international sur l’économie cacaoyère.

Quelle différence y a-t-il entre le nouvel Accord international sur le cacao et l’ancien datant de 2001?

Ambassadeur Guy Alain E. Gauze : Avant de répondre de façon précise à votre question, je voudrais rendre hommage à toutes les délégations des 45 pays membres producteurs (Afrique, Asie et Amérique latine) et consommateurs (Union européenne, Russie, Suisse) et aux pays observateurs ainsi qu’aux agences et organisations de coopération, de même qu’aux représentants de l’industrie et du négoce international, qui se sont impliqués avec un réel enthousiasme dans ce processus de négociation du nouvel instrument de coopération Nord/Sud dans le secteur de la production, du négoce et de l’industrie du cacao. Pour revenir à votre question, le nouvel Accord qui vient d’être négocié après d’âpres discussions techniques succède certes à l’Accord international de 2001, mais s’inscrit dans une suite logique des Accords précédents notamment ceux de 1973, 1975, 1980, 1986, 1993 et bien entendu 2001. De l’ancien Accord (2001), on retiendra qu’il était dans ses objectifs, équilibré. Cependant, les spécialistes s’accordaient pour reconnaître qu’il pêchait quelque peu dans son dispositif opératoire. J’y reviendrais. Ainsi donc, les objectifs de l’Accord de 2001 se retrouvent renforcés dans le nouvel Accord celui, dit de 2010. L’ancien Accord avait formulé quatre objectifs principaux et quatre sous objectifs. Par contre, le nouvel Accord les agrège en objectifs à part entière en conférant un rôle accru à l’Organisation internationale du Cacao.

Le nouvel accord renforce la coopération …

On retiendra qu’outre la nécessité de favoriser l’obtention de prix justes générant des recettes équitables pour les producteurs et les consommateurs au sein de la filière cacao, le nouvel Accord renforce sérieusement la coopération des gouvernements des pays membres avec le secteur privé et les organismes de financement et de développement voire avec la société civile à travers les ONG dont l’activité touche peu ou prou à l’économie cacaoyère. Le soutien réaffirmé à la recherche scientifique et l’application des résultats à la filière pour la densification de la production et l’amélioration de la qualité marchande, dans une approche de productivité et de profitabilité ainsi que l’exigence de transparence du marché ont été consignés dans le nouvel Accord international sur le cacao. Par ailleurs, le nouvel Accord intègre d’autres objectifs essentiels notamment le transfert de technologie dans la chaîne des valeurs dans les pays producteurs, de même que l’application des stratégies permettant d’accroître la capacité des communautés locales et des petits exploitants à bénéficier de leur production de cacao et contribuer ainsi à réduire la pauvreté ainsi que la promotion de la qualité du cacao et le développement des procédures de sécurité alimentaire.

Quelles sont donc les innovations du dispositif opératoire ?

Dans son dispositif opératoire, le nouvel Accord innove fondamentalement avec l’avènement du Comité économique qui remplace le Comité du marché qui avait révélé des insuffisances en matière de transparence du marché et de données relatives aux produits dérivés du cacao. Désormais le Comité économique reste et demeure l’organe stratégique d’examen et d’analyse des statistiques des fondamentaux du marché, c’est-à-dire la production, la consommation, les stocks, les broyages, les produits dérivés. En clair, tout ce qui concourt aux processus de formation des prix. Ce Comité économique gèrera également les stratégies de promotion, les projets de développement, la question des barrières tarifaires et non tarifaires etc … Il s’agit d’un organe essentiel dans le nouvel Accord. L’autre innovation importante réside dans le renforcement de la Commission consultative sur l’économie cacaoyère durable dont la mission s’articule autour des trois piliers de la durabilité à savoir les dimensions économique, sociales (éthique) et environnementale. L’ouverture des travaux du Comité économique et du Conseil consultatif aux secteurs privés et aux ONG en qualité d’observateurs mérite d’être soulignée également. Autres innovations majeures, dans l’ancien Accord, les membres reconnaissant que l’usage des produits de remplacement pouvait nuire à l’accroissement de la consommation mondiale du cacao et au développement d’une économie cacaoyère durable. A cet égard, un article spécifique avait été consacré à la menace que les produits de remplacement du beurre du cacao représentaient. Dans le nouvel Accord, il ne s’agit plus exclusivement de beurre, mais du cacao au sens générique. Cette nouvelle disposition implique les fèves et les autres produits dérivés notamment la poudre, la liqueur etc. C’est une avancée importante.

Que gagne chacune des parties producteurs et consommateurs à travers le nouvel Accord pour lequel vous vous êtes battu durant cinq jours?

Une précision s’impose d’entrée. Les négociations, il est vrai, ont été intenses du 21 au 25 juin 2010, cinq jours durant. Mais un fait mérite d’être souligné, le processus a été initié en janvier 2008 lorsque le Conseil de l’Organisation internationale du Cacao (ICCO) a institué un groupe de travail composé de tous les pays membres de l’ICCO pour réfléchir sur la forme et la substance du futur Accord. Ainsi donc, nos collègues qui gèrent au quotidien à Londres l’Organisation internationale du Cacao et l’Accord avaient débuté les travaux en mai 2008. La conférence des Nations Unies qui s’est tenue à Genève du 21 au 25 juin 2010 et que j’ai eu le grand privilège de présider, à la demande des pays membres producteurs et consommateurs, était le point d’orgue du processus. Il est vrai que les négociations ont été très intenses et complexes à la fois en raison des enjeux et des défis qu’elles comportaient. Cependant, on peut se réjouir de la convergence des opinions et des perspectives reflétées au soir du 25 juin 2010 entre les producteurs et les consommateurs et qui ont été consignées dans le nouvel Accord sur le cacao. Les deux parties ont, à l’évidence, manifesté leur volonté de préserver un cadre d’échange, de coopération commerciale et de partenariat technique à travers un nouvel Accord, j’allais dire rénové avec de nouvelles ambitions en matière de transparence du marché, d’analyse des données sur la production, la consommation, les broyages, les stocks et les produits dérivés et les prix. Avec aussi une nouvelle démarche en matière de productivité et de profitabilité de la cacaoculture dans les pays producteurs avec un objectif de prix justes et rémunérateurs, d’amélioration de la qualité et la prise en compte des communautés locales de petits exploitants, de même que l’industrialisation et la mobilisation des crédits au profit des pays producteurs. Au total, les pays producteurs ont su défendre avec acharnement leurs intérêts. Quant aux pays consommateurs dont le négoce et l’industrie sont tributaires du cacao, ils ont réussi l’exploit d’être en harmonie, non sans effort avec leurs partenaires des pays producteurs. Dans ma propre perspective de président de la conférence, cet Accord est équilibré et rassurant. C’est un traité qui mérite d’être salué.

Peut-on véritablement s’attendre à un éveil de l’économie cacaoyère mondiale avec ce nouvel Accord ?

Bien entendu. Je voudrais vous faire observer que dans le contexte économique et financier mondial actuel, les produits de base, toutes origines confondues, sont devenus des placements alternatifs recherchés, ainsi que le démontre l’évolution haussière ou à tout le moins la stabilité à des niveaux rémunérateurs des cours mondiaux du cacao, dopés en partie par les fondamentaux qui jouent en faveur des pays producteurs, avec une croissance de la demande dans les économies émergentes, mais surtout par les options des investisseurs et autres financiers à la recherche de la rentabilité de leurs placements. En outre, avec la nouvelle dimension accordée au concept traduisible en acte sur le terrain de l’économie cacaoyère durable couplée à la demande de la délégation ivoirienne du concept de la productivité et de la profitabilité, le nouvel Accord contient dans son corpus, des facteurs d’éveil de l’économie cacaoyère mondiale fondée sur la transparence dans l’analyse du marché et des statistiques des fondamentaux pour sécuriser les stratégies commerciales avec un objectif de prix justes et rémunérateurs.

Quand ledit Accord entrera t-il en vigueur ?

Le nouvel Accord international de 2010 sur le cacao, qui outre le préambule, comprend 65 articles articulés autour de 18 chapitres et de trois annexes techniques, succèdera à l’Accord international de 2001 qui expire en 2012 ou à une quelconque date ultérieure, si à cette date, des gouvernements qui représentent au moins cinq pays exportateurs réalisant 80% au moins des exportations totales et des gouvernements qui représentent des pays importateurs groupant 60% au moins des importations, ont déposé leurs instruments de ratification, d’acceptation, d’approbation ou d’adhésion auprès du dépositaire, en l’occurrence le Secrétariat général des Nations Unies. De même, l’Accord international entrera en vigueur à titre provisoire le 1er janvier 2011. Si les mêmes pourcentages requis pour l’entrée en vigueur définitif sont établis.

Que prévoit l’Accord international pour le développement durable de l’économie cacaoyère ?

Comme vous le savez, les principes qui constituent la référence universelle en matière de développement durable sont les 27 principes de la Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement adoptés en juin 1992, ainsi que le plan d’action 21 ou agenda 21 de la convention sur la biodiversité de 1992, de la convention cadre sur les changements climatiques et bien évidemment de la Déclaration de Johannesburg issue du sommet mondial sur le développement durable de 2002. Je citerai également la Déclaration du Millénaire pour le Développement de 2000. Tous ces éléments représentent les textes fondateurs des principes et des engagements qui définissent, pour l’ensemble de la communauté internationale, le cadre d’un nouveau mode appelé Développement durable, c’est-à-dire un développement qui soit à la fois réel du point de vue économique équitable sur le plan social et écologiquement rationnel pour préserver les générations futures. Appliquée à l’économie cacaoyère, la durabilité ambitionne donc d’impliquer tous les acteurs du secteur cacao, notamment les producteurs, les négociants, les industriels, les fabricants, les ONG dans la gestion des trois piliers ; (économique, social et environnemental), du développement durable en vue d’assurer la lutte contre la pauvreté, l’augmentation de l’emploi et l’accroissement des revenus, l’amélioration des niveaux de vie et des conditions de travail des petits exploitants agricoles ainsi que la protection de l’environnement. L’économie cacaoyère durable vise donc à faire des générations futures non pas des survivants mais de véritables héritiers.

Que peut attendre la Côte d’Ivoire en tant que premier producteur de fèves de cacao de cet Accord ?

En sa qualité de premier producteur mondial de cacao avec 40% de l’offre mondiale, le cacao représente plus de 35% des produits d’exportation de la Côte d’Ivoire. Au-delà de son rôle dans la sécurité macro-économique du pays, le cacao fait vivre des milliers d’agents économiques, planteurs, pisteurs, traitants, transporteurs, coopératives, transformateurs, auxiliaires maritimes à quai, banquiers, exportateurs, travailleurs des services étatiques et para-étatiques. C’est dire le rôle stratégique de la filière cacao en Côte d’Ivoire. Ce qui a justifié la présence de notre pays à tous les grands rendez-vous de négociations des Accords successifs sur le cacao depuis le premier du genre, celui de 1973. Avec l’Accord international de 2010, le septième de la série, la Côte d’Ivoire qui a assuré un rôle important dans ces négociations à travers le Ministre de l’Agriculture et son collègue du Commerce assisté de leurs collaborateurs techniques, des dirigeants des organes de la filière et du Représentant à Londres, M. Djikalou, endosse cet Accord qui, quoique orienté sur le marché, représente un bassin d’opportunité pour relever le défis de la productivité et de la profitabilité et partant de la lutte contre la pauvreté. Cet accord qui s’offre à la communauté cacaoyère mondiale dans un environnement d’économie libérale, représente un cadre d’action pour renforcer la compétitivité de la filière en Côte d’Ivoire au profit des petits exploitants, des petites et moyennes entreprises exportatrices et des coopératives exportatrices dans le cadre de la lutte contre la pauvreté. Avec la conclusion positive des négociations le 25 juin 2010, les producteurs et les consommateurs ont émis des signaux positifs en direction du marché. Vous observerez que depuis lors, le marché international s’est encore amélioré pour s’établir depuis lundi 28 juin

Interview réalisée par Honoré Kouassi

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