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Économie Publié le jeudi 19 janvier 2017 | Cote d’Ivoire Economie

Mine : Un secteur prometteur

© Cote d’Ivoire Economie Par DR
Un site d`orpaillage
Depuis ces quatre dernières années, le secteur minier ivoirien connaît un véritable essor avec d’anciennes et nouvelles mines en pleine exploitation, tout comme dans le domaine de l’exploration. Reste toutefois la question de l'orpaillage clandestin qui suscite des controverses.

Les sites miniers ne manquent pas en Côte d'Ivoire. La mine d’or d’Ity (SMI), à Zouan-Hounien (à 700 km d’Abidjan), récemment détenue par le groupe anglo-canadien Endevour Mining Corporation; la mine d’or de Tongon, à 55 km de la ville de Korhogo, du sud-africain Randgold Resources; la mine d’or d’Agbaou, à 200 km au nord d’Abidjan dans le département de Divo, détenue à 85% par Endeavour Mining; la mine d’or de Hiré à 12 km au sud-est de Bonikro, gérée par l’australienne Newcreast constituent le vivier de l’exploitation aurifère en Côte d’Ivoire. Sans oublier la mine d’or de Sissingué-Tengréla, détenue par Perseus Mining; la mine d’or d’Aféma-Aboisso, de Taurus Gold; ou encore la mine d’or de Bouaflé, d’Amara Mining, qui sont en chantier et rentreront très bientôt en exploitation. Selon des données du ministère de l’Industrie et des Mines, la production nationale d’or est passée de 12,4 tonnes en 2011 à 23,5 tonnes en 2015. Soit près du double en l’espace de quatre ans. Avec une contribution de près de 5% au produit intérieur brut (PIB), l'or est devenu une ressource minière assez importante pour le pays.

Le nouveau code minier, le stimulant
Régi par la loi n°2014-18 du 24 mars 2014, en remplacement de celle n°95-553 du 17 juillet 1995, le nouveau code minier est venu stimuler ce secteur hautement stratégique. En témoigne Newcrest Mining, qui s’associe avec Randgold Resources pour rechercher de l’or un peu partout, Osead Mining Côte d’Ivoire à Séguéla, Apollo Consolidated et Taruga Gold Ltd du côté de Dabakala, Tietto Minerals à Zoukougbeu, etc. De nouveaux gisements aurifères sont déjà découverts, l’on crée ou élargit aussi les champs d’activités, etc. A vrai dire, l’exploration et l’exploitation aurifères gagnent du terrain sur toute l’étendue du territoire national. On comprend cette grande offensive des miniers dans la mesure où le ministère en charge des mines estime que le pays regorge d’un potentiel considérable, estimé à 600 tonnes d’or. Et la Côte d’Ivoire n’en a même pas encore exploité le dixième. «Plus des deux tiers du territoire ivoirien est couvert par des formations réputées riches en minéralisation (or, manganèse, bauxite, fer, nickel, etc.)», indique ce ministère.
Les miniers professionnels sont donc au travail, même s'ils restent toujours confrontés à de nombreux problèmes. Notamment l’approvisionnement en continu de l’électricité dans les usines, la baisse du cours de l’or sur l’échiquier international (le lingot d’or – 1.000 g – valait 39.157,6 dollars américains, l’équivalent de 24.169.409,22 francs CFA le 22 novembre dernier, Ndlr), les revendications de travailleurs, les conflits avec les populations riveraines, et bien évidemment l’orpaillage clandestin.

Un phénomène à la peau dure
Cet orpaillage clandestin constitue un véritable problème pour les miniers professionnels comme pour le gouvernement ivoirien qui s’attache à l'endiguer. Mais ces efforts restent quasi vains dans la mesure où ces faussaires sont plus que jamais dévoués à la tâche. L’année dernière, des descentes musclées des forces de l’ordre ont conduit à déguerpir au total 158 sites, du 20 avril au 1er juin, dans le Centre et le Nord du pays. L’opération a aussi permis d’interpeller 39 individus pour trafic illicite de l’or. Cette année, le ministre auprès du président de la République, chargé de la Défense, Alain-Richard Donwahi, était dans le sud-ouest du pays avec son collègue de l’Industrie et des Mines, du 17 juin au 6 juillet. A cette troisième et dernière partie de l’opération dénommée ORFI 3, les résultats ont été éloquents… voire choquants. Le bilan dressé par la cinquième légion de gendarmerie basée à San Pedro indiquait à cet effet : «ORPI 3 a permis d’interpeller 66 orpailleurs, de saisir 3 véhicules, 4 fusils de chasse et des munitions, 500 grammes de cannabis, 190 détonateurs, 126 tubes d’explosifs et plus de 2,83 millions FCFA. Un camion concasseur, 3.017 cabanes et abris de fortune, 434 motopompes, 41 moteurs, 27 groupes électrogènes, 39 broyeuses, 150 dragues et 37 embarcations ont également été détruits.» Même si ces deux ministres qualifient cette opération de succès, cela interpelle les pouvoirs publics sur l’efficacité de la lutte contre l’orpaillage en Côte d’Ivoire, dans la mesure où de nombreux sites déguerpis (dont treize fermés dans les régions de l’Ouest) sont aujourd’hui repris par les orpailleurs clandestins. «Je suis étonné, surpris de voir l’ampleur de ce phénomène sur l’ensemble du territoire. Il faut travailler sur une meilleure efficacité pour éviter la recolonisation», reconnaît par ailleurs le ministre Donwahi.

Ce qui favorise la reconquête des orpailleurs
L’adage est bien connu, la nature a horreur du vide et l’or ne saurait déroger à cette règle. Le problème est qu’après le passage des forces de l’ordre qui font des saisies, interpellations et destructions d’équipements, le terrain reste livré aux orpailleurs qui ont alors le temps de se rééquiper pour revenir sur leurs traces ou conquérir de nouveaux sites. L’or clandestin est une affaire très juteuse et les fossoyeurs sont déjà assez nantis. Ces moyens financiers leur permettent de se faire facilement des amis et alliés. L’approche qui continue de fonctionner consiste en la corruption de tous les acteurs de la chaîne, à commencer par les chefs de villages, les responsables de communautés (de jeunes) puis les collectivités administratives décentralisées, les agents municipaux et les forces de l’ordre. L’argent de l’or permet rapidement d’attendre presque toutes les cibles visées. Et les communautés villageoises sont de vrais témoins et/ou complices. De puissants lobbys sont actifs derrière cette affaire de l’orpaillage clandestin, et un bon nombre de ressortissants de pays frontaliers tels que le Burkina Faso, le Mali et la Guinée sont impliqués. Ils ont, eux, la culture de l’orpaillage et parviennent aisément à tirer de fortes richesses du sous-sol ivoirien. Lesquelles sont facilement évacuées hors du pays. Une vraie contrebande qui ne saurait se faire sans des complicités internes, depuis les villages jusqu’aux frontières terrestres. Mais un autre point, et non des moindres, aggrave la situation.

L’épineuse question des permis traditionnels
Le nouveau code minier interdit certes l’orpaillage clandestin mais autorise l’orpaillage traditionnel. Depuis lors, l’Etat mène des tournées pour expliquer son bien-fondé. Par conséquent, certains faussaires veulent aujourd’hui sortir de leur clandestinité. Ils ont d’ailleurs sollicité des agréments de l’Etat. Le vrai problème se trouve dans la célérité du processus de délivrance de ces permis d’exploitation pour que ces orpailleurs opèrent en toute légalité. L’écosystème minier est fait de sorte que les gros industriels ne peuvent pas à eux seuls exploiter tout l’or dans un pays. Leurs critères d’installation restent assez rigides. A l’instar de la société sud-africaine Randgold Resources, qui exploite la mine d’or de Tongon dans le nord du pays. Son président-directeur général, Mark Bristow, lui, recherche 3 millions d’onces (l’équivalent de 85 tonnes d’or) avant de s’engager à construire une usine en vue de rentabiliser son affaire. D’autres opérateurs (comme Endevour, Newcreast) ont aussi, chacun, leurs exigences en la matière. Ce qui fait que les petits gisements d’or n’intéressent pas ces gros industriels puisqu’ils doivent consentir des investissements très lourds, à des centaines de milliards de nos francs. L’orpaillage traditionnel a alors toute sa place, sauf qu’elle doit être réalisée dans les normes et les règles appropriées. Il s’agit d’une complémentarité. L’Etat ivoirien en a pris la pleine mesure. Mais le hic se trouve dans la procédure de délivrance des fameux permis d’exploitation aux orpailleurs traditionnels. Or, ils sont un peu à la traîne, pourrait-on dire. Ces autorisations devraient un tant soit peu normaliser le processus et freiner l’élan des clandestins. Le ministre de l’Industrie et des Mines, Jean-Claude Brou, est une fois de plus interpellé…

J-J AMOND
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