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Politique Publié le lundi 23 août 2010 | Le Nouveau Réveil

Invité de "la semaine en revue" de Onuci-Fm, samedi / Anaky Kobéna (président du Mfa) : "Le 31 octobre, une date butoir et irréversible"

© Le Nouveau Réveil Par DR
Politique nationale - Le Ministre Anaky Kobena Innocent, président du Mouvement des Forces d’avenir (Mfa)
Le président du Mouvement des forces d`avenir (Mfa), Anaky Kobéna, était, en fin de semaine dernière, l`invité de "La semaine en revue" de la radio des Nations unies en Côte d`Ivoire (Onuci-Fm). Emission produite et animée par notre bouillant confrère Ousmane Kanté. Nous vous proposons de larges extraits des propos qu`il a tenus en rapport avec plusieurs points de l`actualité nationale.

Date du 31 octobre, premier tour de l`élection présidentielle
"(…) Je ne pense pas qu`il soit possible de tenir cette date. Nous venons de parler de démobilisation ou désarmement, mais il y a d`autres facteurs tout aussi importants pour lesquels on n`arrivera certainement pas à tenir cette échéance. C`est le lieu de regretter que jusqu`à ce jour, il n`ait pas été proposé par la Cei un chronogramme clair et précis donnant et les dates et les moyens dégagés. Je recommande au président de la Cei, le ministre Bakayoko, de procéder rapidement à la publication d`un tel tableau, ne serait-ce qu`en cas de non effectivité des élections, la Cei ne se retrouve pas elle-même en cause".

Encasernement et démobilisation
" (…) Pour les uns et pour les autres, le plus important, c`est qu`il y ait un geste, surtout un geste qui établit la confiance. Certes le Premier ministre Soro Guillaume peut s`engager et se mettre en avant, mais il est évident que comme nous le savons tous, cela dépend en grande partie du chef de l`Etat. Alors est-ce que les éléments des Forces nouvelles ont confiance au chef de l`Etat ? Est-ce qu`ils ont des raisons de lui faire confiance ? J`avouerai que je n`en sais rien. Sinon je pense que le problème qui s`est posé récemment, c`est que les locaux prévus pour l`encasernement n`étaient pas normalement aménagés pour certains. Là encore, c`est une espèce d`engagement qu`on a pris un peu à la légère. Et ça ne contribue pas à mettre les éléments des Forces nouvelles en confiance. C`est, l`un dans l`autre, des accumulations de mesures annoncées à grand renfort de publicité mais qui, dans leur exécution, ne sont pas réellement appliquées avec le sérieux de la part d`un Etat responsable".

Les Forces nouvelles auraient pu réhabiliter, elles-mêmes, les sites d`encasernement
"Parlons un peu des recettes des Forces nouvelles. Je pense qu`il est évident qu`il y a effectivement des taxes qui sont perçues dans la zone Cno pour le compte des Forces nouvelles. Est-ce qu`il a été établi quelque part les montants que cela peut générer par semaine ou par mois ? Alors si c`est le cas, je pense que ce problème peut être résolu de manière simple. A savoir que d`un côté, le Premier ministre Soro Guillaume qui est la haute autorité des forces nouvelles et Laurent Gbagbo, le chef de l`Etat de Côte d`Ivoire, les deux peuvent s`entendre pour trouver la solution. On pourrait par exemple envisager que l`un prenne tel pourcentage et l`autre tel autre pourcentage. On n`a pas besoin de la Côte d`Ivoire pour cela, étant donné qu`à première vue, le courant passe parfaitement entre les deux".

Epidémies de fièvre jaune et de dengue
"(…) Juste avant les indépendances et immédiatement après, nous avions au niveau d`Abidjan et des autres villes de Côte d`Ivoire, ce qu`on appelait le service d`hygiène. Il y avait des agents formés qui faisaient le tour des quartiers de la ville, qui entraient dans les cours, les concessions et qui procédaient à des contrôles très stricts, assortis de sanctions là où il était détecté qu`il y avait des saletés qui pouvaient générer des moustiques. Dans le cas présent, acceptons de mettre sur pied des équipes qui vont faire le tour de la ville, mais surtout qui vont réprimer. La peur de la répression fera que ce qui est demandé par le ministère de la Santé sera rapidement éradiqué. Il faut y aller de manière un peu ferme, avec un peu d`autorité. Je vous donnerai un exemple, il y a un quartier d`Abidjan qu`on appelle "Génie 2000" que je connais. Dans ce quartier, il y a un syndic qui est très bien organisé, qui ne laisse vraiment rien passer. Vous ne trouverez pas là-bas des saletés à terre, des poubelles ouvertes. Cela devrait servir de modèle partout en Côte d`Ivoire. (…) Même dans les quartiers précaires, il est évident que si l`on prend les périmètres bloc par bloc, les chefs de famille se réunissent pour désigner un superviseur, celui-là aura de l`autorité pour imposer la salubrité à tout le monde. C`est une question de salubrité publique et tout le monde y trouve son compte. (…) J`invite l`Etat à aider les populations à s`organiser".

Requêtes à radiation sur la liste électorale provisoire
"Je crois savoir qu`au début, le mode opératoire n`était pas respecté, et qu`il y avait de nombreux abus dans des zones. Souvent, il a été fait état de ce que c`était des zones où il y avait des magistrats peut être un peu favorables à un parti comme le Fpi. Et qu`ils n`observaient pas le passage préalable de la Cei au niveau de la recevabilité avant de procéder à des radiations. Par rapport à cela, je vois que le phénomène, de jour en jour, prend de l`ampleur, et je suis inquiet, je suis même très inquiet. Nous avons affaire à presque une espèce de bras de fer ou d`affrontement presque direct entre d`un côté le Fpi qui a le maximum de ses militants, ses agents ou ses cadres qui réclament des radiations. Et de l`autre, le Rdr qui aurait la majorité de ses militants qui seraient ainsi mis en cause. La chose est ainsi grave parce que si ce phénomène prend de l`ampleur même si pour la pluspart des cas de radiation, il n`y a pas de suite favorable, il faut se poser une question : Est-ce qu`on n`est pas en train déjà de nous préparer à une remise en cause demain des résultats de l`élection en se fondant sur la région, l`ethnie et peut-être sur la religion ? C`est ce qu`il faut craindre. Cette campagne, je crains qu`elle n`aboutisse à terme à ce qu`une bonne partie de la population soit conditionnée à refuser la victoire si elle vient de tel ou tel camp parce qu`il y aurait une présomption généralisée de fraude sur la nationalité des électeurs du candidat vainqueur. C`est très grave. On devrait tous, peut-être, marquer un temps d`arrêt et faire très attention".

Comment expliquer que les demandes à radiation se comptent par milliers ?
"(…) C`est le vrai problème posé par l`identité ivoirienne. Nous sommes aujourd`hui en train de tirer les conséquences de près d`un siècle de grande immigration généralisée de beaucoup de pays de l`Afrique de l`ouest vers la Côte d`Ivoire. La chose a démarré au moment de la colonisation. Elle a ensuite pris de l`ampleur et a été encouragée par le gouvernement ivoirien et surtout par feu le président Félix Houphouët-Boigny. Mais ce qu`il faut réaliser, c`est la chose suivante : ces frères, qui arrivaient des pays voisins, n`arrivaient pas comme des travailleurs saisonniers. Ils arrivaient, ils s`établissaient là de manière définitive. Ils constituaient des familles, ils faisaient venir des femmes ou ils en prenaient ici, ils faisaient des enfants qui vivaient ici et qui ne repartaient plus dans leurs pays d`origine. Ça veut dire donc qu`aujourd`hui, il y a une sorte d`assemblage qui fait qu`on ne peut pas parler de véritable identité ivoirienne concentrée à tel endroit. Au départ, ceux de la zone sud ou de la zone forestière étaient majoritaires, mais aujourd`hui, ils ne le sont certainement plus à cause du fait que ceux qui sont arrivés sont restés en place. Ils se sont reproduits. Il faut même dire que la religion qui autorise la polygamie a fait que leurs familles se sont développées de manière beaucoup plus rapide que celles du sud. Aujourd`hui, il y a une Côte d`Ivoire où les originaires de la zone de savane ont fait l`équilibre avec ceux originaires de la zone de forêt. Et ils sont même en phase de les dépasser. Ceux des pays voisins qui sont arrivés se sont presque naturellement et automatiquement assimilés aux Ivoiriens de la zone de savane. Et comme à l`époque sous Houphouët Boigny, les cartes d`identité ivoirienne étaient distribuées sans distinction à tous ceux qui étaient là, qui le voulaient ou même qui ne voulaient pas parce qu`on le leur imposait pour la phase des élections, nous avons affaire à une situation nouvelle que la plupart des Ivoiriens n`ont pas encore intégrée dans leur tête. Nous avons une situation tout à fait à part, et c`est ce qui peut justifier telle ou telle réaction intempestive à tel endroit".

Phase judiciaire du contentieux sur la liste électorale provisoire. Comment désamorcer la bombe ?
"(…) Je pense qu`il faut prendre ce problème de deux manières. Comprenons tous que tous les Africains, qui sont fils d`immigrés et qui sont sur le territoire ivoirien, ne repartiront plus. Ils vivent ici depuis des générations pour certains. Ils participent à notre économie, ils contribuent à notre produit intérieur brut. Quelquefois, ils sont plus dynamiques en ardeur à la tâche que nous-mêmes qui sommes les autochtones. Partant du principe qu`ils ne partiront plus, on ne va continuer sans arrêt à leur dire qu`ils sont étrangers. C`est pour cela que le Mfa a pris soin sur lui de dire de manière courageuse depuis 2005, que tous ceux qui sont de l`Ouest africain qui le désirent deviennent Ivoiriens par une procédure de naturalisation globale et générale. Nous y arriverons, beaucoup de grands pays y sont arrivés. D`ailleurs, regardez un peu la carte du monde, prenez les Etats-Unis, le Canada, la France, ils ont eu à un moment donné des immigrés, ils les ont naturalisés. Il faudra que la Côte d`Ivoire y arrive. Le seul problème que nous avons eu, c`est que peut-être au moment où il fallait arriver à ce genre de décision, nous avons eu malheureusement un problème politique, une lutte pour le pouvoir. Et il y a eu une sorte d`amalgame qui a un peu miné ou faisandé la cause. Mais dans tous les cas, ce que j`ai dit, on le fera d`une manière ou d`une autre, on n`a pas le choix. Tout le monde a raison de dire qu`au moment des élections, ce problème ne pourrisse tout et ne nous occasionne des troubles. C`est pour cela que qu`il faut peut-être que maintenant, on accepte que tous les partis politiques se réunissent, que la société civile s`y joigne, qu`il y ait surtout nos rois et chefs traditionnels, les chefs religieux, qu`on fasse une sorte de séminaire dès maintenant pour attirer l`attention de tout le monde sur ce phénomène. Il faut trouver les voies et moyens pour dire, il faut mettre balle à terre. C`est très important et plus important que de savoir qui sera le prochain président de la République. A quoi ça sert d`être le prochain président de la Côte d`Ivoire si dans les heures qui suivent votre élection, les machettes sortent et le sang commence à couler un peu partout. (…) Allons aux élections, mais d`abord et avant tout, pensons à la Côte d`Ivoire".

4e anniversaire du déversement des déchets toxiques
"(…) Ou on ne sait pas ce qui est ou alors, on ne cherche pas trop à le savoir. J`ai l`impression que depuis le départ, on ne se pose pas les bonnes questions. Depuis le départ, tout le monde a été embobiné dans quelque chose, indemnisation qui veut dire de l`argent. Et le gouvernement, contre toute éthique et toute morale, à mon avis, a été prendre un accord avec Trafigura de 100 milliards dans cette affaire. 100 milliards négociés dans quelles conditions et par qui ? C`est quelque chose, à mon avis, de scandaleux d`autant plus que sur ces 100 milliards, je n`ai pas l`impression qu`il y a plus de 20 ou 25 milliards qui soient allés réellement vers ceux qui sont les véritables victimes. Et surtout, avec ces 100 milliards, il y a encore des sites où on n`a pas touché aux déchets. Les deux entreprises françaises qui ont fait venir des spécialistes de niveau mondial qui auraient pu traiter ces sites, ces spécialistes ont été payés en monnaie de singe. Ils ont plié bagage et sont repartis. Nous continuons à vivre dans la périphérie d`Abidjan avec ce genre de déchets. C`est vraiment scandaleux. Dans un autre pays, le gouvernement et le chef de l`Etat ne peuvent pas rester en place avec une affaire de ce genre. Mais la Côte d`Ivoire, c`est la Côte d`Ivoire. La première question qu`on devrait se poser est la suivante. Le navire Probo Koala opérait pour qui ? Pour quelles raisons il a fallu, après avoir fait le tour de la terre, qu`il revienne au port d`Abidjan pour déverser ses déchets ? Trafigura est une entreprise de Trading international qui négocie une bonne partie du pétrole brut extrait en Côte d`Ivoire. Trafigura qui, d`ailleurs depuis 2006, a eu ses activités et son chiffre d`affaires sur le pétrole ivoirien multipliés par deux ou trois. Trafigura, je crois savoir, par le canal de Puma Energie qui est sa filiale ici en Côte d`Ivoire, est entrain de terminer la construction d`un terminal pétrolier où il investit plus de 20 milliards de fcfa. Voici Trafigura qui n`a pas l`air de mal se porter ni surtout d`être en de mauvais termes que ce soit avec l`Etat de Côte d`Ivoire ou alors avec ceux qui représentent l`Etat de Côte d`Ivoire, surtout au niveau politique et au niveau de l`hydrocarbure. Ensuite, qui a dit à Trafigura qu`on pouvait traiter ce problème ici en Côte d`Ivoire ? Il faut être honnête, les dirigeants de Trafigura ont pris la peine de bien expliquer dans leur mail à leur agent ici ce qu`ils avaient dans ces déchets qui se trouvaient au fond de la cale du navire. Qui est ce qui a donné le ok pour que ça revienne ici. C`est une autre question qu`on pourrait se poser et que l`on ne se la pose assez. Qui est ce qui a affrété les camions vidanges qui sont venus prendre ces déchets ? Qui est ce qui a donné l`autorisation au niveau de la décharge d`Akouédo. Il y a beaucoup de questions fondamentales pour lesquelles, à mon avis, on n`a pas cherché de réponse jusqu`à ce jour (...) Trafigura travaille pour le compte de la Petroci qui est la société d`Etat ici en Côte d`Ivoire. Où on fait semblant de ne pas regarder dans les directions qu`il faut mais un jour, cela se fera. J`ai juste une pensée émue pour les victimes qui ont été nombreuses, surtout aussi une grande crainte pour ce que les déchets qui sont en place pourront nous causer un jour".

Qui portera le chapeau du non respect du 31 octobre ?
" La date du 31 octobre vient d`où ? Je crois savoir que c`est la Cei qui aurait trouvé la primature et le chef de l`Etat pour leur proposer une date. Il vaut mieux que dans cette affaire, la Cei soit très prudente et publie un chronogramme en mettant l`accent sur ce qui est la part du gouvernement pour qu`on arrive à tenir cette date. Pour ce qui est de retard des élections jusqu`à ce jour, pour nous au Mfa, nous l`avons toujours dit, ça procède des manœuvres du camp présidentiel. Mais maintenant, il y a quand même quelque chose qu`il faut tenir comme ferme. La communauté internationale n`acceptera pas qu`il y ait un 8e ou un 9e report. Cette date du 31 octobre est à considérer comme une date butoir et irréversible. Ensuite, c`est le brave peuple de Côte d`Ivoire qui ne cherchera pas à savoir qui est responsable ou pas. Si le 31 octobre, il n`y a pas d`élections, ce que le peuple a à faire, il saura le faire"

Propos recueillis par Paul Koffi
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