x Télécharger l'application mobile Abidjan.net Abidjan.net partout avec vous
Télécharger l'application
INSTALLER
PUBLICITÉ

Économie Publié le vendredi 27 août 2010 | Le Mandat

Enquête express/Trafic de monnaie et de billets de banque de petites coupures :Ce qui fait courir les cambistes

Le phènomène de la commercialisation illicite de billets de banque et de monnaie n’est certes pas nouveau. Mais de nos jours, cela a pris des proportions inquiétantes au grand dam des autorités. Et, ce sont les populations et autres usagers qui en pâtissent le plus.

Malgré la révolte manifestée par les députés, lors de la session ordinaire du 27 avril 2010, le commerce des billets de banque de petites coupures et de monnaie reste une activité que rien ne peut freiner. Pire, cela prend du volume. Vendredi 20 Août 2010. Il est 13h. Les musulmans s’apprêtent à aller à la prière. Les alentours de la mosquée du Plateau grouillent de monde. Parmi ces fidèles, des personnes avec des grosses enveloppes de couleur kaki dans les mains. D’autres en possèdent dans leur tenue de prière. Ils sont pour la pluspart autour du célèbre Immeuble la Pyramide et à quelques pas du siège national de la Banque centrale de l’Afrique de l’ouest (Bceao). Ils abordent les différents disciples du prophète Mahomed qui eux, dans cette période de Ramadan, ne pensent qu’à une seule chose : ‘’Sérifana’’ ou si vous voulez, la prière de 13h. Les acteurs de cette autre forme de commerce ne voient pas la chose de la même manière. Ils doivent ‘’liquider leurs produits’’. Même les automobilistes sont assaillis. Lorsque les conducteurs marquent un arrêt aux feux tricolores de la Pyramide, ils les accostent, discutent puis s’installent souvent à bord des véhicules de ceux-ci pour deux à cinq minutes. Ce scénario ne laisse personne indifférent. « Que se passe-t-il ? », demande une femme qui a l’air de découvrir ces mouvements pour la première fois. « Ce sont des vendeurs de monnaie » lui rétorque un vigile. « Je comprends pourquoi il y a une pénurie de petites coupures de billets de banques et des pièces de monnaie, tant dans les banques que sur les marchés», reprend la dame avant de se demander : « Mais qui leur livre leurs marchandises ? ». Les préoccuaptions de cette femme attisent également notre curiorité. Donnant l’impression d’être dans le besoin, nous approchons un vendeur. Dans un tee-shirt de couleur blanche et une grosse enveloppe sous les aisselles, Zahui D. attend d’éventuels clients comme tous ses pairs. Très épuisé avec plusieurs courses auprès des voitures, il tente tant bien que mal de nous accoster. « Vous en voulez pour combien et en quelles coupures ? ». C’est la première question qu’il nous pose. Et lorsqu’il ouvre son enveloppe, ce sont plusieurs coupures neuves de 1000 et 2000 F Cfa que nous voyons. Ce jeune, la trentaine affirme exercer cette activité depuis 4 ans.

Leurs fournisseurs
Lorsque nous lui demandons l’origine de ‘’ces marchandises’’, il nous fait une révélation de taille: « Nous travaillons avec certains agents des banques de la place. Ce sont eux qui me livrent les coupures de 1000 et 2000 F Cfa ». Vrai ou faux ? Difficile d’y répondre avec exactitude. Tout simplement parce que, le gouverneur de la Banque centrale, Philippe Dakoury-Tabley, aurait depuis sa prise de fonction, décidé de traquer tous les agents de la banque qui s’adonnerait à cette pratique. A-t-il pu effectivement démanteler ce réseau ? Cette question a tout son sens quand on sait que cette activité se poursuit et que les nouveaux billets sont toujours sur ‘’le marché noir’’. Mais, que gagnent ces cadres en retour, lui demandons-nous, à nouveau ! Il marque aussitôt un silence de carpe. Et pourtant, tous savent les avantages que procure cette pratique qui profitent au maximum de la pénurie de monnaie en Côte d’Ivoire ? « Pour se faire de l’argent, des responsables de banques préfèrent plutôt vendre la monnaie aux cambistes(changeurs de monnaie), ndlr que de la mettre à la disposition de leurs clients. C’est un système qui existe depuis longtemps au sein des banques », nous a souligné un cadre de banque. Aussi, si Zahui D. a refusé de dire ce que gagnent leurs fournisseurs tapis dans les banques, pour ce qui est des commerçants, des responsables de supermarchés, de maquis, des transporteurs, de restaurants, qui constituent l’essentiel de la clientèle, sont connus. « Pour chaque pièce achetée, ce sont 5 à 10% que nous leur reversons. Ce, selon les montants perçus », nous a fait remarquer Mory T., un autre acteur de ce commerce. Cependant, Mory dit faire du commerce des billets et monnaie, son activité principale. Raison pour la quellle comme tout fonctionnaire, chaque matin, il dispute les autocars de la Sotra avec les autres usagers pour se rendre à son lieu de travail.

Ce qui fait courir les cambistes
Si Zahui est nouveau dans cette activité, Mory dit pratiquer ce métier depuis une dizaine d’années. « Je gagne bien ma vie à travers cette activité. Il y a des jours où, je rendre à la maison avec un bénéfice de 40, 50 voire 60.000 F Cfa ». En effet, pour 10.000 F Cfa, le cambistes retient la somme de 1000 F Cfa. Avec donc 100.000 F Cfa, c’est un bénéfice net de 10. 000 F Cfa. Sur des montants allant jusqu’à des millions de nos francs, ce sont de gros sous que se font les changeurs. Un véritable trafic qui rapporte gros à ces vendeurs de monnaie. Parce que, chaque jour, ce sont des millions de F Cfa qui sont écoulés sur le marché. Les pièces de monnaie sont aussi recherchées contre également des intérêts.

Leurs principaux clients
Pourquoi des personnes se dirigent-elles vers ces marchands de monnaie bien qu’elles sachent qu’il leur sera retenu au moins 5 % de leur avoir ? C’est la grande interogation que se posent bien de personnes. Selon Zahui, majeure partie de sa clientèle est composée des cadres qui, chaque week-end, vont dans les funérailles. « Quand ils viennent, ils veulent les coupures de 1000 et 2000 F Cfa pour aller ‘’travailler’’ sur les chantres et autres griots au village », nous a-t-il dit. A ces cadres, il faudrait associer les politiciens qui sillonnnent les quartiers pour la campagne électorale. Parce qu’il est devenu difficile de faire face à certains problèmes, surtout avec la crise. D’autres aussi, utisent les billets neufs pour charmer. Ne dit-on pas que les nouveaux billets font classe !

Par Jules César
cesaryao32@yahoo.fr
PUBLICITÉ
PUBLICITÉ

Playlist Économie

Toutes les vidéos Économie à ne pas rater, spécialement sélectionnées pour vous

PUBLICITÉ