x Télécharger l'application mobile Abidjan.net Abidjan.net partout avec vous
Télécharger l'application
INSTALLER
PUBLICITÉ

Économie Publié le mardi 28 décembre 2010 | Nord-Sud

Bceao : transfert des comptes à Ouattara - Plus de virements bancaires pour les fonctionnaires !

© Nord-Sud Par Aristide
Activités présidentielles : le Président Alassane Ouattara a reçu Alain le Roy, responsable des opérations de maintien de la paix des Nations unies
Lundi 27 décembre 2010. Abidjan.
La Banque centrale des états d’Afrique de l’ouest (Bceao) a fermé l’accès de Laurent Gbagbo aux comptes publics ivoiriens. Un cauchemar à l’horizon pour les fonctionnaires.


Le contexte économique ivoirien semble bien moins euphorique. La Banque centrale des états d’Afrique de l’ouest (Bceao), dépositaire des finances publiques de ses États-membres, dont fait partie la Côte d’Ivoire, a décidé de geler l’accès du président sortant Laurent Gba­gbo à tous les comptes d’Etat ainsi que les comptes commerciaux, au profit du président sorti des urnes, Alassane Ouattara. En d’au­tres ter­mes, M. Gbagbo n’a plus en main la gestion de l’argent de l’Etat et ne peut valablement plus signer de chèques encore moins retirer des fonds au nom du pays.

Où va-t-on retirer les salaires ?

Ce qui va faire peser une lourde hypothèque sur le paiement normal des salaires, les banques classiques étant désormais apathiques. En fait, le trésor public ivoirien détient un compte auprès de la Banque centrale auquel l’Etat se réfère pour toutes ses transactions financières importantes. C’est un découvert qui lui permet de disposer de liquidités afin de répondre à ses obligations financières. En théorie, cette mise à l’écart du candidat malheureux offre à Alassane Ouattara un accès illimité aux ressources publiques. La conséquence logique est que Laurent Gbagbo ne soit plus capable d’honorer ses engagements régaliens notamment payer les salaires des fonctionnaires et autres agents de l’Etat. Mais, selon Hubert Alloko, analyste financier, Laurent Gbagbo, pour contourner le piège pourrait être tenté de se rabattre sur les banques nationales comme Versus Bank, Banque nationale d’investissement (Bni), la Banque pour le financement de l’agriculture (Bfa) ou la Caisse nationale d’épargne (Cne). Un vain projet dans la mesure où ces banques, soumises à la Commission bancaire, un organe de l’union, ne peuvent se soustraire des directives sous-régionales. Restent alors les guichets du trésor public. Toutefois, dit M. Alloko, il faudra encore un peu plus pour assécher financièrement le président version Yao N’dré. En effet, «l’imposture» contrôle encore de larges pans de l’économie ivoirienne, en l’occurrence les secteurs-clés tels que les ports, les mines et le café-cacao. Même si ces flux financiers vont prendre des circuits inhabituels et détournés, exposant les ordonnateurs à des poursuites futures, il reste que ces ressources lui permettront de tenir encore quelque temps. Mais pas éternellement d’autant que l’économie, dans son ensemble, tourne au ralenti. En réalité, le cacao qui contribue à hauteur de 20 % au Produit intérieur brut (Pib) souffre de la crise. Selon l’Organisation internationale du cacao, basée à Londres, les exportations ralentissent au fil des semaines. «Il y a du cacao, mais les problèmes de transport vers les ports sont réels », regrette Michel Badet, président de coopératives à Gagnoa. Par ailleurs, au niveau industriel, une partie de la population ne travaille presque plus : de nombreuses entreprises ont limité leurs horaires d’ouverture ou ont parfois fermé temporairement.

300 milliards dans le vent

Des difficultés qui pourraient aussi toucher à terme les quelques 600 entreprises françaises encore présentes, notamment les grands grou­pes comme Bouygues, Bolloré ou France Télécom. Selon Roland Guéi membre du Groupement des exportateurs, le gel des comptes publics va également dé­sorganiser les exportations, faisant baisser mécaniquement les recettes fiscales, provoquant un accroissement de l‘insolvabilité de l’Etat ivoirien. Quant à l’interruption des flux financiers extérieurs, elle va engendrer une moins-value de recettes d’au moins 300 milliards Fcfa. Mais pour Ahoua Don Mello, porte-parole du gouvernement factice d’Aké Ngbo, une plus large mobilisation des recettes fiscales intérieures devrait en limiter les effets pervers. Or, la diversification du commerce extérieur ivoirien, affirme Hugues Kouamé, enseignant à l’université de Cocody, est une nécessité. Cela passe d’abord, dit-il, par une augmentation des échanges avec les pays de la sous-région qui ont mis le pouvoir Gbagbo en quarantaine. A l’évidence, la conjoncture montre que la Côte d’Ivoire est à la croisée des chemins. Il est à peu près assuré que les opérateurs privés étrangers, souvent frileux lorsqu’il s’agit de l’Afrique, ne répondront aux appels à investir qu’une fois les différends réglés. Mais si Gbagbo s’entête, la confiance envers tout le système bancaire ivoirien va s’étioler davantage. Plusieurs banquiers l’affirment déjà : la confiance dans la Côte d’Ivoire de Gbagbo est faible. Ils ne disposent pas d’informations suffisamment fiables pour évaluer les risques, ne peuvent guère compter sur le système juridique pour se protéger en cas de difficulté. Une situation qui fragilise aussi les dépôts et rend l’activité dans les secteurs industriels et des services anémiques. «La prudence, voire la frilosité des établissements bancaires envers les investissements de moyen et long terme va nuire au dynamisme de l’investissement », fait remarquer un cadre de l’administration fiscale. Qui ajoute qu’en cas de problème de trésorerie, les pouvoirs publics ne pourront pas recourir à l’emprunt obligataire, entraînant un effet dépressif sur l’activité économique. Un vrai gâchis dans la mesure où dans la perspective de l’intégration sous-régionale, la Côte d’Ivoire en tant que la porte d’entrée naturelle d’un marché de 84 millions d’habitants était censée être la tête de pont de la zone de l’ l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Malheureusement aujourd’hui, de nombreuses firmes vont choisir de délocaliser leurs activités.

Lanciné Bakayoko
PUBLICITÉ
PUBLICITÉ

Playlist Économie

Toutes les vidéos Économie à ne pas rater, spécialement sélectionnées pour vous

PUBLICITÉ