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Économie Publié le jeudi 24 février 2011 | Nord-Sud

Café-cacao / Arrêt des exportations, fermeture des banques… : Les paysans broient du noir et accusent le clan Gbagbo

© Nord-Sud Par DR
Economie - Planteur de cacao
L’obstination du clan Gbagbo, qui refuse de quitter le pouvoir en dépit de sa débâcle lors du scrutin présidentiel du 28 novembre, compromet gravement l’avenir de la filière café-cacao.

N’ayant plus d’argent, les pauvres paysans sont de plus en plus livrés à eux-mêmes.

P. K. Tiézan, planteur à Tchakeupleu dans le département de Man, a failli perdre son épouse qui devrait subir une césarienne au centre hospitalier régional de la ville. «Cela fait environ deux semaines que j’ai livré mon cacao (10 sacs de 65 kilogrammes) à crédit. Et jusqu’à présent, je n’ai reçu que le 1/5 (65.000 Fcfa) de la somme que j’attendais (325.000 Fcfa). C’est-à-dire que nous bradions notre produit à 500 Fcfa le kilo. Pendant ce temps, ma femme qui devait accoucher, a vu sa situation se compliquer parce qu’il fallait faire une césarienne. Malheureusement, l’argent dont je disposais, ne suffisait pas pour effectuer l’opération», explique le paysan, visiblement affecté par cette situation. A l’en croire, sa femme a failli passer de vie à trépas, n’eut été le soutien financier du président régional des planteurs de Man.

Le cacao bradé à 500 Fcfa le kilo

Ce qui lui a permis de sauver la mère et le nouveau-né. Le planteur se dit très reconnaissant à son bienfaiteur. Tout comme lui, ils sont nombreux ces paysans qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts depuis le déclenchement de la crise post-électorale consécutive à l’obstination du président déchu Laurent Gbagbo à confisquer le pouvoir d’Etat, perdu proprement dans les urnes, le 28 novembre 2010 face à Alassane Ouattara, le nouveau président élu de Côte d’Ivoire. Ainsi donc, du fait de l’entêtement du clan Gbagbo, la filière café-cacao connaît davantage d’énormes difficultés surtout au niveau de la commercialisation. Pour éviter que ce régime factice de Gbagbo continue de pomper les ressources publiques notamment cacaoyères pour se maintenir au pouvoir contre la volonté du peuple, le gouvernement légal du Premier ministre Guillaume a suspendu pour un mois, les exportations de café-cacao. La mesure qui devrait expirer fin février, a été prorogée jusqu’au 15 mars. Malgré ces dispositions couplées avec les sanctions internationales, l’ex-chef de l’Etat ivoirien refuse de lâcher prise. Conséquences : les paysans sont de plus en plus dans la tourmente et ne savent plus à quel saint se vouer. D’autant que les prix bord-champ du cacao continuent leur chute libre. En effet, le cacao qui se négociait dans la région des Montagnes entre 800 et 900 Fcfa avant le conflit issu des élections, se livre aujourd’hui entre 500 ou 600 Fcfa au plus, le kilogramme bord-champ. Les paysans les plus chanceux parviennent à écouler leurs produits à 750 Fcfa le kilogramme ; mais encore faut-il qu’ils parviennent à transporter le produit en ville auprès des magasins d’achat ? Alors que le prix officiel bord-champ, jusqu’ à preuve du contraire est fixé à 1.150 Fcfa le kilo, les spéculateurs profitent de cette situation pour imposer des prix dérisoires aux producteurs. C’est le cas dans le Bas-Sassandra où le cacao se négocie à 400 Fcfa. Tableau déplorable et offusquant! «Sachant que nous broyons actuellement du noir, lorsque les acheteurs viennent, ils proposent d’acheter notre cacao à 400 ou tout au plus à 450 Fcfa le kilogramme. Et lorsqu’on négocie pour obtenir au moins 500 ou 600 Fcfa, ils proposent de prendre le produit à crédit. Ce qui ne nous arrange pas du tout. On préfère alors vendre deux ou trois sacs juste pour nous dépanner, en attendant la reprise des exportations», se désole Sawadogo Marcel, producteur à Bakobo dans la sous-préfecture de San Pedro ce vendredi 18 février. Quant au café, il se négocie à 300 Fcfa le kilogramme bord-champ. Un prix qui n’est pas de nature à favoriser le bien-être des paysans. Certains parmi eux préfèrent détruire les champs de café et les remplacer par le cacao. «Non seulement le travail du café est compliqué mais il ne rapporte pas assez d’argent comme le cacao qui, contrairement, nourrit son homme», fait remarquer N’Guessan Brou, planteur à Bléniméhouin.

Plus la commercialisation est complexe, plus l’impact affecte négativement toute la chaîne. Dans la mesure où la mévente crée aussi d’énormes désagréments aux opérateurs spécialisés dans la vente des produits phytosanitaires. Hervé Zida et Zopou Patrice sont des revendeurs de produits utilisés dans le traitement des plantations de cacao qui sont bloqués à Méagui (Soubré) depuis plusieurs semaines du fait de cette crise. «Nous sommes obligés de vendre nos produits à crédit et nous battre pour obtenir notre transport pour rejoindre nos familles à Abidjan. Nous reviendrons encaisser notre argent une fois que la situation sera débloquée», regrette amèrement Zida Hervé.

Ils ne sont pas au bout de leurs peines. Car, la réquisition illégale et brutale de l’agence principale de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (Bceao) à Abidjan par les pro-Gbagbo, a aussi aggravé et intensifié la souffrance des paysans qui sont en train d’être asphyxiés économiquement et croulent sous le poids de la pauvreté. «L’anarchie que le camp de l’ancien président a installé à la Bceao ne permet pas aux banques de traiter dans un délai raisonnable les chèques. Beaucoup d’entre elles étaient obligées de fermer pour des problèmes de liquidité, de sécurité et juridiques. Nous sommes obligés de vendre le cacao en acceptant de prendre des avances de 30% avec les acheteurs en attendant que la situation s’améliore», fait remarquer Zahan Paulin, producteur de cacao à Man. Depuis le déclenchement de la crise, les banques dans les zones Centre, nord et ouest (Cno) ne sont pas correctement ou suffisamment alimentées en monnaie par la banque centrale. Si cette situation perdure, elle risque d’avoir également de graves conséquences sur l’entretien du verger avec en toile de fond, la baisse notable de la production nationale. «Les plantations de cacao doivent être entretenues au moins trois fois par an. Mais s’il n’y a pas d’argent, je doute fort que nous soyons en mesure d’assurer la pérennité de nos activités. Et la production annuelle risque de chuter drastiquement», s’inquiète Doua Blondé Obed, président de la Fédération des producteurs de café-cacao de l’ouest montagneux.

Un fonds pour sortir de la tempête

Pour faire face à cette misère programmée, les planteurs de la région des Montagnes croient trouver la panacée. Plus de 3500 planteurs de la région se sont rassemblés à Man pour créer le fonds local de soutien aux activités des producteurs de café-cacao de l’ouest. «Ce fonds (prélèvement de 25 Fcfa sur chaque kilo de cacao) a pour objectif de mettre les planteurs à l’abri des difficultés de tout genre. Il s’agira également d’appuyer la qualité de la production de la région estimée à plus de 100 mille tonnes par an, de faire certifier les productions de l’ouest, d’intervenir pour l’amélioration de la prise en charge sanitaire des planteurs et de mettre en place des infrastructures d’adduction en eau potable», explique le président du fonds Blondé Obed qui espère collecter au moins 1,2 milliard de Fcfa par an.

Kindo Ousseny à Man
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