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Politique Publié le jeudi 24 mars 2011 | Soir Info

Pr Germain Gourène (Président de l’Université d’Abobo-Adjamé): "L’Institution n’existe plus"

© Soir Info Par Prisca
Crise post-électorale: les ruines de l`université d`Abobo-Adjamé après les affrontements armés entre FDS et "commando invisible"...
Mardi 22 mars 2011. Abidjan. Photo: Pr Germain Gourène, président de l’Université d’Abobo-Adjamé
L’Université d’Abobo-Adjamé, où sont délocalisées les Ufr (Unité de formation et de recherche) des Sciences juridiques et des Sciences économiques de l’Université de Bouaké-la-Neuve (Institution sinistrée délocalisée à Abidjan), a été le théâtre de violents affrontements entre des insurgés dit ‘’commando invisible’’ et les Forces Armées Nationales de Côte d’Ivoire (Fanci). Ces insurgés ont pendant quelque temps, occupé cette Université. Ces derniers ont pu être repoussés et l’Université a été libérée. Le Président de ce temps du savoir, le professeur Germain Gourène, nous situe dans cette interview, sur l’ampleur des dégâts.

Monsieur le Président de l’Université, qu’est-ce qui s’est passé pour que votre Institution connaisse ce sinistre ?

Germain Gourène : C’est la guerre ! On est tous surpris de cette situation. L’Université d’Abobo-Adjamé marchait jusqu’aux alentours du 19 février 2011 et puis, il y a eu les premiers évènements à Abobo. De par notre proximité à cette commune, les cours ont été perturbés. Les cours ont repris normalement à partir du 21 février 2011. Il n’y avait pas beaucoup d’affluence parce que la majorité de nos étudiants est logée à la cité Universitaire d’Abobo. En outre, le personnel administratif et technique de mon Institution est majoritairement logé à Abobo. En plus de cela, il s’est ajouté en février, le problème de l’Onuci qui venait stationner 3 à 6 chars devant l’Université. Suite à cela, j’ai réuni les Doyens d’Ufr, le Vice-président et nous sommes allés leur dire que quelque soit la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, il y a des structures qui doivent être préservées. Il s’agit entre autres des Hôpitaux, des Ecoles, qui sont des biens communs et quel que soit son bord, il faut en tenir compte. A preuve, les Présidents des Universités sont des élus et quel que soit le Président de la République qui arrive, il ne peut pas les démettre. Il est aussi tout à fait normal de former tous les Ivoiriens quel que soit leur bord politique. Au nom de la franchise universitaire, ce n’est pas bien d’occuper ces lieux. Il fallait que ces chars de l’Onuci s’en aillent parce que les étudiants avaient peur et ne pouvaient pas venir au cours.
Qu’est-ce que ces militaires à bord de ces chars vous ont-ils répondu ?
G.G : Nous sommes allés les rencontrer vers 11 heures et vers 15 heures, ils ont quitté le petit portail pour s’installer devant le grand portail de l`Université. Nous sommes restés dans les tractations avec l’Onuci. Et sont survenus les évènements du week-end dernier, où la rébellion est venue occuper tout le campus. Nous sommes repartis le mardi 22 mars 2011, à l’Université et nous avons découvert que tous les points névralgiques de l’Université sont détruits.

Qu’est-ce que vous avez perdu ?

G.G : L’Université de par les points sensibles a été détruite, à 70%. Il n’y a plus de mémoire de tous les diplômes de la formation, et la base de données des étudiants depuis que l’Université existe a été détruite. Toute la mémoire sur papier, toutes les archives, tout a été détruit. Donc, la mémoire papier n’existe plus. Généralement, quand ce genre de phénomène se passe, on se rabat sur la mémoire électronique. Le bâtiment du service informatique a été visé et la mémoire virtuelle et électronique a aussi été détruite. Aujourd’hui, concrètement, l’Université d’Abobo-Adjamé n’existe plus. Vous savez, nous servons de base de données à la Faculté de Médecine en odonto-stomatologie, ces étudiants une fois à l’extérieur de la Côte d’Ivoire, nous demandent d’authentifier leurs diplômes. Aujourd’hui, il n’y a plus de possibilité, plus de références, plus de bases de données. Nous ne pouvons plus authentifier les diplômes. Tous ceux qui ont eu des diplômes à l’Université d’Abobo-Adjamé doivent commencer à s’interroger. En plus de cela, il y a le service financier où tout a été détruit. C’est pour cela je parlais des points les plus sensibles de l’Université qui ont été détruits. Le Centre de Calcul qui est un point aussi sensible, a été détruit. J’ai trouvé les carcasses de certains serveurs de l’Université. Ils ont pris soin de les démonter. Cela montre qu’il y a quelque chose qui était visé et là, je ne comprends pas du tout. L’Université à mon sens ne peut pas être visée, c’est un lieu où chacun peut avoir des personnes de son parti politique, mais cela n’a rien de particulier avec un parti. Quand vous me demandez ce que l’Université a perdu, je réponds qu’elle a été détruite à 70%.

C’est une Université sinistrée comme celle de Bouaké…

G.G : Lorsque l’Université de Bouaké était sinistrée, j’étais le directeur de l’Ures de Korhogo. Mais, l’Ures de Korhogo contrairement à Bouaké, n’avait pas été touchée alors que normalement les rebelles ont commencé par Korhogo. Certains rebelles dans le temps disaient qu’il fallait préserver l’Institution. On peut envoyer des milliards de francs cfa aujourd’hui, pour acheter tout le matériel, mais où trouver la base de données sur papier et la base de donnée électronique ? Depuis la création de l’Université d’Abobo-Adjamé en 1996, depuis qu’elle a été coupée du cordon ombilical avec l’Université de Cocody, nous avons nos archives à part. Avant 1996, on peut trouver des archives, mais à partir de 1996, on ne peut plus trouver de données puisque tout à été détruit. L’Université de Bouaké est sinistrée, mais des documents ont été préservés. Mais le sinistre de l’Université d’Abobo-Adjamé est trop méchant. Ce ne sont pas les bâtiments, mais des points clés de cette Institution qui ont été détruits.

Où est délocalisée cette Université aujourd’hui ?

G.G : Il n’y a pas de délocalisation puisque c’est maintenant qu’on vient de découvrir l’ampleur. On n’a que notre téléphone portable; on vient à l’Université de Bouaké qu’on a hébergé en grande partie, et qui nous prête le local pour vous parler.

Comment faire pour retravailler ?

G.G : Je ne peux pas répondre. Même avec le budget qu’on nous a apporté, c’était un budget sinistré suite à la guerre. Or, aujourd’hui on ne peut pas engager dans ce budget quelque chose qui n’a pas été prévu. Comment s’y prendre ? C’est une affaire nationale, c’est-à-dire, c’est un SOS qu’on lance et nous ne savons pas comment cela va se faire. Il faut reconnaître que l’Université d’Abobo-Adjamé a une particularité. La première année, ce qu’on appelle l’Ecole préparatoire aux Sciences de la santé, qui prépare aux Ufr de Pharmacie, d’Odonto-stomatologie, de Médecine, des Universités de Bouaké et de Cocody, se fait uniquement à l’Université d’Abobo-Adjamé. En plus de cela, nous avons nos Ufr classiques. Aujourd’hui, d’une manière ou d’une autre, cela affecte au plan national. C’est un gros problème que nous allons résoudre avec toute la Côte d’Ivoire.

Réalisée par K.A.Parfait
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