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Société Publié le lundi 11 juillet 2011 | L’expression

Interview / Joseph Assi Benié (Directeur général de l’Anaré) : "Il faut 2.300 milliards pour réhabiliter le système électrique"

© L’expression Par DR
Energie électrique : la centrale thermique d`Azito
Le Directeur général de l’Autorité nationale de régulation du secteur de l’électricité (Anaré), Joseph Assi Benié, se prononce sur les raisons de la cherté de l’électricité en Côte d’Ivoire. Il prévient que l’absence d’investissement depuis dix ans risque de provoquer un délestage.

Depuis deux mois, un litige oppose la Cie à ses abonnés qui jugent les factures estimées émises par la compagnie trop élevées. L’autorité de régulation a-t-elle entrepris des actions pour résoudre ce problème?
Certaines fédérations de consommateurs nous ont reproché de n’avoir rien fait. Mais, elles ont tort car au moment où elles faisaient ces reproches, nous avions déjà saisi le dossier. C’est la première fois que la Cie procède à une facturation par estimation de manière généralisée. Et tout ce qui est nouveau fait peur. Les consommateurs n’ont peut-être pas compris parce qu’il y a eu une mauvaise communication. C’est ce que nous sommes en train de corriger. Nous avons approché la compagnie. Nous leur avons fait comprendre qu’il fallait nous associer. Aujourd’hui, nous sommes ensemble pour résoudre tous les problèmes qui se poseront après la facturation par estimation. Nous avons demandé que la date limite de payement prévue le 15 juin soit repoussée au 15 juillet. D’ailleurs, cette date pourrait se prolonger à début août pour le deuxième groupe de facturation, c’est-à-dire le groupe des mois pairs. Mais aucun problème ne se posera aux consommateurs qui ne cessent de dire qu’ils étaient absents et donc qu’ils n’ont rien consommé. Tous ceux pour qui on aura trop pris recevront un avoir sur leur prochaine facture. Cet avoir va leur permettre de réduire leur facture réelle qu’ils consomment actuellement.

L’Anaré n’ayant pas de pouvoir de sanction, comment compte-elle contraindre la Cie à respecter cet engagement pris pour les factures surestimées?
Nous n’avons aucun doute que la Cie va respecter ses engagements. Nous avons longuement échangé avec elle. Vendredi dernier, nous étions en séance de travail avec la Directrice générale. La Cie a déjà commencé à faire la régularisation. Elle s’est aperçue, pour l’instant, qu’elle a trop pris à 9% des consommateurs basse tension. Ce chiffre va être certainement relevé. Elle fera un avoir à ces consommateurs.

L’autre problème qui se pose à la Cie est le non payement des factures dans la zone Cno. Les consommateurs estiment que les factures sont trop élevées. Que comptez-vous faire pour résoudre ce problème?
Il faut que les Ivoiriens comprennent que l’électricité et les infrastructures (les barrages, les centrales thermiques, les systèmes de transport ou de distribution) sont leur patrimoine. Ils doivent comprendre que leur comportement peut faire détruire ou dégrader ces infrastructures nécessaires pour que chacun ait de l’électricité. Le problème de la zone Cno est douloureux. Il a pesé très lourd sur le fonctionnement du système électrique de la Côte d’Ivoire. Les arriérés sont estimés entre 30 à 40 milliards de Fcfa. Cet argent aurait pu permettre d’améliorer le système électrique. Mais, sachez que ce problème est d’ordre national. La Cie et l’Anaré seules ne peuvent pas le résoudre. Les nouvelles autorités prendront à cœur ce problème et vont le résoudre.

Ne pensez-vous pas qu’il faillait plutôt leur faire des facilités pour le règlement de leurs factures?
Nous l’avons déjà fait. Sachez que ce n’est pas un problème de facilités de payement mais un problème de volonté. S’il y a une volonté de régler les arriérés dus, ce sont des millions de francs que certains doivent après dix ans. On ne peut pas leur demander de tout payer une seule fois. Dès lors qu’une volonté de payement s’affichera, on demandera certainement à la Cie de faire des facilités et elle ne devrait pas poser de problème.
L’une de vos missions est de faciliter l’accès des populations à l’électricité à moindre coût. Pourtant, les consommateurs se plaignent du coût élevé du Kwh pour un pays qui exporte du courant. Qu’avez-vous à leur dire à ce sujet?
C’est vrai que l’électricité est trop chère. Son prix est resté le même depuis plusieurs années. Cela est paradoxal. Ce n’est pas à ce prix qu’on devait payer le Kwh. Si nous avons aujourd’hui des problèmes dans ce secteur, c’est justement parce que ce prix n’a pas changé. Il y a eu quelques aménagements, mais on n’a pas touché au cœur du prix. Lorsqu’on a fixé les prix dans les années 90, l’électricité était produite par les barrages électriques. Produire un Kwh avec les barrages revient nettement moins cher. Or, produire la même quantité d’électricité avec les centrales thermiques revient excessivement cher. A l’époque, la moitié de l’électricité était produite par les barrages et l’autre moitié par les centrales. La tendance s’est inversée aujourd’hui. Les trois quart de la production est thermique et seulement 25% est hydraulique. La production du Kwh en Côte d’Ivoire est donc plus chère que dans les pays auxquels nous en vendons. Il fallait logiquement une restructuration du prix.
Mais pourquoi avoir choisi de produire de l’électricité thermique sachant qu’elle est chère?
Les investisseurs privés sont rentrés dans la production parce que l’Eeci était sur le point de mettre la clé sous le paillasson. Les privés préfèrent produire à partir du thermique plutôt que de construire des barrages. Cela revient moins cher et le retour d’investissement est plus rapide. En outre, on avait du gaz contenu dans le pétrole qu’on produisait. Ce gaz qu’on torchait au départ a été récupéré pour fournir les centrales thermiques. Mais aujourd’hui, on est confronté à un manque de gaz. Quand on n’a pas de gaz, on bascule sur le fuel alors qu’il est plus cher. Le fuel étant indexé au dollar. C’est ce qui explique le déséquilibre financier estimé à 120 milliards de Fcfa.
Doit-on craindre alors un délestage?
Il faut craindre un délestage. Mais, ce n’est pas pour les problèmes de gaz. C’est plutôt parce qu’il n’y a pas eu d’investissements depuis dix ans. On a parlé de la construction du barrage de Soubré qui est devenu un véritable serpent de mer. Et il n’est pas encore réalisé alors qu’il devait apporter près de 400 Mégawatt.
Que préconisez-vous?
L’Etat doit réhabiliter les infrastructures: les transformateurs qui sont devenus vieux, les pylônes, etc. Il faut en plus construire d’autres barrages. Il faut également faire la boucle au niveau du transport de sorte à éviter les coupures pendant une longue durée. Il faut donc 2.300 milliards de Fcfa pour que le système retrouve sa plénitude.
Réalisée par Nimatoulaye Ba
Légende: Le Directeur général de l’Anaré reconnaît que l’électricité produite en Côte d’Ivoire est chère.
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