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Économie Publié le jeudi 15 septembre 2011 | L’Inter

Interview Kouao / Crise au Guichet unique automobile : Le PDG de Côte d`Ivoire Logistique dit sa part de vérité

Depuis quelque temps, le Guichet unique automobile est secoué par une crise dans laquelle Côte d'Ivoire Logistique, la société concessionnaire est mise en cause. A la faveur de sa visite au président Bédié, nous avons rencontré, avec d'autres confrères, son PDG, M. Kouao Niamoutié. Homme d'affaires prospère, mais avare en déclarations publiques, il a accepté de se dévoiler à nous au détour de cette interview. Il parle aussi des activités de ses entreprises dont Interflex, la société chargée du permis de conduire, et sa société de ramassage d'ordures ménagères.

Vous êtes à la tête de plusieurs entreprises. Nous sortons d’une crise, pouvez-vous nous parler des dégâts subis au niveau de vos différentes entreprises?
Nos entreprises ont eu beaucoup de difficultés. Mais, celle qui a vraiment subi le plus de dégâts, c’est Côte d’Ivoire Logistique, gestionnaire du Guichet unique automobile qui gère l’importation des véhicules d'occasion. On avait beaucoup de stocks de véhicules des usagers. Quand la crise à éclaté et que des gens cherchaient des véhicules, ils sont partis au Guichet, ont fracassé les portes pour récupérer les véhicules qui ne nous appartenaient pas, mais appartenaient plutôt à des privés qui les ont importés. Beaucoup de véhicules ont été volés, nos documents de travail détruits et le matériel informatique emporté. Ça nous a créé d’énormes difficultés, en terme d’exploitation, pour atteindre les objectifs qui ont été assignés. A savoir, collecter via la douane, le maximum de recettes, de droits et taxes pour alimenter le budget de l’État. Au niveau de la société de fabrication des permis de conduire style carte de crédit, nos bureaux de LANEMA ont été totalement détruits. Les toitures ont été enlevées, les documents informatiques emportés. Ce centre n’existe même plus. Le site d’Angré, qui reste d’ailleurs le seul site d’Abidjan, a aussi fait l’objet de pillage. Malheureusement, parce que c’est le site central où sont stockés toutes les bases de données des permis de conduire.

Cela fait-il qu'on met plus de temps aujourd’hui à établir le permis de conduire qu'avant?
A notre niveau, non! Nous sommes des privés. Nous avons fait les investissements pour pallier le matériel volé. Mais, n’oublions pas que dans la chaîne se trouve l’État. La Direction des Transports, qui supervise la partie administrative, a fait l’objet de pillages aussi. Il faut qu’elle aussi se reconstitue. Le ministre, aujourd’hui, veut ramener le processus à un délai court. Il nous a donné des instructions dans ce sens. Et tout le monde travaille pour ramener ce délai à 72H. Cela nous fait travailler à des heures supplémentaires, mais nous faisons tout pour respecter ces directives du ministre pour permettre à l’usager d’avoir rapidement son permis. C’est un peu difficile pour nous compte tenu de ce qu’on a subi précédemment, mais on fait avec. L’usager, lui, ne le sent pas trop puisqu'il a son permis dans un délai correct.

Après les dégâts subis par vos entreprises, y a-t-il eu licenciement, chômage technique au niveau des agents?
C’est un des volets qui est vraiment peinant. Nous avions assez de personnel, mais compte tenu du volume d’activités qui avait drastiquement baissé, on a envisagé plusieurs formules. On ne peut pas dire à un père de famille, va à la maison sans rien. En accord avec mes différents responsables, on a fait plusieurs roulements. Le même nombre de travailleurs a été conservé. Chaque groupe travaillait par quinzaine. Ils avaient la moitié du salaire, mais ils venaient au travail. Ils ne restaient pas à la maison. Malheureusement, pour certains postes, en attendant que l’activité reprenne, on a été obligé de mettre les agents en chômage technique. Pour d’autres, on a été obligé de concentrer. Avec la fin de cette crise, nous sommes en train, au niveau des entreprises où nous avions déjà eu les autorisations d’agrandir, à Abidjan et à l’intérieur du pays, de reprendre les choses. Les travailleurs qui, au niveau du permis de conduire, ont été compressés à Abidjan compte tenu de la destruction des sites comme LANEMA, vont être affectés à la délégation de Korhogo et de Man que nous allons ouvrir. Ce personnel, qui a un peu souffert, va se retrouver et va avoir de nouvelles affectations à Korhogo et à Man. Il en est de même pour Côte d’Ivoire Logistique. Pendant la crise, les gens importaient les véhicules à partir du Nord (Burkina Faso, Mali). Il se trouve qu’à Korhogo, Man et Odiénné, il y a beaucoup de motos et de voitures. On ne va pas demander à ceux-là de venir jusqu’à Abidjan pour faire leurs formalités. On a donc ouvert le Guichet unique automobile à Bouaké. Nous en faisons à Korhogo et à Man. San Pedro est en construction. Très bientôt, on va recruter de nouveaux employés, et les usagers n’auront pas à faire ces distances pour venir jusqu’à Abidjan pour remplir leurs formalités de dédouanement et d’immatriculation. C'est une idée très appuyée par la Direction générale des Douanes et qui rapproche la collecte des droits et taxes des usagers.

Le chef de l’État mise sur le secteur privé Avez-vous espoir qu’avec les orientations données par le président Ouattara, la Côte d’Ivoire va redécoller?
On n'a plus besoin de présenter le président Alassane Ouattara. Tout le monde sait, non seulement sur le plan africain mais international, ce qu’il vaut. C’est une chance pour nous d’avoir une telle personnalité à la tête de notre pays. Nous, les hommes d’affaires privés, sommes heureux de son arrivée au pouvoir parce qu’on estime que cela va booster la création d’entreprises. Qui dit création d’entreprises, dit création d’emplois. Il y a de nombreux diplômés, mais il n’y a pas d'emploi pour eux. Donc, nous, privés, sommes très confiants qu’avec cette philosophie du président Ouattara, nous aurons à créer de nombreuses entreprises, par conséquent beaucoup d’emplois pour les Ivoiriens.

Au titre de Côte d’Ivoire Logistique, on a entendu des bruits du côté du Guichet unique automobile. Qu’est-ce qui s’est réellement passé?
Une des particularités du Guichet unique, c’est les voitures. Quand les usagers font venir leurs véhicules, ils sont pressés de les avoir. On est donc obligé d’accomplir certaines formalités. C’est ce qu’il est important que les gens sachent, parce que les gens nous en veulent. Nous sommes les empêcheurs de gens qui ne veulent pas payer les taxes qui reviennent à l’État. De quoi s’agit-il? Quelqu’un importe un véhicule qu’il a payé en Europe, et qui a une carte grise par exemple de l’an 2000. Lorsqu’il arrive, son objectif est de ne rien payer à l’État et de sortir avec la voiture. Alors qu’il sait très bien que les droits de douane en Côte d’Ivoire, c’est un pourcentage calculé sur la valeur Argus du véhicule. C’est-à-dire 44,28% pour les véhicules d’occasion. Comme c’est calculé sur la base de l’âge du véhicule, les gens falsifient la carte grise du véhicule pour la vieillir au maximum pour qu’elle ait une valeur de 600 000FCFA par exemple au lieu de 2.000.000FCFA initialement. Alors qu’ils devraient payer 44,28% de 2 millions FCFA, les fraudeurs ne veulent payer que 44,28% de 600 000 FCFA. Nous avons mis en place, avec la Direction générale des Douanes, un mécanisme de sorte que lorsque le véhicule arrive, nous ne le donnons plus pour circuler sur la voie publique avec les plaques étrangères. Ça aussi, c’est un autre problème de camouflage pour les voyous et autres dans lequel la police ne s’en sort pas. Donc, lorsque le véhicule arrive, nous allons le chercher. On l'emmène dans nos entrepôts sous douane, on fait ce qu’on appelle l’évaluation physique nous-mêmes. On interroge le constructeur pour déterminer l’âge réel du véhicule. Tout cela prend du temps. Après, on fait toutes les autres formalités de dédouanement et d’immatriculation, de pose de plaque avant de remettre le véhicule à l'usager. Ce qui fait que les gens grognent, c'est qu’on les empêche, comme ils disent eux-mêmes, de faire leur «gombo». C’est cela le vrai problème. A la création du Guichet unique automobile en 1998, l’administration des Douanes n’encaissait que 5 milliards par an. Aujourd’hui, nous sommes le 2e point de collecte après le port d'Abidjan. Nous avons encaissé, pour le compte de l’État à travers l’administration des Douanes basée au Guichet unique, 78 milliards FCFA l’an dernier. Vous convenez que l’État est content, il nous applaudit. Mais les usagers, eux, ne sont pas contents.

On parle de la création d’une nouvelle société de téléphonie mobile, vous confirmez?
Nous confirmons. La téléphonie mobile aujourd’hui en Côte d’Ivoire est en pleine expansion. Je ne suis pas contre, car le président Houphouët-Boigny a fait de ce pays, un pays ouvert. Le système économique mis en place est le capitalisme libéral. Donc, il y a beaucoup d’investissements étrangers. Nous avons des sociétés étrangères qui sont dans la téléphonie mobile. La nôtre sera la première société de téléphonie mobile à capitaux 100% ivoiriens, et qui est en cours de constitution. N’eût été la crise socio-politique, nous serions déjà loin. Ce projet est en cours de réalisation.

Avec toutes ces sociétés, c'est vers un holding financier que vous allez?
Pour le moment, nous avons confié cette perspective à des experts. C’est à l’étude. Je pense que c’est vers cela qu’on va tendre. J’attends leurs recommandations. Tout cela nous le faisons pour montrer aux jeunes Ivoiriens qu’il ne faut pas tous aborder la voie de la bureaucratie administrative. Les formations que nous avons eues, doivent nous permettre, et de travailler dans l’administration, et de créer notre propre entreprise. C’est aussi un des objectifs du président Ouattara. Nous voulons à notre modeste niveau servir d’exemple. Et la preuve, toutes ces entreprises emploient plusieurs milliers d’Ivoiriens. Nous en sommes tous heureux. Nous espérons que cela va susciter des vocations de jeunes Ivoiriens bien formés pour suivre nos traces. C’est un peu difficile, mais comme on le dit, qui ne risque rien n'a rien. Si j’ai un conseil à leur donner, s’ils approchent les banques pour avoir des crédits, il faut qu’ils sachent gérer l’argent qui leur sera donné. Il faut qu’ils soient très durs avec l’argent. On ne joue pas avec l'argent.

Interview réalisée par JMK
(En collaboration avec Le Nouveau réveil et Le Patriote)
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