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Économie Publié le lundi 14 novembre 2011 | Soir Info

Editorial/Libération sur fond de troc ?

«Dieu fit la liberté, l’homme a fait l’esclavage» dixit Marie-Joseph Chénier, homme politique et écrivain français. La libération des pro-Gbagbo, fruit d’une rencontre entre le Chef de l’Etat et les responsables du Front populaire ivoirien et faisant suite à plusieurs négociations entre le ministère de l’Intérieur et les partis membres de Congrès national de la résistance pour la démocratie (Cnrd), intervient au moment même où l’actualité est plutôt centrée sur les législatives. Ils sont au nombre de 20, ceux qui ont recouvré la liberté, du moins provisoirement, après une détention de près de sept mois. Au décompte, il en reste encore 45 dans les cachots de Korhogo, Boundiali, Bouna, Katiola…dont les plus célèbres sont Laurent Gbagbo, Simone Ehivet, Affi N’Guessan, Aboudramane Sangaré, Michel Gbagbo, Gilbert Aké N’Gbo, Sokouri Bohui, Kuyo Téa Narcisse, Mme Adjobi, Franck Anderson Kouassi… Au lendemain de cette libération massive, des langues ont qualifié de presqu’anonymes ceux qui ont pu bénéficier de la clémence du procureur de la République, Simplice Koffi Kouadio, donnant le sentiment que la liberté de certains des prisonniers de la crise post-électorale, est plus importante que celle des autres. Une polémique qui nous ramène, d’une autre façon, à l’image du soldat Israélien Gilad Shalit libéré, au mois d’octobre dernier, en échange d'un millier de prisonniers palestiniens, aux termes d'un accord sans précédent entre Israël et le mouvement islamiste Hamas. Imaginons un seul instant que le pouvoir en place décidait de libérer Laurent Gbagbo, Simone, Affi et Abdramane Sangaré et maintenait dans les geôles des personnes comme Koudou Simon, Koudou Djagoran Constant, Dassé Dagourou Jean Martin ou encore Bolou Bi Toto Jerôme, Dogbo Raphaël… Nous aurions tous crié au scandale, et le déchainement médiatique que pareille injustice aurait suscité aux manchettes des journaux serait sans précédent. Parce qu’il faut avoir le courage de le dire, tous ceux qui sont détenus n’ont pas le même degré d’implication dans la crise post-électorale. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il nous paraît injustifié que des personnes, certes proches de Laurent Gbagbo mais qui, au plus fort de la crise, se sont volontairement rendues à la Pergola pour y trouver refuge comme l’avaient recommandé les nouvelles autorités, se retrouvent, quelques jours plus tard, déportées dans des prisons à l’intérieur du pays. Pour autant, on ne peut que se réjouir de voir ces hommes et ces femmes regagner leurs foyers après sept mois de détention, partager le bonheur de leurs familles, retrouvant des pères, des mères, des filles, des fils qui n’ont jamais été autres choses à leurs yeux que des martyrs. En même temps, nous sommes saisis d’un malaise quand ces libérations à la veille des élections législatives sont interprétées comme le fruit d’un troc politique mené entre le pouvoir et des partis du Cnrd qui ont accepté d’aller aux élections du 11 décembre prochain. Environ une dizaine de candidatures émanant de certains partis du Cnrd avait été enregistrée par la Commission électorale indépendante à la date butoir du dépôt des candidatures. Ces actes de candidature sont diversement interprétés notamment par certains, comme les retombées d’un chantage du pouvoir sur le camp-Gbagbo, du genre «vous acceptez de nous accompagner aux législatives et nous libérons quelques-uns de vos hommes en prison». Pour d’autres, les plus radicaux sans doute, ceux qui ont accepté d’aller aux législatives en dépit du mot d’ordre de boycott sont purement et simplement dans un deal avec le pouvoir de Ouattara. Le Front populaire ivoirien, le parti le plus significatif de la coalition Cnrd, a soumis sa participation au processus électoral en Côte d’Ivoire à « la libération de Laurent Gbagbo et de tous les autres détenus, au retour des exilés au pays, au financement des partis politiques sur fonds publics, à la recomposition de la Cei…». La conjecture est palpable entre les composantes du Cnrd relativement à la problématique de leur participation ou non aux prochaines législatives. Autant dire que le Fpi et les autres ne sont pas sur les mêmes longueurs d’onde. D’ailleurs Miaka Ouréto, le président par intérim du Fpi ne croit pas que la libération des 20 prisonniers pro-Gbagbo soit le fruit de leurs négociations avec le pouvoir. «Si c’est dans le cadre des négociations que nous menons, on devrait nous informer par un communiqué», a-t-il laissé entendre au soir de l’annonce de la mise en liberté provisoire de quelque 20 cadres de Lmp. Pour lui, il est clair que «c’est l’autorité qui ne veut pas que le Fpi parte aux législatives. Nous comprenons mal qu’étant en discussion avec des gens, vous arrêtez tout à leur insu ; cela veut dire que vous les excluez». En tout état de cause, la non participation du Fpi aux législatives 2011 peut être interprétée d’une part comme le symbole du respect du principe moral qui a toujours guidé ce parti. Car il aurait été malséant de la part des camarades qui assurent l’intérim à la tête du parti, alors que Laurent Gbagbo, son épouse et Affi N’Guessan qui représentent, en quelque sorte, l’âme du parti sont incarcérés, de s’inviter à des élections. D’autre part, elle apparaît comme le refus de crédibiliser ces élections et légitimer davantage le pouvoir de Ouattara. Au-delà, les frontistes, conscients qu’en participant à ces législatives, ils seront battus à plate couture, n’entendent pas se faire humilier dans un contexte qui ne leur est pas du tout favorable. Il ressort donc clairement que le parti de Laurent Gbagbo va, au regard de sa position, faire sienne la thèse selon laquelle «l’opposition s’oppose, le parti au pouvoir gouverne». Toutefois, les options et les choix politiques ne devraient pas faire perdre de vue l’essentiel : la réconciliation nationale. La paix étant le préalable à tout développement, aucun sacrifice ne sera trop grand pour faire avancer la Côte d’Ivoire d’un pas vers la concorde et l’unité nationale. C’est fort de cela que, de notre point de vue, la justice ivoirienne qui a donné un signal fort à travers la libération de pro-Gbagbo, devrait aller plus loin en mettant fin à l’émission de mandats d’arrêts internationaux contre les cadres Lmp, en permettant aux exilés de regagner leur pays et surtout en dégélant les avoirs des proches de l’ancien président. De leur côté, les pro-Gbagbo devraient, abandonner la belligérance guerrière et s’inscrire pleinement dans le processus de réconciliation de sorte à permettre à la Côte d’Ivoire d’emprunter véritablement le chemin du développement comme le souhaite aujourd’hui la majorité des Ivoiriens.

COULIBALY Vamara
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