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Société Publié le mardi 3 janvier 2012 | L’Inter

Nady Rayess, l`homme et ses œuvres : Un acteur incontournable de la démocratie en Côte d`Ivoire

Pour être inattendue, brutale et incompréhensive, la mort de M. Nady Rayess, Président Directeur général (PDG) du Groupe Olympe, société éditrice des quotidiens ''L'inter'', ''Soir Info'' et de l'hebdomadaire people ''Star magazine'', l'est à tout point de vue. C'est une mort qui a laissé tout le monde sans voix hier, tant dans l'opinion publique que dans les milieux de la presse nationale. Hier, tôt le matin, le petit avion que pilotait le ''Big Boss'', féru de navigation aérienne, a disparu des écrans radars au large du village de Vitré, à Grand-Bassam. Dans les allées du groupe Olympe où ses passages ''enfumées'' au cigare présageaient toujours sa présence, ce sont les pleurs et autres regards d'effarement et de détresse qui ont pris le pas sur la douleur et la tristesse. Pour nous ses proches collaborateurs, qui avions eu le privilège d'être en communication avec lui par sms (le dernier que j'ai personnellement reçu de lui était de 1H59 dans la nuit du 1er janvier 2012 ) ça a été un véritable coup de poignard au cœur, comme dans le dos. Dans la voiture de Coulibaly Vamara, le Directeur de publication de ''Soir Info'', roulant en direction du village de Vitré, nous avons prié et espéré même que la rumeur qui enflait, mais qui se vérifiait au fur et à mesure des coups de fil reçus tout le long du trajet, ne soit qu'un vrai canular. Hélas, mille fois hélas, la dépouille du PDG, l'homme sans vie dans l'ambulance, nous a ramené à la cruelle réalité. La mort traîtresse était encore passée par là au Groupe Olympe. Après Criwa Zéli Paulin et le doyen Losseni Zoromé, c'est le ''Gourou'' lui-même qui nous lâche en moins de 2 ans. Juste au moment où, nous mettant dans la confidence, il élaborait de grands projets pour l'avenir pour son groupe et ses affaires.

L'HOMME, SES OEUVRES ET SES PROJETS

Bientôt la cinquantaine ( en mai prochain), celui qui meurt tragiquement aujourd'hui, a de quoi se dire qu'il n'aura pas vécu inutilement sur terre et que son passage sera témoigné par des œuvres à pérenniser. Homme à la conviction tranchée et au caractère trempé, on ne pouvait côtoyer Nady Rayess sans être quelque peu subjugué par le charisme qui se dégageait de lui. Le regard toujours appuyé comme s'il vous sondait ou inspectait votre conscience, il avait le verbe clair et savait communiquer ses passions et ses idées. Ce qui faisait de lui un manager communicatif, puisqu'il avait cet art, rare de nos jours, de savoir faire adhérer à un projet qu'il voulait lancer. A mon goût, la première qualité de l'homme Nady Rayess était qu'il savait rassurer ses collaborateurs. Il avait une de ces assurances lui permettant d’avoir la fidélité de ses collaborateurs pour les projets qu'il avait à lancer. Courageux, Nady Rayess savait prendre le risque et ne pas perdre au change. C'est ce qu'il appelait lui-même son ''flair'' qui ne le trahissait pas. Au final et à son actif, on a la mise sur pied du plus grand groupe de presse privée de ce pays, et l'un des plus prospères de l’Afrique francophone avec des journaux phares comme les quotidiens ''L'inter'' et ''Soir Info'', et l'un des magazines people les plus cotés de la place, ''Star Magazine''. Et cela? parce que l'homme Nady Rayess avait mis un point d'honneur à faire de l'édition, le pilier de ses entreprises. On le constatera avec cette grosse imprimerie qui, dans son escarcelle, tire des journaux tant de l'opposition politique que proches du pouvoir en place. L'impression industrielle avait été l'affaire de ROTOCI, cette autre entreprise phare du groupe qui, ironie du destin, a été dévasté par un feu assassin, il y a de cela quelques années. Le jour de cet incendie tragique, on avait vu l'homme groggy, dévasté intérieurement mais qui tentait de se contenir. On avait même craint qu'il ne puisse se relever de ce coup de massue. Le lendemain matin, c'est lui qui nous réconfortait à la rédaction pour nous promettre qu'il rebondirait. Et il l'a fait. Ces derniers jours, il avait décidé d'agrandir et diversifier les activités de son groupe. Vu les locaux du groupe Olympe qui devenaient exigus à son goût, il projetait même de déménager. Nady Rayess n'avait jamais voulu tremper dans la politique politicienne. «Je ne m'y retrouve pas trop», aimait-il me dire. A défaut de l'arène, il a été dans l’antichambre. C'est-à-dire dans la machine de la communication. C'est véritablement avec le quotidien du soir ''Bonsoir'' qu'il se lance dans l'édition. Viendra ''Soir Info'' puis ''Douze'', puisque la ferveur du sport régnait encore dans notre pays. Il lancera alors ce quotidien de sports. Et plus tard, ''Star Magazine'' pour tâter le milieu du show-business. Dans le même laps de temps, il lance ''FAM Photo-roman'' pour pénétrer le milieu des femmes. En 1998, ce sera le tour de ''L'inter'', alors le premier quotidien ivoirien d'informations internationales.

UN ACTEUR INCONTOURNABLE DE LA DEMOCRATIE EN COTE D'IVOIRE

L'autre facette de l'homme, dont on parle pourtant très peu, a été son engagement pour le combat démocratique en Côte d'Ivoire. Quand commence le ''printemps de la presse'' dans ce pays au début des années 1990, c'est lui, alors jeune imprimeur, qui se lance à l'eau dans l'impression de certains journaux de l'opposition dont le ''Nouvel Horizon''. Il fallait avoir du cran pour le faire. Nady Rayess en avait et il l'a fait. Il ne s'en est jamais enorgueilli, même quand les opposants d'hier sont venus au pouvoir en 2000. Il n'a pas non plus tendu la main pour exiger quelque chose en échange. Déjà entre 1998 et 1999, quand la ''persécution'' du Président Alassane Dramane Ouattara avait commencé, ses journaux étaient en première ligne pour dénoncer cela. L'engagement était tel que le bruit avait même couru que l’actuel Président de la République avait acheté le groupe Olympe à on ne sait combien de milliards de francs CFA. En 2000, sous le régime de la junte militaro-politique du Conseil National de Salut Public (CNSP) de feu le général Robert Gueï, son groupe de presse est le premier à dénoncer les exactions des ''jeunes gens'' de ''Papa Roméo''. Cela lui vaudra l'acrimonie des ''militaires'' à cette époque. Pendant l'exil du président renversé, Henri Konan Bédié, ce sont ses supports qui serviront de fer de lance au combat des ''Bédiéistes'' jusqu'à son retour d'exil. Quand l'attaque du 19 septembre 2002 survient, ce sont encore ses journaux qui publieront les premières images de l'ex-rébellion, surtout le faciès barbu de l’adjudant-chef Tuo Fozié, le téléphone scotché à l'oreille. Le pouvoir FPI dira même de ces journaux du groupe Olympe qu’ils étaient les porte-voix de l'ex-rébellion à Abidjan. Comme on le voit, en ''fuyant'' l'arène, de l’antichambre, il a fait bouger les lignes. Sans bruit et sans excès. Comme il excellait.

JMK AHOUSSOU
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