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Coulisses Publié le mercredi 29 février 2012 | L’intelligent d’Abidjan

10 ans après : Sur les ruines du complexe sucrier de Marabadiassa

La destruction du complexe sucrier d’Antoine Noum Diallo, frère aîné de Sidy Diallo, président de la Fif (Fédération ivoirienne de Football) rappelle l’histoire des bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki (deux localités du Japon). L’entreprise du fils d’Abdoulaye Diallo (ancien bras droit du Président Houphouët-Boigny) a été complètement rasée. Comment en est-on arrivé à une telle destruction ? Où peut-on situer les responsabilités de cette dévastation ? Explications…

Antoine Diallo, courant 1998, sur appel d’offres, rachète Sicafca (Société industrielle de café-cacao) situé sur l’axe Katiola-Marabadiassa. A partir de cette date, il réhabilite la structure pour en faire un complexe sucrier. En 2002, tout est fin prêt pour le démarrage effectif des activités. Malheureusement, le déclenchement de la crise militaro-politique ne permettra pas le fonctionnement de l’entreprise. Pis, cette situation va favoriser le début d’un pillage et d’une destruction sans nom du complexe par des personnes sans foi ni loi. Neuf (09) ans après, le constat est amer. Il sera difficile, aujourd’hui, pour celui qui met les pieds pour la première fois sur ce site de 250 000 hectares (le complexe construit sur 24 000 hectares) de croire qu’il y avait sur cet espace un complexe sucrier construit avec toutes les commodités y afférentes. Tellement le saccage est énorme.

Un Hiroshima et Nagasaki bis

Une remake d’Hiroshima et Nagasaki après leurs bombardements atomiques les 6 et 9 août 1945 à l'initiative des États-Unis. Hormis la cantine et les résidences des ouvriers (ces employés sont restés sur les lieux pendant cette période), l’usine, le magasin à sucre, la chaudière, les citernes des mélasses et le magasin des pièces de l’usine ont été complètement démontés. Situation identique avec les garages, le pont bascule, le magasin agronomique. Les bureaux administratifs, les 17 villas devant abriter les cadres du complexe, la résidence du directeur général, Antoine Diallo, n’ont pas été épargnés. De ces décombres, il n’y a presque plus de trace. La cerise sur le gâteau est au niveau de l’électrification. La moyenne tension allant de la centrale électrique de Marabadiassa au complexe sucrier a été complètement détruite (poteaux et câbles ont été enlevés). Les transformateurs également emportés. L’électrification des 17 villas et de l’usine, l’adduction d’eau, les tuyauteries, ont tous volé en éclats. Les deux stations de pompage complètement endommagés. Tout est à reprendre à zéro, a fait savoir Mircea Ivanciu, ingénieur en géni ecivil. La nature ayant horreur du vide, les parcellaires du complexe sont, pour l’heure, utilisés par des paysans qui cultivent toutes sortes de plantes (anacarde, coton, manioc, riz, igname, …). Ces agriculteurs ont même créé des campements sur le site.

Une perte estimée à plus d’un milliard de FCFA

Sous la base des frais engagés pour la réhabilitation du site, le directeur général du complexe sucrier, Antoine Nour Diallo, estime qu’il a perdu plus d’un milliard de F CFA.

Des éléments de l’ex-rébellion pointés du doigt

Au banc des accusés de cette forfaiture d’un autre âge, des éléments incontrôlés de l’ex-rébellion ainsi que les populations riveraines. A en croire Ouattara Odiéfly, chargé de la surveillance du complexe, ce sont une cinquantaine de soldats des Forces nouvelles, à bord de pick-up qui, au plus fort de la crise militaro-politique (2003-2004), se sont adonnés à cette destruction. «Avec leurs armes, ils nous ont pris en otage. Et pendant plus d’une année, ils ont pillé complètement le complexe. C’est ma maison qui a été la première à être démontée», révèle Ouattara Odiéfly. Propos appuyés par Ekra Yao, autre responsable de la sécurité du site. «Ils nous ont même chassés des lieux afin de mieux commettre leur forfaiture», a-t-il renchéri. Si Coulibaly Ibrahim, chef de village de Napléka (situé dans le domaine abritant le complexe sucrier) soutient l’accusation des agents de la sécurité, il affirme que les populations riveraines ont aussi contribué à ce pillage. «La situation de crise a fait qu’on n’arrivait plus à maîtriser nos enfants qui, appuyés par des éléments incontrôlés de l’ex- rébellion, ont également, à un certain niveau, contribué à cette destruction», a-t-il fait savoir.

Plus d’un millier d’emplois perdus

Le complexe sucrier Katiola-Marabadiassa, à en croire son directeur général, Antoine Diallo, devait employer au moins plus de mille personnes. Sa destruction entraîne, par conséquent, la perte de tous ces emplois. Dans cette période où la question de l’insertion socioprofessionnelle des jeunes se pose avec acuité, c’est à toute la Côte d’Ivoire, au-delà de M. Antoine Diallo, que ces vandales ont fait du tort. Cette entreprise aurait été d’un apport inestimable dans cette dynamique de reconstruction du pays. Un véritable gâchis !

La force Licorne limite les dégâts

En plus des résidences situées sur le complexe sucrier, 47 villas ont été construites pour les cadres et agents de maîtrise devant travailler au sein de la structure à Marabadiassa ville. Ces appartements qui doivent, toutefois, être réhabilités n’ont pas subi de dégâts majeurs. La préservation de ces maisons, à en croire Yao Koffi Edouard, chargé de la gestion de ces villas, a été possible grâce aux soldats français de la force Licorne. «Lorsqu’il y avait des menaces de destruction des résidences, on faisait appel aux militaires français qui étaient dans les environs. Ce sont eux qui nous ont aidés à maintenir intacts ces bâtiments», a-t-il déclaré.

Raymond Dibi, envoyé spécial
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