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Politique Publié le vendredi 11 mai 2012 | Le Temps

Politique étrangère : Quand il pleut à Paris, Abidjan est mouillé

L’élection présidentielle française a été suivie avec beaucoup d’intérêt par le peuple ivoirien. Jamais une élection française n’avait autant emprisonné l’attention de ce peuple. Le fait est que, les échéances françaises traçaient en petits mots l’avenir de la Côte d’Ivoire. Par avenir, comprenons la nature des relations qui, selon le vainqueur se renforceraient, soit par un soutien inconditionnel au pouvoir d’Abidjan, soit se normaliserait par une relation répondant aux principes des règles de droit international public : le principe de souveraineté des Etats, la non ingérence. Il est certes vrai que ces principes résistent difficilement aux intérêts en présence, mais l’évolution des sociétés et des mentalités invitent de plus en plus à un recadrage des relations internationales. La classe politique ivoirienne, on le sait, n’a pas manqué au rendez vous électoral de la France. Si à l’occasion, le Front populaire ivoirien (Fpi) a gardé toute sa lucidité, la classe politique au pouvoir, elle, n’a pas partagé cette vertu, se jetant corps et âme dans la campagne présidentielle française. Visiblement le Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (Rhdp) avait beaucoup à gagner en s’engageant ouvertement pour le candidat Nicolas Sarkosy. Dès lors, se pose le problème de l’indépendance de ce groupement politique. Pour le cerner, plongeons nous dans l’origine du Rhdp. Cette question, une fois tranchée, nous permettra de mettre en relief la lecture diagonale que le Rhdp fait du champ politique avant de préciser ses errements qui ressemblent fort bien au chant du cygne.

Les origines du Rhdp

Le Rassemblement des Houphouétistes a été créé à Paris le 18 mai 2005. L’acte fondateur de cette alliance politique est une plate forme signée par quatre partis que sont le Pdci Rda de Henri Konan Bédié, le Rdr d’Alassane Ouattara, l’Udpci de Mabri Toikeusse et le Mfa d’Anaky Kobéna. Il a succédé au G7 créé en 2004 et qui comprenait non seulement les partis cités mais également les mouvements rebelles. Cette coalition avait pour prétention de « rétablir la démocratie » ! Dans l’entendement de ses gourous, le rétablissement de la démocratie passait par la chute de Laurent Gbagbo. Il convient de souligner que le Rhdp est avant tout le rejeton de la Droite française incarnée, en son temps, par Jacques Chirac. C’est sur ses recommandations qu’est né ce groupement politique. Dès lors, il se pose au Rhdp un problème d’indépendance et de liberté d’appréciation. Si en interne, il dispose d’une certaine autonomie de gestion, il n’est pas vrai que les grandes décisions, notamment les choix politiques majeurs soient faits en dehors du regard de l’Elysée. Chemin faisant, le Rhdp a tout naturellement accueilli un nouveau membre. Il s’agit des forces nouvelles, l’ex- rébellion pro-Ouattara. Ce faisant, il revient à sa première présentation : le G7. Sa force politique s’est donc trouvée renforcée par l’adhésion de ce nouveau membre, un membre bien armé. Les rigoristes diraient: «exit le rétablissement de la démocratie». En effet, un parti légalement constitué ne peut s’allier à une rébellion qui, elle-même est la négation de la démocratie, pour prétendre instaurer une démocratie. Il s’ensuit que la démocratie recherchée ne sera pas celle des urnes mais plutôt, celle des bombes. L’ex-rébellion étant le fruit d’une relation incestueuse entre la droite française et son représentant local le Rdr c’est donc aisément qu’elle fut accueillie parmi les rejetons de Jacques Chirac. Le géniteur du Rhdp, son lieu de naissance, sa composition et sa gestion font de ce groupement politique, un esclave lié à vie à son propriétaire, la droite française. Cela l’oblige à manquer de lucidité au point de faire une lecture diagonale du champ politique.

La lecture diagonale du champ politique

Le Rhdp s’écarte d’une lecture horizontale de la scène politique. Il lit cette scène de travers pour deux raisons. D’une part, il manque d’indépendance de jugement. En effet, le fait qu’il ait été créé par la France, précisément la droite, fait de lui un valet de cette classe politique. Lié comme Kunta Kinté, il est intellectuellement et politiquement agi. Il n’est plus acteur de son histoire, tout lui est imposé comme du prêt-à-penser. D’autre part, il a un devoir de reconnaissance vis-à-vis de cette droite dont Nicolas Sarkosy fut le piètre candidat battu à plate couture. On ne le dira jamais assez, si le Rhdp plastronne aujourd’hui dans les lambris dorés du pouvoir, c’est bien parce qu’un certain Sarkosy a pensé être investi d’une mission divine en Côte d’Ivoire. C’est l’utilisation illégale des bombes sarkosyennes... Cela est conforme à la véritable prétention de ce groupement politique : instaurer la démocratie par la bombe. Se trouvant ainsi intellectuellement vaincu et attaché par la Droite française, le Rhdp a posé des actes qui donnent du lustre à son statut d’esclave contraint à chercher à plaire à son maître. Le Rhdp a été le seul groupement politique africain–nous attendons les preuves contraires- à avoir appelé ses militants citoyens français à voter pour Nicolas Sarkozy. En effet, lors d’un meeting organisé le 17 avril 2012 à Abidjan, ce groupe politique a affiché clairement son choix par la voix du porte-parole du Rdr, Joël N’Guessan : «En Côte d’Ivoire, c’est Sarko. Nous savons ce qu’il a fait pour la restauration de la démocratie dans notre pays. Pour cela, nous lui apportons notre soutien jusqu’à la victoire à l’élection présidentielle». Ce propos qui frise le ridicule, n’a pas été assez fort pour éviter que le Rhdp forme une délégation pour battre campagne en France pour l’ex président. Des propos rapportés par la presse locale indiquent que Yayoro Karamoko, responsable de la jeunesse du Rdr, par ailleurs député en côte d’Ivoire aurait exhorté, ses militants à choisir Sarkozy parce que selon lui, un échec de celui-ci, mettrait leur «pouvoir en danger». Le Secrétaire général du Rdr alla plus loin en signant, lors de la campagne en France, un partenariat avec le l’Ump de Sarkozy. Cet acte politique, semble-t-il, voulait nous faire croire en une aura internationale de ce parti, du reste connu pour sa violence. Pour boucler la boucle, le leader incontesté du Rhdp ne s’interdit pas un séjour d’une semaine dont l’objectif évident était d’apporter son soutien à son bienfaiteur Sarkozy. Son épouse y trouva l’occasion de répondre au mot d’ordre du groupement politique du couple. Tous ces actes, traduisent la mauvaise lecture que le Rhdp fait du champ politique. Toutefois, on pourrait l’exonérer de critiques en mettant en avant son statut d’esclave. N’ayant donc aucune volonté, il ne pouvait que s’engager servilement auprès de son maître, son père, celui qui l’a fait roi. Au soir du 6 mai 2012, la victoire d’Hollande imposa au Rhdp des larmes qu’il cache difficilement. Ces derniers gémissements piteux rappellent bien le chant du cygne.

Le chant du cygne

Le Rhdp connaît bien une des nombreuses pensées d’Alfred de Vigny. Selon cet auteur en effet : «gémir, pleurer, prier est également lâche» c’est pourquoi, ce groupement politique préfère, dans cette douleur qui l’étreint, s’inventer une certaine dignité en affichant un air de stoïque. Cependant comme il s’agit d’une dignité artificielle, il se laisse emporter à travers sa presse. Au lieu de s’en prendre à son manque de courage et son incapacité à s’affranchir de son maître, il tente d’entretenir la confusion si ce n’est lui-même qui se mélange les pédales. Dans un éditorial intitulé «Et après» d’un certain Vénance Konan, certainement affecté par la défaite de son Sarkozy, l’auteur fustige la joie des pro-Gbagbo de voir un Sarkozy humilié par Hollande. Dans sa démonstration, il ne manque pas d’indiquer que Mitterrand a perpétué la Franceafrique il n’y a donc pas de raison que François Hollande ne pose pas les pas dans ceux de l’autre François. Il s’agissait donc de faire croire que le Fpi rêve debout. Il s’inscrit ainsi dans la logique de ceux qui disent «Blanc c’est Blanc». A sa suite les journaux du Rhdp très doués dans la désinformation, trouvèrent l’occasion d’assassiner le maigre crédit que certains ivoiriens leur accordaient. C’est ahuris que nous avons pu voir ces quotidiens se tirailler une vieille interview de François Hollande accordée à Rtl. Leur professionnalisme leur a certainement empêché de dater l’interview. Ces deux éléments traduisent une volonté, celle de faire croire que les lignes n’ont pas bougé ou que le Fpi perd son temps. Il est évident que le Rhdp réclame l’ultime onction. Car comment comprendre que l’on induise en erreur les Ivoiriens en leur faisant croire ce qui est faux. Lors des campagnes françaises, contrairement au Rhdp, le Fpi n’a donné aucun mot d’ordre et n’a envoyé aucune délégation pour faire campagne pour Hollande. C’est tout naturellement que ce parti a souhaité voir le gendarme Sarkozy rangé aux oubliettes. Le Fpi est un parti de Gauche qui estime que Sarkozy s’est comporté en Côte d’Ivoire comme s’il était en Corse. C’est le choix de ce parti et s’il se trouve des militants qui se sont battus pour que Sarkozy tombe, c’est de bonne guerre. Comment ne pas souhaiter un recadrage des relations internationales quand on sait le rôle pernicieux que Sarkozy a joué en Côte d’Ivoire et en Libye. Il n’y a par conséquent, aucun complexe à soutenir l’adversaire du bourreau des Ivoiriens. De plus, le Fpi n’a jamais pensé que l’avènement de la gauche au pouvoir mettrait fin à la Franceafrique bien adorée par le Rhdp. La mort de la Franceafrique est vivement souhaitée mais le combat ne peut être engagé que par les Africains eux-mêmes. Sur cette question la position du Fpi est sans ambages et épouse bien celle exprimée par le ministre Ahoua Don Mello dans son «Au revoir Her Sarkozy». La cohérence et la lucidité du Fpi ne souffre aucune ambigüité. Il veut voir à travers cette élection, «l’éclosion et l’instauration de la démocratie en Afrique et particulièrement en Cote d’Ivoire». Est-ce cette nouvelle qui effraie tant le pouvoir d’Abidjan internationalement reconnu pour être non démocratique ? Pas seulement cela. Les militants du Rhdp ne comprennent pas encore comment des Africains français regroupés au sein du Maf et dirigés par la dynamique Calixte Béyala, peuvent réussir à faire échouer leur mot d’ordre. Ils ne s’expliquent pas encore comment le gendarme d’hier, affichant fière allure aux côtés de leur leader à Yamoussoukro, leur assurant une protection quasi divine et leur garantissant dictature pérenne, peut les lâcher alors qu’ils ne font que poser les premiers piliers de leur dictature. Voici ce qui éreinte le Rhdp. Les propos puériles, «Blanc c’est Blanc», ne sont que des bouées de sauvetage. Blanc c’est certes Blanc mais tous les Blancs ne sont pas Sarkozy et tous les Blancs n’instaurent pas la démocratie des bombes. C’est déjà un pas de le savoir et d’en tenir compte dans les relations futures. En définitive retenons que le Rhdp a cru qu’il avait de l’honneur à renoncer à sa dignité. Il a confié son acte de naissance et sa vie à la droite française qui vient d’être éconduite du pouvoir d’Etat. Il n’a plus que des souvenirs, et à l’horizon, il ne voit que l’échec de la dictature qu’il comptait déployer. La coalition Chiraco-sarkosyenne est déprimée, et en larmes. Elle a peur de ses nuits parce qu’elle est hantée par la «terrible nouvelle». Oui Hollande avait dit : «que le 06 mai soit une terrible nouvelle pour les dictateurs». C’est donc vrai que quand il pleut à Paris, Abidjan est mouillé.

Alain Bouikalo
bouikhalaud10@gmail.com
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