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Société Publié le mardi 11 décembre 2012 | Le Temps

Destruction illégale de maisons à Abobo : Les habitants de PK 18 résidentiel se soulèvent

Le samedi 8 décembre 2012, à Abobo, des bulldozers déployés par les soins de Joseph Aka Anghui et Brou Gustave et encadrés des centaines d’éléments de la Gendarmerie, ont détruit, de façon illégale, des maisons en finition au quartier « PK 18 résidentiel ». Une dérive qui aurait tourné au drame, n’eut été les interventions des ministres de la Justice et de la Construction ainsi du maire d’Abobo qui permis d’éviter, face à des victimes qui demandent actuellement réparation.

Le samedi 8 décembre 2012, à Abobo, les habitants du quartier « PK 18 Résidentiel » se sont réveillés dans une atmosphère d’apocalypse. Dès 6 heures des bulldozers déployés par les soins de Joseph Aka Anghui et Brou Gustave, « en complicité avec leur homme de main, Ange Gouédan » et encadrés des centaines d’éléments de la Gendarmerie, ont détruit, de façon illégale des maisons en finition au quartier « PK 18 résidentiel ». Provocant la colère des populations dudit quartier qui se sont soulevées pour dénoncer des abus graves. Une situation qui, selon les témoins, aurait tourné au drame, n’eut été les interventions des ministres de la Justice et de la Construction ainsi du maire d’Abobo qui ont permis d’éviter le pire, face à des victimes qui demandent actuellement réparation. Pour savoir ce qui s’est passé, nous nous rendons sur le lieu des démolitions. Effectivement, nous avons constaté les dégâts sur le site situé en face du projet de logement Sicogi en plein exécution au PK 18. Le spectacle est triste. Une dizaine de maisons pratiquement achevées ont été rasées sans aucune pitié par des bulldozers. Les débris de parpaings, de charpente et de tôles froissées jonchent le sol. Nous sommes accueillis par M. Seydou Bakayoko, porte-parole, et Koné Abdoulaye, secrétaire général du collectif des propriétaires de maisons de la dite cité. Ils nous mènent droit vers les locaux de l’Eglise qui ont été rasés par le bulldozer. «Regardez ce qu’ils ont fait dans la maison de Dieu», s’exclame un des responsables harristes de PK 18 Résidentiel. A quelques pas de la, Ibrahim Diakité, aujourd’hui à la retraite, est atterré. La maison qu’il s’apprêtait à inaugurer à été réduite en cendres ce samedi noir, en présence de sa famille qui reste inconsolable.

Des maisons démolies, des habitants violentés et emprisonnés
L’homme nous raconte son drame: «J’ai été alerté tôt. C’est vers 8 heures qu’ils sont arrivés à mon niveau après avoir détruit l’Eglise harriste. J’ai tenté de m’interposer. Mais ils ont menacé de m’écraser avec le bulldozer. Par la suite, les gendarmes m’ont violenté avant de m’entrainer à la brigade de gendarmerie où j’ai été détenu de 9 heures à 20 heures. Regardez. Ils ont rasé ma maison, le fruit de toute une vie de travail». Sur un autre site, c’est la famille de Coulibaly Daouda qui retient difficilement ses larmes, au milieu des gravats. Tout ce qu’il reste d’une maison qui, il y a quelques jours, avait fière allure. Seydou Bakayoko, et Koné Abdoulaye, parlant au nom des propriétaires, expliquent que «les opérations de démolition ont été commanditées par Joseph Aka Anghui et Brou Gustave et Ange Gouédan qui ont requis illégalement la Gendarmerie pour commettre cet arbitraire, au mépris de lois». Dans la foulée, plusieurs habitants qui protestent sont embarqués et conduits à la gendarmerie, avant d’être libérés. Et les mécontents de nous faire savoir que, car les populations s’étant soulevées pour crier justice, la situation aurait pu dégénérer si le ministre de la Construction Sanogo Mamadou, le ministre de la Justice Affoussiata Bemba et le maire Adama Toukara n’étaient pas intervenus pour faire arrêter, in extrémiste, les dégâts. «Le samedi dernier, ce quartier ressemblait à un champ de guerre. Plus de 10 cargos de gendarmes. Des armes et des treillis partout. Si les ministres et le maire n’étaient intervenus, il y aura un grabuge, lynchage voire des tirs et pire».
Histoire d’une parcelle

Mais comment en est-on arrivé à cette situation ? Les documents et les archives (dont nous avons copies) que nous avons récoltés pendant nos investigations indiquent que le site en question est une parcelle de 178 hectares ( à Anonkoua Kouté ) cédée pour exploitation,, en 1973, à l’ex-Société agricole d’Abobo (Sabo). Une Sarl appartenant à Joseph Aka Angui et à Brou Gustave. Mais cette parcelle a une longue histoire. En effet, dès 1931, les fils H. Sonolet de la Société en Commandite simple en sont les premiers occupants. Ils l’ont exploité à partir de 1931 sur la base du décret du 23 octobre 1904 et de l’arrêté N 1312 du 14 mai 1932, après un Pv de constat de mise en valeur qui a fait l’objet de titres fonciers N°298,299, Vol -2. Mais après 25 années d’exploitation, les fils Sonolet cèdent le site d’Anonkoua Kouté à la Société Seneca Sa, le 24-12-1956. Ensuite les époux Deniset et le pharmacien Jean Alfred Mazuet vont occuper le terrain avant de le céder à leur tour la parcelle à la société Omnium Chimique sur «autorisation présidentielle» par acte de Me L’oiseau, notaire, le 20 mars 1968. Puis, comme nous l’avons mentionné plus haut, Joseph Aka Angui et Brou Gustave vont hériter du site en tant qu’actionnaires de la Société agricole d’Abobo, Sabo, par actes en date du 08-06-19973 et du 30-12-1976 établis par Me Cheikna Sylla, notaire. Ainsi, la Sabo exploite ce patrimoine couvrant les titres fonciers N°298, 299, 9907, 9908 et 9909, soit une superficie totale d’environ 200 hectares. Mais l’affaire, une plantation d’ananas, fait faillite et des hypothèques pèsent sur la Sabo de Joseph Aka Anghui et Brou Gustave.

En effet, jusqu’en 1995, il se trouve endettés auprès de la Sgbci à hauteur de 709. 933.627 F. Cette somme résultait des passifs liés à la Sabo dans le cadre de ses activités industrielles soutenues par la banque. Mais la Sabo ayant cessé ses activités suite à sa faillite, les associés sont dans l’impossibilité de trouver les fonds nécessites pour la purge des hypothèques. Joseph Aka Anghi et Brou Gustave, en mauvaise posture et sur le point d’être poursuivis par la banque, se tournent donc en vers le ministère de la Construction (saisi par lettre référencée JJA/ AV/ 331.95, le 23 -03-1995 pour lui demander de l’aider à réaliser le lotissement du site, en vue de vendre les parcelles à des demandeurs pour réunir les fonds dus à la Sgbci.
Entreprises demandeuses, acquéreurs particuliers et droits coutumiers
Le ministère de la Construction donne son ok pour engager l’approbation du plan du lotissement qui est confié à des experts géomètres, sous le contrôle de Me Bitty Kouyaté, notaire. La Sgbci accepte alors de lever les hypothèques et les acquéreurs ne se font pas attendre. Joseph Aka Anghui et Brou Gustave, agissant pour la société Sabo, vont vendre 53 hectares à la Sotra, 50 hectares la Sicogi, et 349 lots de diverses dimension à Filisac. Les opérations d’aménagement sont conduites par la société Etur-Am. Par Ailleurs, les villages environnants ayant posé la question de la purge des droits coutumiers, les actionnaires de la société Sabo, submergés par les dettes, vont rétrocéder 50 hectares du site au village d’Anonkoua Kouté et un bloc de lots aux villages d’Alléchi-Koï et d’Anyama. Sur le périmètre restant, les géomètres du cabinet Etur-Am et ceux des villages recevront leur part de parcelles. Tant et si bien que Joseph Aka Anghui et Brou Gustave ayant vendu plus de 150 hectares sur les 170 dûment délimités, il ne restera en définitive à la société Sabo que le bloc 7 composé des lots 158, 159, 161, 162, 163 et 165 qui constitue les bâtisses abritant naguère les locaux de l’entreprise. Cela, après que de nombreux demandeurs aient payé, en bonne et du forme, et mené les démarches indiquées auprès des cabinets mandatés, pour acquérir leurs lots de façon régulière.

Les ministères de la Construction, de la Justice et la mairie d’Abobo indignés
Ce qui signifie, à en croire les documents de cession des parcelles qu’Aka Anghui et Brou Gustave ont signé après avoir tout vendu, qu’ils n’ont plus aucun droit sur le site. En dehors du périmètre qui leur reste. Mais fait curieux, les deux hommes reviennent, plus de 10 après, à la charge. La raison, selon les habitants du quartier, semble être le fait que «le projet Sicogi à proximité des lieux à donné de la valeur au site et Aka Angui et Brou Gustave veulent intimider les acquéreurs de lots avec les corps habillés pour le déguerpir, afin de vendre le site à des opérateurs économiques pour construire des marchés et des magasins». Selon le collectif des propriétaires, Aka Anghui et Brou Gustave ont usé de «manœuvre frauduleuse pour tromper les autorités judicaires», avec des complicités au tribunal, «sur la base de faux documents et de corruption».


D’autant plus que Joseph Aka Anghui et Brou Gustave ont agi sur la base de l’« arrêt civil contradictoire N] 673 rendu le 02/ 11/ 2012 » par la Cour d’appel d’Abidjan. Or, ce document n’est pas censé exister puisqu’il n’a pas encore été signifié aux concernés. «Comment Joseph Aka Anghui et Brou Gustave se sont-ils procuré ce document qui n’est pas encore sorti du bureau du juge ?», s’interroge –t-on. La mairie d’Abobo, révoltée par cette destruction gratuite de biens, a saisi la Justice pour dénoncer les actes de Joseph Aka Angui et Brou Gustave. Avant d’indiquer que l’affaire est désormais du ressort de la municipalité qui va procéder à la conduite du plan d’approbation. Et qu’il ne saurait être question pour Joseph Aka Anghui et Brou Gustave ou Ange Gouédan de déguerpir qui que ce soit. Par ailleurs, elle entend agir solidairement avec les propriétaires victimes de l’opération de démolition pour porter plainte contre les associés sus mentionnés, afin demander réparation pour les dommages causés.

K. Kouassi Maurice
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