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Politique Publié le samedi 30 mars 2013 | Nord-Sud

Municipales et régionales : Combien coûte une campagne ?

Comme pour tous les autres scrutins, les candidats aux élections municipales et régionales sont obligés de mettre la main à la poche, s’ils veulent s’assurer la victoire.


L’argent, le nerf de la victoire aux élections ! Tous seuls, les discours, mêmes démagogiques, ne suffiront donc pas pour assurer la victoire aux candidats aux prochaines élections du 21 avril prochain. A coup sûr, il va falloir à ceux qui sont intéressés par les postes de maire ou de président de conseil régional, mettre la main à la proche, pour séduire le dernier électeur dont la voix pourrait faire la différence. Et, contrairement à certains pays développés, comme la France où les fonds à injecter dans une campagne pour des législatives, par exemple, sont plafonnés à environ 45 millions Cfa, en Côte d’Ivoire, plus le candidat fait preuve de largesse ou dépense sabs retenue, plus il augmente ses chances d’être élu. Une réalité qui va encore se démontrer pour les scrutins couplés du 21 avril prochain. Alors que la campagne officielle n’est pas encore ouverte, certains candidats qui ont entamé leur offensive de charme, depuis plus d’un an, ont déjà englouti plusieurs dizaines de millions FCfa dans la compétition. « Initialement, les élections locales devaient se tenir, il y a un an. Par imprudence, ceux qui se sont jetés à l’eau dans l’espoir de distancer très vite leurs adversaires, ont été pris au piège. Ils ont perdu beaucoup de force financière dans la précampagne et malheureusement pour eux, le scrutin n’a pu se tenir en 2012 », explique hors micro, un député intéressé par le poste de maire. N’est-ce pas votre cas que vous dépeignez ainsi ? « Pas du tout ! J’ai les moyens de ma politique. Pour paraphraser le président de la République, Alassane Ouattara, je dirais que je suis prêt pour cette élection, parce que j’ai les moyens de ma politique. Même si pour une raison ou pour une autre, on devrait encore reporter les élections, je battrai campagne avec la même détermination », rembarre-t-il pour tenter de balayer le brin de suspicion que nous inspirait son explication. Toutefois, concède-t-il, «ce qui est sûr, de nos jours, une campagne électorale coûte cher. Dorénavant, il y a plusieurs paramètres qui entrent en ligne de compte. Vous ne pouvez pas aller demander à des gens de voter pour vous si vous ne mettez pas la main à la poche. Le niveau de pauvreté dans nos localités est tel que vous être obligé de prêter une oreille attentive aux sollicitations, aux cas sociaux qu’on vient vous présenter », poursuit-il. « C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, dans le choix des candidats au sein de nos formations politiques, on est amené à s’assurer que celui sur qui on mise, a les moyens de sa politique. Vous ne pouvez pas choisir quelqu’un qui ne peut pas faire face au challenge. On a beau recevoir l’aide de son parti ou de ses camarades, cette aide ne pourra pas suffire à couvrir les dépenses d’une campagne électorale. D’ailleurs, cette aide ne représente dans la plupart des cas, qu’un tiers du budget de campagne », confie-t-il. En terme clair, avoir le portefeuille bien garni, est un atout supplémentaire pour quiconque souhaite avoir le parrainage des principaux partis politiques, pour aller à une élection.

Des millions engloutis
« Ce n’est pas un jeu d’enfant. Une élection, ça coûte cher ! », confesse un indépendant, issu du Rassemblement des républicains (Rdr). Il n’a pas tort puisque, selon les confidences, ce sont parfois des dizaines de millions de nos francs que certains candidats ont déjà dépensées, rien que pour la précampagne. Et, dire qu’ils ne sont pas encore au bout…de l’effort. Il faudra débourser davantage, pour les deux semaines qui précèdent la tenue du scrutin. De source proche du staff de campagne de Cissé Ibrahim Bacongo, le budget prévu pour la campagne des municipales à Koumassi, avoisine les 350 millions FCfa. « Pour faire une bonne campagne électorale à Abidjan, il faut mobiliser entre 300 et 400 millions FCfa », renchérit le proche de M. Cissé, sans dévoiler de chiffre précis. Toujours est-il que ces montants à donner le tournis, sont loin de faire pâlir de jalousie, les candidats de l’intérieur du pays, notamment d’autres poids lourds du parti au pouvoir, tels que Adama Bictogo. Pas plus pour des candidats du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci) tels que Pascal Abinan Kouakou (régionales dans l’indénié-Djuablin), Charles Koffi Diby (régionales dans la Marahoué). Car, même si lui aussi et son staff de campagne jouent la carte de la discrétion concernant l’argent de la campagne, les dépenses prévues par l’ancien ministre de l’Intégration africaine pourraient même dépasser la centaine de millions FCfa.  « Ça doit avoisiner, sinon dépasser les 300 millions, si on prend en compte les dons, les aides apportées aux populations depuis », confie, off record, un proche de M. Bictogo, surnommé avec à propos ‘’Diamant noir’’. Lui-même n’avait-il pas déclaré que « personne n’aura les moyens de faire la campagne comme nous la ferons » ?

Sujets tabous
Au terme de notre incursion dans les états-majors des candidats aux élections, l’un des leçons à retenir, c’est la gêne que provoque la question de l’argent dans la campagne. « Il y a d’autres sujets plus intéressants que ça » ou encore « laissez tomber ça. Quand la campagne prendra fin, on pourra faire le bilan », sont pour l’essentiel, les réponses données par les staffs de campagne des différents candidats interrogés. Effet Sarko ou pudeur ? Sans doute les deux à la fois. « Vous savez, le contexte dans lequel nous nous trouvons, il n’est pas bienséant de dévoiler des informations de ce genre parce qu’elles peuvent rebuter, elles peuvent ulcérer ceux que nous courtisons. Il faut tenir compte des populations qui sont impatientes de retrouver un mieux-être. Mais, à côté de cela, si on met en avant les chiffres, l’argent risque de pourrir la campagne. Si je vous dis que mon budget est de 300 millions et mon adversaire est capable de mobiliser deux fois plus, il le fera, rien que dans le souci de me déstabiliser, en distribuant de l’argent aux électeurs. Ce qui fausserait le jeu », argumente un candidat aux municipales dans une des dix communes d’Abidjan.

D’où viennent les fonds
Si pour la plupart, les principaux partis politiques reçoivent des financements de l’Etat, c’est bien rarement que cet appui institutionnel arrive aux cadres intéressés par les élections de député, de maire ou de président de conseil régional. « Même quand ça vient, c’est une goutte d’eau dans la mer. En général, cet appui n’est appréciable que pour les candidats de petites circonscriptions de l’intérieur du pays », renseigne un cadre du Rdr. « Lors des législatives, chaque candidat de l’intérieur du pays, en préfecture, avait cinq millions FCfa quand celui qui compétit en sous-préfecture, avait trois millions. Aujourd’hui, l’appui du parti (le Rdr, ndlr) aux candidats de l’intérieur, tourne entre cinq et dix millions Fcfa pour les municipales et les régionales  », poursuit-il. Puis d’ajouter : « Le candidat doit donc avoir le portefeuille bien garni. Mais en règle générale, les candidats comptent sur le soutien d’ami et de bonnes volontés. Sans doute que je dois préciser que les chiffres qu’on communique, représentent ce qu’on espère avoir. Il arrive généralement qu’on ne puisse pas atteindre les chiffres escomptés. Ce qui peut s’expliquer par le fait qu’une promesse faite par un ami ou un contributeur, n’a pu être honorée ».

Où va l’argent ?
Incontestablement, c’est la communication (affiches, impression de tee-shirts, présence dans les médias), les dons de diverses natures aux populations et la logistique qui engloutissent l’argent des candidats. «Depuis des années, nous nous sommes engagés dans des actions à portée sociale. Si on devait les évaluer, ce ne serait pas négligeable », confie le directeur de campagne d’un candidat du Pdci à Abidjan. « Les appuis apportés par le ministre, depuis plus d’un an, dépassent déjà, si on doit les évaluer, la trentaine de millions FCfa. Il a réhabilité la gendarmerie et l’hôpital qu’il a pourvu en médicaments et en lits d’hospitalisation. Mais, il ne serait pas bienséant de comptabiliser ces gestes dans les budgets de campagne sinon, cela donnerait le sentiment que ce qu’il faisait était intéressé », fait remarquer un autre proche d’Adama Bictogo. C’est dans cette disposition que se trouve aussi le patron de presse, Denis Kah Zion. A Toulepleu, zone sinistrée où il brigue le poste de maire, il déclare avoir beaucoup fait pour les populations mais, de manière désintéressée. « Sinon, en dehors de ça, je compte investir dans la communication. Il faut confectionner suffisamment de tee-shirts, il faut prévoir des panneaux publicitaires et là-dessus, pour la première fois, on verra des panneaux de 12m² à Toulepleu, pour une campagne électorale. Il faut aussi offrir à manger aux populations et au staff de campagne, sans compter les dépenses vestimentaires du candidat qui ne doit pas toujours se présenter en tee-shirts à ses meetings », explique-t-il, sans rien dévoiler, concernant les montants affectés à ces différents chapitres. Mais, de source proche des opérateurs économiques, on apprend que la confection d’un tee-shirt coûte en moyenne 1000 FCfa l’unité, que la location journalière d’un 4x4 revient à 35.000 FCfa, qu’un panneau de 12m² comme celui qu’ambitionne d’avoir Denis Kah Zion, revienne à environ 300.000 la location/jour. « La campagne coûte très cher. Considérez les chiffres qu’on vous donne, comme étant approximatifs. Si vous voyez que les gens de l’opposition hésitent à se lancer dans la compétition, c’est pour toutes ces raisons », soutient un candidat indépendant, issu du Rdr. « Le budget pour le journal de campagne d’un ministre, candidat s’élève déjà à 16 millions FCfa », renchérit-il. Visiblement, l’argent, c’est le nerf de tout !


Marc Dossa
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