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Société Publié le mercredi 15 mai 2013 | LG Infos

Lynchage manqué de Bacongo : Une colère contre l’impunité

© LG Infos Par DR
Enseignement supérieur : Bacongo rencontre les anciens de l’Enstp de Yamoussoukro
Mardi 2 octobre 2012. Abidjan. Cabinet du Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la recherche Scientifique. Les anciens de l`Institut National Polytechnique Houphouët Boigny de Yamoussoukro se mettent à la disposition du Ministère de l`Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique pour repositionner cet institut au plan mondial
Le colloque international qu’abrite l’Université de Cocody rebaptisé ‘’Université Félix Houphouët-Boigny’’, depuis le lundi 13 mai dernier, a connu de graves perturbations avant la cérémonie d’investiture. Evènement dû à la colère des étudiants qui tenaient à dire aux invités de leur ministre de tutelle, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Cissé Ibrahima Bacongo, ce qu’ils voient là (l’Université) n’est qu’une pacotille. Et qu’à la réalité, cette Université n’est pas ‘’la nouvelle Université’’qu’on veut faire croire. Et ils ne se sont pas fait prier pour extérioriser leur mécontentement. En effet, co-présidant la cérémonie d'ouverture des assises du "colloque international sur le Pr. Henriette Dagri-Diabaté", Grand Chancelier de l'Ordre national de la République de Côte d'Ivoire, avec son homologue de la Culture et de la Francophonie, Cissé Bacongo, a échappé, de peu, à un lynchage en règle par des étudiants furieux. Informés de sa présence à la présidence de l’Université, des étudiants se sont attroupés, pour exprimer leur mécontentement à l’endroit de leur autorité de tutelle. L’attroupement et les vives clameurs se faisant grandissant, le ministre est sorti pour une adresse aux mécontents afin de les calmer, et s’enquérir de leur mouvement d'humeur, mais mal lui en a pris, et il essuya des huées et autres injures. Faisant ainsi connaître leur hostilité à l'endroit de leur autorité de tutelle, une horde d'étudiants a même essayé d'attenter à son intégrité physique, n'eut été la vigilance de sa garde rapprochée qui a réussi à l'exfiltrer des lieux et le mettre à l'abri. «C’est vrai que c’est notre ministre, mais il ne fait rien pour nous rendre les conditions d’études meilleures», a exprimé, remonté, un manifestant estimant que «c’est de leurs droits d’extérioriser leur mécontentement». Ne décolérant pas, un autre fustige le fait que «le gouvernement leur fasse miroiter des choses qui n’existent pas en réalité», dénonçant «le manque de professeurs pour les cours, les difficultés rencontrées pour se nourrir, pour le transport ainsi que le manque de salles pour travaux dirigés et de micros». Les forces de l'ordre, alertées, interviennent habilement pour exfiltrer Bacongo du campus, sous le jet de projectiles, pendant que son véhicule quittait la zone. Ces dernières ont procédé à la dispersion des étudiants par des gaz lacrymogènes. Ce qui s’est passé le lundi à l’Université met à nu, à la vérité, les vrais problèmes que vivent les étudiants de cette Université.

Les vrais problèmes

Fermée près de 12 mois pour réhabilitation après la crise post-électorale, l’Université Félix Houphouët-Boigny a rouvert ses portes, le 3 septembre 2012, sous le sceau du "départ nouveau". Pour son plan de développement des Universités publiques, le gouvernement ivoirien a mobilisé, dit-on, plus de 130 milliards de Fcfa. Ont bénéficié des travaux de lifting de modernisation à cet effet, les Universités Félix Houphouët-Boigny de Cocody, Nandjui Abrogoua d'Abobo-Adjamé, Alassane Ouattara de Bouaké, les unités régionales d'enseignement supérieur de Daloa et de Korhogo. Mais à la réalité, dans le fond, rien n’a changé à l’Université de Cocody. Malgré l’apparence neuve qu’on nous a offerte, cette Université ne peut fonctionner et donner les résultats attendus. Au niveau de la capacité d’accueil. Si Ouattara et Bacongo voulaient donner à notre pays des étudiants d’élite, bien formés et prêts à affronter le monde impitoyable de la concurrence, ils auraient augmenté la capacité d’accueil de manière considérable. Un temple du savoir prévu pour 6.000 à 15.000 étudiants depuis les années 1960, mais qui accueille aujourd’hui plus de 60.000. Comment peut-on affirmer améliorer les conditions de vie et d’études des étudiants alors que la capacité d’accueil n’a pas changé. On nous parlera de construction de quelques amphis (2) pour résoudre ce problème. Propagande. Il n’a pas fallu 10 ans pour que les étudiants se rendent compte du rêve dans lequel on les a plongés. Les manifestations du lundi dernier mettent en évidence le mensonge qui a été servi par le ministre Bacongo, dans la réhabilitation de cette Université. La vidéo conférence promise n’existe pas pour le moment. Les Ntic tardent à faire leur apparition dans cet univers. Une Université sans toilettes. Du jamais vu. Les cours sont donnés dans certaines Ufr par adresse électronique. Les étudiants envoient leur e-mail aux professeurs. Ces derniers expédient les cours aux apprenants par le Net. Sans avoir vu ni rencontré les étudiants, les cours sont faits. Pas d’explications pour ceux qui n’ont pas compris. Ils attendront quand les conditions seront propices. Au niveau de la restauration des étudiants, le seul restaurant sur le campus avant la manifestation, appartient à la cousine du ministre qui a essuyé la colère des étudiants. Le plat y coûte 1.000 F. Il a fallu que les étudiants se soulèvent pour créer un second restaurant. Là le prix du plat est fixé à 200 F. Pour combien de temps ? L’Etat pourra t-il subventionner ces repas aussi longtemps ? Des Ufr ont la majorité de leurs enseignants en prison ou en exil. Quelle qualité d’enseignement et d’étudiants peut-on avoir ? En réalité, le régime ivoirien polit la surface des problèmes pour les présenter comme résolus alors qu’au fond, les plaies demeurent. A vouloir surfer sur les questions fondamentales du pays, on finira par être englouti par une grande vague de colère (ce qui s’est passé le lundi dernier n’est que le début). On veut contenter la communauté internationale et nos parents qui n’en savent pas grand-chose. Cependant, les destinataires crient aux mensonges, à l’arnaque. Plus de 100 milliards ont été dépensés dans la réhabilitation de nos Universités sans appels d’offres. Il n’y a que dans une ‘’République solution’’ qu’on peut voir cela. Le comble dans cette affaire rocambolesque, c’est le limogeage de son Daaf, pour «détournement de deniers publics».Sans que le patron lui-même ne soit inquiété. Une gymnastique financière, contraire à la bonne gouvernance prônée par le messie du Fmi, qui a atterri dans une poche. On ne le saura jamais, puisqu’aucune enquête n’a été ouverte à cet effet pour rétablir la vérité. Seul Dieu peut nous le dire. Etudiants version homme aux solutions ‘’yako’’ ! La fin de la galère et de vos difficultés n’est pas pour maintenant.

Le prix de l’impunité

Quand un homme est pourchassé par son bourreau et qu’après avoir parcouru de longues distances il ne sait plus où se diriger, il s’arrête et courageusement, il affronte le danger. C’est le cas de ces étudiants, pas une partie, mais tous les étudiants. En effet, depuis la réouverture de cette Université, les étudiants ont vite fait de dénoncer les mensonges du gouvernement. A travers plusieurs associations du milieu, ils ont toujours mis sur la place publique, la réalité de leur milieu. Au lieu d’interpeller le ministre incriminé et les entreprises qui ont participé cette mascarade, Ouattara les félicite et les encourage même pour «travail bien fait». Les victimes qui se sentent ainsi méprisés, puisque leur détresse est totalement ignorée des gouvernants, n’avaient d’autres choix que de se faire entendre de cette manière avec cette personne qui passe son temps à les narguer au quotidien. C’est pourquoi, il faut éviter que la victime se fasse justice. C’est pourquoi, il est souhaitable que Cissé Bacongo s’explique dans cette affaire de 100 milliards de fonds publics dépensés dans la réhabilitation des Universités publiques. Parce qu’on ne peut pas comprendre que les étudiants soient obligés de faire cours assis sur des pots de peintures vides après une telle somme dépensée pour justement éviter cela. Les Ivoiriens et tous ces étudiants en particulier ne peuvent plus accepter de voir leur avenir compromis par des hommes politiques qui n’ont aucun sens de l’intérêt public. Cette action de revendication des étudiants du lundi dernier est la manifestation de leur ras-le-bol. Comme seule réponse ils n’ont reçu que des gaz lacrymogènes. C’est dommage.

Pure petitesse !

Ly Ramata, présidente de l’Université de Cocody, a décidé, suite au lynchage manqué du ministre Cissé Bacongo, de radier les étudiants auteurs de ces faits. Espérant résoudre le problème de cette façon. Là où le bon sens recommande la sagesse et l’habileté et l’objectivité. En voulant coûte que coûte faire plaisir à son patron, son ministre de tutelle, le Pr Ly Ramata ne se rend pas compte que cet acte impopulaire qu’il s’apprête à poser aggraverait plutôt la situation. De plus en voulant sanctionner ces étudiants, c’est certain, des innocents et ils sont nombreux seront aussi sanctionnés. Alors, soyons sage et allons à l’essentiel. L’essentiel, c’est justement la résolution des problèmes que posent ces jeunes gens. C’est aussi simple que cela.
Ferdinand Bailly
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