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Société Publié le lundi 23 septembre 2013 | Nord-Sud

Abidjan / Accidents de la circulation : Ces secouristes qui volent au secours des pompiers

C’est la course contre la montre. Chaque jour, les secouristes de la Mission scientifique des droits de l’Homme et du travail (Msdht) engagent une bataille pour sauver les blessés des accidents de la circulation. Nord-Sud Quotidien les a suivis lors des interventions à travers les différentes communes d’Abidjan. Reportage.



La radio crépite. Il est 8 heures 40 minutes ce samedi 14 septembre. Au bout du fil, une dame en pleurs appelle au secours. Nous sommes à Port-Bouët (Vridi, à trois cents mètres de la Société ivoirienne de contrôle technique automobile-Sicta). Précisément au Centre de transmission et de coordination (Cct) de la Mission scientifique des droits de l’Homme et du travail (Msdht) présidée par Fofana Moussa. Le responsable des opérations de transmission décrypte le message. Il s’agit d’un accident de la circulation qui vient de se produire au niveau du monument Akwaba de Port-Bouët. « Avp ! Avp ! (accident sur la voie publique, Ndlr) On embarque Pour Port-Bouët». Habillé dans une combinaison dont la couleur dominante est le vert, Fofana Moussa avec sa petite moustache donne l’ordre à sa troupe de se mettre en branle. Précisons qu’il dirige une équipe de cinquante bénévoles dont huit médecins généralistes. La troupe se met aussitôt en mouvement. Certains secouristes portent la même combinaison estampillée "Mission scientifique des droits de l’Homme et du travail" (Msdht). D’autres agents sont habillés en tenue civile (Tc). Koné Souleymane, l’un des trois ambulanciers, est plus pressé que tout le monde. Il saute dans son véhicule de type 4x4 couleur verte. D’un coup sec, il tourne la clé de contact et le moteur est en marche. Les gyrophares scintillent. Deux brancardiers imitent son geste. Les moteurs de leurs véhicules de type 4x4 vrombissent également. Toutes les voitures sont équipées de talkie-walkie afin de coordonner les mouvements. A l’intérieur de chaque ambulance, il y a deux civières, deux valises artel (ce sont les accessoires capables de maintenir un membre fracturé) des gants, des seringues, des paquets de sparadraps, du coton, des gélo-plasmas (solution contenue dans des poches dont l’administration permet de stabiliser les blessés et freiner les hémorragies). Le personnel, composé de deux médecins, de deux aides-soignantes et de six assistants-secouristes, se dirige aux pas de course vers les véhicules. Les sirènes retentissent. Nous prenons place à l’arrière de l’ambulance médicalisée conduite par Souleymane.

Un accident pas
comme les autres
Fofana Moussa, au volant d’un véhicule tout-terrain, ouvre le cortège. La circulation à cette heure-là est relativement fluide. Nous empruntons la voie longeant la société de raffinage pour déboucher sur le carrefour "Petit-Bassam". On progresse du côté de l’abattoir avant de passer devant le centre pilote. Et quelques mètres après nous retrouvons le lieu de l’accident à proximité d’une station-service. Sur place, on voit un attroupement humain. A peine les véhicules s’immobilisent-ils que les secouristes descendent avec toute l’armada pour l’intervention de sauvetage. Pendant ce temps, certains agents sécurisent le périmètre en plaçant des cônes dans un rayon de 150 mètres pour éviter toute surprise désagréable. Les secouristes se déploient. Fofana Moussa porte des gants. Il se dirige vers la clôture de la cité Infas. On voit le mur brisé par endroits du fait de la violence du choc. Quelques mètres plus loin, on aperçoit le véhicule accidenté. C’est une voiture de couleur blanche de type 4x4. A bord du véhicule git le nommé Maxhaï sans d’autres précisions. Il porte des dreadlocks. «Si vous voulez filmez-moi ou photographiez-moi. Ça m’importe peu. Envoyez les images sur Facebook», lance-t-il au moment où les secouristes lui font un pansement au niveau du bras droit. Il a eu de la baraka car il est sorti de l’accident avec seulement quelques égratignures. Selon les témoignages, le conducteur a quitté la chaussée pour rouler sur trente mètres sur le trottoir. Puis s’est retrouvé dans la station-service. «Bizarrement, à cette heure d'affluence, c'était le seul véhicule à cet endroit. Il s'est arrangé pour faire tous ces dégâts. Il a arraché la pompe du produit pétrolier Super. Il continue sa course pour se retrouver en face de la clôture de la cité de l’Institut national de formation des agents de la santé (Infas). Là-bas, des éléments des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) continuent d’occuper des chambres. Le conducteur du véhicule accidenté s'est donc retrouvé face au mur. Il a brisé la clôture. Il a ensuite percuté le bâtiment. La force du mur a réduit la vitesse du véhicule qui s'est immobilisé», explique Sangaré Amadou, un bouvier, témoin de l’accident. Assis sur une table, le blessé subit un examen médical. «Nous avons fait le contrôle. Il est légèrement blessé au niveau de la main droite. Il est bien conscient. Il n’a eu aucune fracture. Il est bien portant», rassure Dr Yéo Ousmane. Entre-temps, des éléments du commissariat de police du cinquième arrondissement procèdent à l’audition de la victime et font le constat d’usage.

Ce qui devait arriver arriva
Nous quittons Port-Bouët pour Treichville du côté du pont Félix Houphouet-Boigny. Un autre accident qui s’est produit à 9 heures 30 minutes vient d’être signalé. La sirène résonne à nouveau. Dix minutes plus tard, l’équipe arrive sur les lieux. Un motocycliste, Touré Adama, a été renversé par un vehicule de particulier conduit par Tra Bi Valérie. La victime se rendait au port de pêche où elle travaille lorsqu’elle a été fauchée par l’automobiliste. Adama a été blessé à la jambe droite après sa chute. Il reçoit un pansement. On lui administre un sérum antitétanique. Les deux parties parviennent à un compromis, évitant ainsi la procédure liée au constat des policiers du deuxième arrondissement. La matinée de ce 14 septembre est moins agitée mais Fofana Moussa et son équipe gardent les yeux ouverts. La patrouille se poursuit à travers les communes du Plateau, d’Attécoubé et d’Adjamé. Tout se passe bien.
A 14 heures 45 minutes, l’équipage décide de retourner à la base de Vridi pour recharger les batteries. «On va rentrer. Par expérience, c’est en début de soirée que nous sommes beaucoup sollicités», nous explique le président-fondateur de la Msdht, en précisant qu’il dépense en moyenne 150.000 FCFA en carburant. «C’est une passion de secourir les personnes qui sont dans le besoin. On fait ce travail pour épauler les sapeurs-pompiers militaires dans le secours de personnes en danger. Cependant, l’indiscipline et le manque de courtoisie de certains automobilistes nous empêchent de travailler normalement», regrette-t-il. Le retour à la base permet à la troupe de faire le point de la situation des interventions de la matinée. A 17 heures, la patrouille prend la direction de Koumassi où des riverains du quartier "Campement" signalent un accident de la circulation à proximité de la pharmacie. Le cortège roule à vive allure. Mais les choses ne tournent pas rond. A l’entrée du quartier, un embouteillage monstre ralentit les secouristes. Malgré le scintillement des gyrophares, l’allumage des feux de détresse et les sirènes en marche, les automobilistes, en particulier les conducteurs de «wôrô-wôrô», refusent de céder le passage. Nous sommes coincés dans le bouchon. Pendant une trentaine de minutes, le convoi cherche une voie de contournement. Il a fallu l’intervention musclée des policiers du sixième arrondissement pour ouvrir une brèche à l’équipage.

L’indiscipline de certains automobilistes

Sur place, une gamine ensanglantée est étendue sur le macadam. Touré Fatim, dix ans, a été fauchée par un indélicat conducteur de taxi communal. Le chauffard a pris la fuite. Fofana et ses hommes volent au secours de la fillette. Elle a une fracture à la jambe gauche et une plaie ouverte au front. La jambe fracturée est immobilisée dans un «artel». Elle reçoit un pansement pour freiner l’hémorragie. Affolée, la mère de la victime pleure. «Héé Dieu !», ne cesse-t-elle de se lamenter. Elle court dans tous les sens. La maman se jette dans les bras d’une dame. Celle-ci lui murmure des mots à l’oreille pour la consoler. Les secouristes stabilisent le saignement. Ils invitent la mère de la petite à prendre place dans l’ambulance. La procédure d’évacuation est déclenchée. L’adolescente est transportée sur une civière à bord de l’ambulance où nous avons pris place depuis le début de la ronde. Elle est soutenue par sa mère qui ne finit pas d’essuyer ses larmes. La victime est conduite à l’hôpital général de Port-Bouët. Le déplacement se déroule normalement car il n’y a plus d’embouteillage. La prise en charge par le médecin de permanence se fait rapidement. Le personnel soignant s’occupe de la blessée. «M. Fofana nous a remis la fiche technique de la malade. Nous savons ce qui reste à faire. Donc, tout va se dérouler normalement. Nous allons mettre la victime en observation et lui administrer les soins appropriés», explique Dr Kacou Yves.

Les ambulances du Gspm
manquent de tout
Les accidents s’enchaînent. Il est 18 heures 30 minutes lorsqu’un autre message de secours est reçu au standard. On signale un accident entre la station- service et le rond-point du Banco, dans la commune d’Abobo. Les véhicules d’intervention de la Msdht démarrent à nouveau. Une autre vie à sauver. On met le cap sur la commune martyre. Il faut traverser les communes de Port-Bouët, de Koumassi, de Marcory, de Treichville, du Plateau, d’Adjamé. L’appel indique que le nommé Adama a violemment percuté Koudou Bohui Henri. Selon les témoignages, le piéton traversait la chaussée lorsque le conducteur du véhicule de transport en commun appelé communément "gbaka" l’a fauché au milieu de la voie express dans le sens Abobo-Adjamé. L’imprudent conducteur a pris la fuite, laissant le pauvre homme dans une mare de sang. Il a eu un traumatisme crânien et une plaie ouverte au niveau de la nuque. Nous n’avons pu arriver sur les lieux qu’une heure après. Il y avait un gros embouteillage depuis la casse d’Adjamé. Nous retrouvons le jeune homme de 26 ans ayant perdu assez de sang et presqu’inerte. Séance tenante, les secouristes s’organisent. «Il a perdu assez de sang. On lui place ce gélo pour compenser la perte de sang. On lui fait aussi un bandage au niveau de la tête pour freiner l’hémorragie», nous explique Dr Yéo. Le pronostic vital de l’accidenté est engagé. Cinq minutes plus tard, une ambulance de réanimation des soldats du feu arrive en renfort. Karimou Coulibaly, commissaire de police du 21ème arrondissement et ses éléments ont déjà quadrillé le périmètre. Marc, le petit-frère du blessé, est en larmes. Une foule de badauds est amassée sur la chaussée. Ce qui crée un ralentissement de la circulation des véhicules dans les deux sens de la voie express. La victime est transportée dans l’ambulance du Gspm. Fait notable. L’ambulance du Gspm est dépourvue de tout. Les soldats du feu n’ont même pas de gants à main, a fortiori les produits pharmaceutiques de premières nécessités. Pourquoi ? Le chef de bord, un adjudant-chef, se refuse à tout commentaire. «Le plus important, c’est de secourir le blessé. Donc, nous leur donnons nos produits pour faire le travail», indique Mme Touré, aide-soignante. Le médecin de la Msdht prend place dans l’ambulance du Gspm où se trouve l’ accidenté. Nous sommes dans l’autre ambulance en compagnie de Mme Touré et le reste du personnel. Direction : Centre hospitalier universitaire (Chu) de Yopougon. Sur place, tous les lits du service des urgences sont occupés. Koudou Bohui Henri est couché à même le sol. L’équipage de la Msdht transmet le rapport du diagnostic primaire au Dr Konan Abokan, médecin de permanence. Il lui explique les premiers soins qui ont été prodigués. Pendant ce temps, la victime se tord de douleurs. «Nous allons assurer la prise en charge. Le patient est lucide. Il est stable. Il faut faire des analyses poussées pour voir s’il n’y a pas d’autres complications, à savoir une hémorragie interne», soutient-il. Il est presque 21 heures lorsque nous quittons le Chu. C’est dans une ambiance bon enfant que les sapeurs-pompiers et les secouristes de la Msdht quittent le lieu, avec le sentiment du devoir accompli : celui d’avoir secouru une victime.


Ouattara Moussa
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