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Editorial Publié le lundi 21 octobre 2013 | L’intelligent d’Abidjan

Le temps de la justice n’est pas le temps de la réconciliation nationale

Cent jours déjà que le gouvernement a été formé. C'était le premier Juin dernier sur fond de spéculations dans les médias. Trois mois, dix jours pour convaincre! Plus cents autres jours à venir. Au finish, dans quelques semaines, les ministres pourraient avoir bénéficié au minimum de deux cent jours, soit sept mois pour faire leurs preuves. Ce qui veut dire qu'après l'élection législative du 11 Décembre prochain, les Ivoiriens peuvent encore avoir droit au même gouvernement jusqu’à fin Janvier 2012 ; le temps de la mise en place du nouveau parlement, le temps de voir qui est élu député parmi les membres du gouvernement, qui va siéger au sein de l'hémicycle, le temps de permettre la nomination d'un Premier ministre issu du PDCI, sur la base certes de la promesse faite par Ouattara à Bédié entre les deux tours, mais aussi en tenant compte des résultats pertinents des législatives. Cent jours! Deux cents jours! Trois cents jours! Mille jours! Le compteur ne s'arrêtera pas. Dans l'équipe au pouvoir depuis le 1er Juin dernier, à moins que Dieu n'en décide autrement, Alassane Ouattara est le seul qui est assuré de pouvoir faire 1800 jours à la tête du gouvernement. Les autres membres du gouvernement, sont susceptibles de subir les frais de leur incompétence, des nouvelles réalités politiques liées aux législatives et des contraintes du futur dialogue politique national incluant le FPI, à moyen et long termes. Les autorités ivoiriennes parlent toujours de certains aspects de l'accord de Ouaga ou de Marcoussis pour régir la vie politique nationale. Après les législatives et dans le cadre d'un retour du FPI dans l'espace politique, ou à défaut, dans le cadre d'un dialogue républicain plus constructif avec le parti et les partisans de l'ex-président, l'architecture du gouvernement peut changer. Le FPI pourrait par exemple mettre dans la balance les recommandations de l'Union africaine, qui dans sa décision du 11 Mars dernier, avait recommandé l'investiture d'Alassane Ouattara tout en appelant à un partage du pouvoir. Il faudra bien un jour mettre à plat toutes ces décisions dans la période post-législative qui arrive. Se projeter dans cette perspective pour établir, analyses et réflexions, fait atténuer les enjeux et les impacts du séminaire sur les cent jours de l'action gouvernementale qui fait l'actualité cette semaine. La Côte d'Ivoire est au travail. Le président Ouattara a décliné sa vision. Toutefois, il y a des choses qui dérangent et posent problème. D'abord la propension de certains ministres à se prendre pour les seuls et vrais décideurs au détriment d'Alassane Ouattara et de Guillaume Soro. Il est impératif que le chef de l'Etat dise à ceux qui se mettent à genoux et en larmes devant lui, de cesser de jouer dehors les fiers à bras. Le pouvoir d'Etat ne sert pas à faire du mal et du tort, ni à commettre des abus, sauf à oublier hier, à oublier le cas Gbagbo. Sauf à oublier que tôt ou tard, chacun rendra compte et paiera. L'autre préoccupation réside dans le processus de réconciliation. La charge actuelle menée contre un homme tombé et un président déchu comme Laurent Gbagbo peut donner les effets contraires de ceux recherchés. Le dossier de l'ex-chef d'Etat nous semble mal géré et mal mené. Les maladresses et le sentiment d'acharnement sont en train de transformer Laurent Gbagbo en un bonhomme sympathique, là où Ouattara longtemps brimé, malmené et tourmenté, par des régimes successifs, est en train de passer pour le méchant, le dur et le bourreau, et pour celui qui refuse la réconciliation. Personne ne demande l'impunité pour Laurent Gbagbo. Mais, autant hier il s'est trouvé des citoyens ivoiriens, des Africains et des Européens ou autres citoyens du monde pour dire non à la traque contre Ouattara, sans être forcément RDR, sans chercher à conquérir le pouvoir d'Etat, pour le gérer avec Ouattara, mais au nom de valeurs et de convictions qui leur ont permis de résister aux amitiés et aux tentations du pouvoir et de l'argent facile; autant ces mêmes observateurs et acteurs demandent au Président Ouattara de mieux examiner la question du sort de Laurent Gbagbo. Dans la crise postélectorale vécue par la Côte d'Ivoire, la responsabilité et la culpabilité de Laurent Gbagbo sont davantage d'ordre moral et politique, ou historique, que d'ordre juridique et pénal. Tant que la procédure de mise en accusation par la Haute Cour de Justice dans le cadre du futur parlement, pour haute trahison ne sera pas envisagée, le gouvernement Ouattara ira de maladresse en maladresse, au risque de transformer Adosolution en Gbagbopollution. Laisser aux ministres et à Guillaume Soro le sale boulot, ou même au Président Bédié, sans jamais compromettre Ouattara lui-même dans l'accusation directe contre Laurent Gbagbo, ne peut tromper personne. Pourtant sur la question de la réconciliation, le Président Alassane Ouattara a pris une option stratégique majeure : ne pas faire payer aux hommes en armes les fautes des hommes politiques. Le choix est moralement, juridiquement et au plan de vue pénal, discutable. Mais au plan politique et sur celui de la cohésion sociale, cette décision est judicieuse. Elle abolit les haines et les règlements de comptes. Elle met fin aux chasses aux sorcières et elle permet de favoriser la reconstruction nationale, ainsi que la mise en place d'un Etat de droit juste et impartial. Pourquoi ne pas étendre cette jurisprudence ? Pourquoi réduire les seules victimes des crises ivoiriennes aux 3000 derniers morts ? Pourquoi autoriser Banny et sa commission à enquêter sur l'ensemble des problèmes du pays depuis 1960 s'il le faut, mais (en même temps) demander à la CPI de ne s'en tenir qu’à la crise postélectorale ? En 2000, on a vu Laurent Gbagbo banaliser le charnier de Yopougon, ne compter et ne pleurer que les morts de son camp. C'est cette justice sélective qui avait exacerbé les frustrations et conduit à la crise en Septembre 2002. Lors de la crise postélectorale, alors que le RHDP pleurait déjà ses nombreux morts après l'infructueuse marche sur la RTI, le camp Gbagbo décorait et passait à la télé d'Etat les policiers tués à Abobo, avec les larmes de leurs épouses pour choquer et émouvoir, mais surtout pour révolter et inciter davantage à haïr Alassane Ouattara et les siens. Quand on a vu tout cela, quand on souhaite que le président Ouattara réussisse, et quand on n'a pas été particulièrement un bénéficiaire de la politique hasardeuse et d'exclusion de Laurent Gbagbo, on peut se permettre d'attirer l'attention sur la Gbagbopollution que l'on risque de créer, en voulant tout simplement remplacer le tout sauf Ouattara d'hier par le tout sauf Gbagbo aujourd'hui. Encore une fois, pas question de plaider l'impunité pour les méchants et les faiseurs de haine de l'ancien régime. Toutefois, il faut se souvenir que si Gbagbo et les siens sont allés si loin dans leur tentative de hold-up, c'est, entre autres raisons, parce qu'ils avaient à l'esprit que grâce aux accords de Marcoussis, Accra et Ouaga et aux lois d'amnistie, les autres auteurs d'exactions n'avaient jamais rien payé. Commencer à corriger cette situation pour tous, est dans l'intérêt de la Côte d'Ivoire et de la lutte contre l'impunité. Alassane Ouattara est aujourd'hui un dieu pour la Côte d'Ivoire et les Ivoiriens. Avoir le droit de vie et de mort, exige d'être dans la grandeur, dans la générosité, dans le pardon. Celui qui est au pouvoir doit chercher à rendre heureux, aussi bien ses partisans que ses pires adversaires. Alassane Ouattara est aimé par les siens. Il n'a plus rien à prouver au RDR ni au PDCI. Désarmer ses adversaires et tuer les haines et les ressentiments qui sont dans les cœurs du FPI et des hommes de Gbagbo, est sa mission et un acte de grandeur, a réaliser. Laurent Gbagbo avait dit qu'il ne voulait pas le prix Nobel de la capitulation ! Où est-il aujourd'hui ? Capituler pour la paix, est une bonne capitulation. Le président Ouattara doit capituler pour la paix. Le chef de l'Etat ne doit pas hésiter sur la question. Il a le devoir de réussir la réconciliation qu'il a lui-même placée au rang des priorités, car il sait bien que même avec mille ponts, et non un seul troisième, construits, et même avec des milliers d'hôpitaux, ce sera un échec de gouverner sans pouvoir intégrer et associer toutes les principales forces politiques du pays. Le dialogue doit rester permanent et sans exclusive. Enfin un choix doit être fait entre la justice et la réconciliation. Le temps de la justice n'est pas le temps de la réconciliation. Le temps de la réconciliation n'est pas celui de la justice. La réconciliation, c'est l'oubli, le pardon, la fraternité, le refus de demander des comptes et de faire payer les torts et les crimes. La justice, c'est la sanction. C'est faire payer au coupable et rendre heureuse la victime. C'est rendre justice, mais rendre justice à l'un, c'est frapper d'une sanction, certes méritée, le coupable. C'est la justice ; cela n'est pas la réconciliation. Le gouvernement doit faire un choix. Soit la justice d'abord, la réconciliation ensuite. Ou bien la réconciliation d'abord et la justice ensuite pour les cas les plus intolérables et imprescriptibles. Vouloir faire les deux en même temps, c'est envoyer un message brouillé et démagogique. Bonne célébration des cent jours du gouvernement et rendez-vous, dans cent autres jours!

In l’IA du 17 Octobre 2011

Par Charles Kouassi
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