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Santé Publié le jeudi 23 avril 2015 | Magazine Santé

Consommation du kplo: voici les risques

Le ״kplo״ (peau de bœuf) est beaucoup consommé en Côte d’Ivoire. Le pneu et les débris de caoutchouc qui sont souvent utilisés pour décaper cette peau de bœuf remettent en cause sa qualité. Le cancer, l'asthme, Les troubles neurologiques sont autant de maladies auxquelles sont exposés les consommateurs de ce mets pourtant très prisé.

Le ״kplô״, c’est ainsi qu’on appelle couramment en Côte d’Ivoire, la peau de bœuf fumée et destinée à la consommation. Cette partie de l’animal est beaucoup prisée des Ivoiriens. Elle est d’une haute consommation. En effet, dans les grandes cérémonies de baptême, anniversaire et mariage, le״kplô״ a toujours sa place tout comme dans la cuisine ordinaire dans certains foyers.

Comment obtient-on cette viande ? Pourquoi les consommateurs en raffolent-ils ? Quelles sont les conséquences liées à sa consommation ? Ce sont autant d’interrogations qui méritent d’être élucidées.

A Yopougon Sicogi, dans l’un des fumoirs de la ville d’Abidjan, c’est une grande fumée noire qui nous accueille. Là, se trouve un attroupement d’hommes de divers groupes ethniques qui s’adonnent au décapage des têtes, pattes et peaux de bœufs. Ici, pour décaper la peau de bœuf, les fumeurs usent du bois de chauffe. Ce fumoir se dispute l’espace avec les ordures qui ne cessent de gagner du terrain. Cela ne semble pas pour autant décourager les fumeurs de peau de bœuf qui arrivent à se faire de la place à côté des immondices. Certains sont vêtus et d’autres sont torse nu. Ils sont tous couverts par la noirceur du carbone que produit la fumée du feu qu’ils activent. Que ce soit par amour ou juste pour gagner leur pain, ces hommes s’exposent aux flammes dans un travail à la chaine.
La peau de bœuf provient de l’abattoir de la commune de Port-Bouêt, et atterrit sur les lieux du fumoir chaque jour à 9h. Ils disposent de deux foyers, l’un pour chauffer les peaux (le chauffage des peaux fait tarir l’eau et le sang qu’ils contiennent ce qui permet de bruler les poils sans difficulté) et l’autre pour bruler les poils. Ils les font passer une première fois au feu pour faire sécher la peau humide. Ensuite, les fumeurs les enroulent sur de longues tiges de bois avec du fil de fer pour les décaper. Ils les retirent et se servent d’un couteau pour gratter et enlever le carbone. Ils les remettent une seconde fois au feu pour bruler les poils qui ont été épargnés par les flammes.

Quels sont les objets utilisés pour décaper la peau de bœuf ?





DES OBJETS SURPRENANTS

Il existe plusieurs procédés pour décaper la peau de bœuf (pneu, débris de caoutchouc, bois de chauffe, carton, noix de graine, la coque de la noix de coco…). Ici, les fumeurs de peau de bœuf utilisent le bois de chauffe pour bruler les peaux. Ce qui est d’ailleurs recommandé.
Cependant, d’autres objets associés à ce bois de chauffe pour décaper ces peaux de bœufs sont plutôt surprenants. Il s’agit notamment de débris de caoutchouc (seau, chaussure, bassine, chaise, parapluie, botte…) récupérés dans les usines de fabrication d’objet en caoutchouc pour les répandre sur les peaux mis sur le feu. « On utilise le caoutchouc pour activer la flamme » affirme Benoît YUE, l’un des fumeurs.
D’autres fumeurs vont jusqu’à faire usage de pneumatique usée pour lisser la peau de bœuf. Cette pratique expose la peau de bœuf à l’intoxication car les débris de caoutchouc et les pneus utilisés sont composés d’éléments chimiques toxiques.

Quelles sont les dangers liés à la consommation du ״kplô״ intoxiqué ?

INTOXICATION A L’HORIZON

Un pneu est constitué de caoutchouc (naturel et artificiel), d'agents chimiques dangereux (soufre, noir de carbone, silice, huiles etc.), de câbles textiles et métalliques.
La toxicité du pneu et du caoutchouc provient donc du mélange de tous ces composants dont certains sont cancérogènes et d'autres allergisants. Selon l’Environmental Protection Agency (EPA), en brûlant, le pneu dégage la même énergie (chaleur) que le pétrole et 25 % plus que le charbon.

Aussi, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) classe l'industrie du caoutchouc dans le groupe 1, comportant des expositions qui sont reconnues comme cancérogènes avérées ou possibles selon les produits chimiques concernés. Les risques cancérigènes sont dus à l'inhalation de fumées, voire à l'ingestion de particules, contenant des amines aromatiques, des nitrosamines, des Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques (HAP) dont le benzène, et des poussières de suies de carbone. Les fumeurs de peaux de bœuf qui inhalent la fumée et les consommateurs sont tous exposés aux maladies. Les risques du cancer de la vessie, du poumon et de leucémies sont donc autant de conséquences provoquées par la consommation du״kplô״ intoxiqué. Outre le risque de cancer, les fumées émises lors de l’incinération de ces caoutchoucs sont irritantes pour les voies respiratoires, et peuvent provoquer l'asthme, entrainer des troubles neurologiques, des apparitions cutanées, vertiges, céphalées et conduire plus loin à la fibrose pulmonaire...


LES ETAPES AVANT L’ASSIETTE

Une fois les peaux brulées, les commerçantes viennent les acheter pour ensuite les revendre. Parmi elles, il y a les revendeuses du marché et les vendeuses de placali (mets ivoirien à base de manioc). Elles ont toutes une manière particulière de ramollir la peau de bœuf. Pour les revendeuses du marché, la cuisson du״kplô״ suit des étapes et prend un temps fou. Dame Annick Dago est dans le métier depuis quelques années. Elle use de méthode naturelle pour cuir le ״kplô״. « Dès la récupération, je mets le ״kplô״ directement sur le feu pendant 5 à 6 heures de temps. Ce temps écoulé, je retire du feu et je lave les peaux pour enfin les laisser tremper toute la nuit. Cela permet au ״kplô״ de gonfler et prendre du volume » explique-t-elle. D’autres par contre utilisent une forte quantité de potasse pour les ramollir. Par ailleurs certaines peaux sont mal lavées. Résultat, Le ״kplô״regorge parfois des grains de sable et des débris de potasse, ce qui peut également être dangereux pour la santé.
Contrairement à dame Dago, les commerçantes du placali n’accordent pas suffisamment de temps à la cuisson de la peau de bœuf. Lorsqu’elles viennent du fumoir avec les peaux, elles les lavent puis les déversent directement dans la sauce. Cela leur permet de conserver le « bon goût du ״kplô״ et son parfum dans la sauce ». « Je mets directement dans la sauce parce qu’il y a des clients qui préfèrent le ״kplô״ dur » affirme dame ״mamie״ Adjoua commerçante de placali à Adjouffou dans la commune de Port-bouêt.

que pensent les consommateurs de la consommation du "kplo"?


L’AVIS DES CONSOMMATEURS

Dans la majorité des cas, on retrouve le ״kplô״ dans la sauce (graine, gombo frais ou kplala..) qui accompagne le placali. On en trouve la plupart du temps chez les commerçantes de ce mets dans les quartiers et les restaurants de jour comme de nuit.
Ignorants ou parfois conscients du parcours du ״kplô״, les friands de cette viande sont tout aussi nombreux que variés. Du plus petit au plus grand, enfants, jeunes, adultes et vieillards…ils sont tous loin de rompre leur habitude alimentaire. Pourquoi ? La raison est à trouver dans le coût peu élevé de la viande (50 – 100 FCFA le morceau) ou par amour.
Mademoiselle Cynthia Laure Gueyo est agent de la Sûreté. C’est une adepte du Placali chaud fait hors foyer. Elle en consomme presque tous les jours. Peu importe la provenance du ״Kplô״, elle s’en soucie peu. « Pourvu qu’on puisse le manger, ça me suffit largement. Et puis on meurt de quelque chose. Si on veut trier, c’est qu’on va mourir de faim parce qu’on ne va jamais rien manger » s’est-elle exclamée en continuant de déguster son plat sur le lieu de commerce appelé״placalidrôme״.
A l’image de cet agent de sureté, ils sont nombreux les fanatiques du Placali chaud accompagné de ״kplô״ qui semblent ignorés les dangers qu’ils courent.

QUELQUES CONSEILS

Ne dit-on pas que l’ignorance tue ? Il n’est pas déconseillé de consommer le "kplo". On peut consommer cette viande à condition que cela soit bruler avec du bois de chauffe. Il est donc capital de connaitre sa provenance. Il faut préférer le "kplo" brulé avec le bois de chauffe car il est sans danger. Pour les grandes cérémonies, si l’on veut ajouter la viande de "kplo" à ses plats, il est conseiller de s’approvisionner soi-même la peau de bœuf encore fraiche et la bruler ou veiller à ce que cela soit décaper avec du bois de chauffe si l’on veut confier cela à une autre personne.

L’habitude est une seconde nature dit l’adage. Mais les Ivoiriens doivent tirer les leçons des mauvaises habitudes alimentaires. Leur santé en dépend.

Séphora TAHI / Rodolphe ZOHOURI
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