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Politique Publié le jeudi 9 février 2017 | Pôle Afrique

Armée ivoirienne - Mutineries à répétition, exaspération générale pour propositions chocs

© Pôle Afrique Par SIA KAMBOU
Deux soldats mutins ont été tués à Yamoussoukro
Mardi 17 janvier 2017. Deux soldats faisant partie d’un groupe de mutins de l’Ecole des forces armés (EFA) de Zambakro qui revendiquaient leur part de primes dans la capitale politique ivoirienne ont été tués a et plusieurs de leurs frères d`armes blessés.
Les militaires ivoiriens ne semblent pas s’émouvoir des conséquences de leurs actes sur l’économie et les milieux d’affaires. Depuis le 5 janvier, ils revendiquent bruyamment par les armes.

Le gouvernement ivoirien a exprimé son désaveu, le énième, face à la sortie bruyante des militaires ivoiriens qui ce lundi 6 février dernier, ont fait tonner la poudre à Adiaké, Tengrela et Grabo.

« C’est une attitude malheureusement récurrente ces derniers temps… Mais le gouvernement tient à dire qu’il condamne et déplore ces formes de revendication. Chaque revendication sera analysée et les représentants de l’Etat indiqueront ce qui est possible ou pas » a condamné Bruno Koné, porte-parole du gouvernement.

Bien avant, le gouvernement avait enjoint la hiérarchie militaire d’engager la négociation avec les mutins des Forces Spéciales, à l’image de ce qui a été fait lors du soulèvement des 8400 soldats, issus de l’ex-rébellion des Forces Nouvelles.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la mayonnaise monte au nez des ivoiriens, exaspérés par les tirs utilisés comme moyens de pression sur le Président de la République et le gouvernement.

Le Ministre Joël N’guessan, porte-parole du RDR, le parti au pouvoir estime que « La première solution c’est de faire comprendre aux militaires pourquoi ils sont militaires. Ils sont au service de la République et non embauchés pour effrayer la République et les populations. La deuxième chose, c’est d’occuper sereinement le plus grand nombre de nos soldats à des travaux d’utilité publique sous la forme d’un service civique », propose-t-il.

Dr Eddy Guepié, politologue et enseignant-chercheur à l’université Péléforo Gon Coulibaly de Korhogo soutient pour sa part que « Il faut dire que la mutinerie est un fait grave qui est durement sanctionnée dans l’armée. La mutinerie concerne un cas d’indiscipline, de non-respect des consignes tenues par les supérieurs. Que ce soit dans une institution organisée, l’armée, la prison ou un autre groupe. Il y a des armées ou dans le code de défense ou dans le statut général des militaires où, la mutinerie est sanctionnée par la prison ou la peine de mort. »

Le politologue ivoirien poursuit son analyse pour définir et poser un diagnostic sur l’armée ivoirienne.
« Une mutinerie est le refus d’obéir aux ordres. C’est un acte qui n’est pas anodin. C’est vrai que les militaires ne disposent pas de syndicats, d’instances de revendications parce que par leurs fonctions, ils ont renoncé à toutes revendications corporatistes en particulier. Donc, ils sont soumis à un statut particulier qui est le statut général des personnels militaires, en Côte d’Ivoire en particulier. Cela a été fait à répétition, en plus sur une très longue période, montre qu’il y a un vrai souci dans l’armée. Il y a plusieurs crises dans toutes les armées du monde, les détournements de primes se font presque partout, mais, il n’y a pas de mutinerie. Dans un pays sérieux, organisé comme était la Côte d’Ivoire, aujourd’hui, de voir des soldats qui pour un oui ou un, tirent en l’air, se mutinent, cela veut dire que c’est la nation ivoirienne en elle-même qui est débitée » se désole Dr Guépié.

Son diagnostic est que « On a un vrai problème au niveau de l’armée. Il ne se situe pas au niveau de la formation mais au recrutement. Lorsqu’on fait des recrutements par affinité tribale, on enlève la mission première qui est défendre l’intégrité du territoire. Quand on fait des recrutements de façon complaisante, on s’expose à cela. On recrute des anciens repris de justice, des manœuvres, des rebelles… on s’expose au fait que ces derniers n’aient pas l’éthique qui sied, qui convienne à la force de la fonction militaire, et on s’expose au fait qu’il puisse avoir ce genre de mutinerie. Quand vous regarder ces 8400, ils sont tous d’une seule partie du pays. Ils ont été tous recrutés dans les rangs de l’ex-rébellion. Donc, cela entache profondément l’unité en elle-même de l’armée. C’est un problème. La formation est faite de façon complaisante » regrette l’universitaire ivoirien.

Il estime que « La base de l’armée, c’est dans les recrutements, les formations et autres. Tous les militaires comprennent cela. Au niveau du recrutement, on a un os dans la gorge. Parce que ces personnes-là, ne seront jamais des militaires, je le dis depuis 2011. Ils peuvent être des guerriers, ils peuvent être braves, mais pas des militaires, ils ne savent pas ce que s’est d’être militaire. Ils ont été recrutés avec complaisance » dénonce Dr Eddie Guépié.
Faudrait-il « les enlever de l’armée » ? Il répond que « cela est un problème. »

« Et qui est-ce qu’on met pour les remplacer ? » interroge le politologue qui reconnaît que « Cela est un deuxième problème. » « Mais, je ne pense pas à court terme, qu’il y ait de solutions. Vous voyez que tous les anciens chefs de guerre, chefs rebelles ont été promus officiers supérieurs et aujourd’hui, ils sont chefs de corps de certaines unités d’élite de ce pays. La garde républicaine est dirigée par le lieutenant-colonel Issiaka Wattao, la Côte d’Ivoire est un pays qui est sérieux. Donc distribuer des grades et des promotions comme on le ferait en se répartissant un butin, c’est cela qui donne des idées à ces jeunes-là. Mais, finalement, c’est nous autres qui nous mettons devant, et ces les chefs rebelles qui en profitent. Nous n’avons pas château, de Mazerrati comme Wattao, donc qu’est-ce qu’on peut avoir, ils se mutinent, les lignes rouges ont été franchies même si on est heureux qu’il n’y ait pas de pertes en vie humaine à déplorer. Il n’y a pas d’’armée, il y a des personnes en armes » fait-il remarquer.

Jean Paul Zunon, stratégiste militaire, soutient pour sa part que « La solution, c’est mettre de l’ordre dans tous les cas. Et, l’ordre, c’est la restructuration qui fait partie des réformes. Mais, jusqu’ici, on commence où les restructurations? C’est cela le problème. A la sortie de la dernière conflictualité qu’il y a eu en Côte d’Ivoire, la réflexion doctrinale a été confiée à quelques officiers supérieurs et généraux à la retraite. A savoir, le général Doué, le général Ouassénan Koné, Colonel Major Lamoussa… Le résultat était bien mais le diagnostic était trop conjoncturel, c’est-à-dire trop ponctuel. Et, jusqu’ici, on commence par quoi et on commence par où? Les problèmes militaires, les premières mutineries, n’ont pas commencé au début ou à la fin de la crise postélectorale mais sous le président Félix Houphouët-Boigny (…) » relève-t-il.

« (…) Il faut donc analyser le problème de la Côte d’Ivoire dans une vision commune de mutualisation des moyens de défense. Les plus avancés en matière de mutualisation de défense en Afrique, c’est la CEDEAO. On n’a pas le courage de prendre les choses en mains et aller de l’avant. Il faut pour cela se poser les bonnes questions. Dans ces questions, les restructurations en font partie. Donc, pour trouver une solution durable à ces mutineries, il faut une restructuration structurelle et non des restructurations conjoncturelles, par rapport à un petit point qui s’est passé. Il y a eu une mutinerie, on fait la restructuration par rapport à la mutinerie. Mais non, ce n’est pas de cela qu’il s’agit, il faut reprendre tout. Il faut se poser les vraies questions et les bonnes questions, sinon, cela reprend après (…) » recommande Jean Paul Zunon.

Adam’s Régis SOUAGA
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