Voilà exactement 368 jours que Gbagbo Laurent qui gouvernait le sud ivoirien et Soro Guillaume qui dirigeait le nord ont paraphé dans la capitale et devant le président burkinabé un document de compromis. Pour non seulement diriger ensemble le pays qu'ils devront réunifier, mais aussi et surtout réunir les conditions d'élections propres et ouvertes. Ils avaient baptisé ce compromis d'accord politique de Ouagadougou, comme si Marcoussis, Accra I, II et III, Pretoria I et II n'ont rien de politique. Un an après, le processus a avancé, dira le Premier Ministre Soro Guillaume, qui a brandi les avancées face à la presse le mardi dernier. Et comme cela ne suffisait pas, le Premier ministre a appelé les Ivoiriens à consentir des sacrifices pour sortir définitivement de la crise. On le comprend. On comprend aussi que s'il lance cet appel, c'est que le point du processus est loin d'être satisfaisant. Au-delà des discours politiques, les audiences foraines prévues pour durer 3 mois sont dans leur septième mois et se poursuivent toujours. L'identification qui devrait commencer dans les mois qui ont suivi la signature de l'accord en mars 2007, n'est pas encore à l'ordre du jour. Le redéploiement de l'administration traîne toujours. Le désarmement est presqu'oublié. Le service civique ne connaît pas un début d'exécution, faute de vision réelle. Parler d'élection présidentielle, dans ce contexte, pour la fin du premier semestre de 2008, ressemble à un rêve debout. Qu'en sera-t-il pour novembre et décembre 2008 ? De ce seul point de vue, le tandem Gbagbo-Soro qu'on avait présenté comme la panacée a montré ses limites.
Pendant que le Premier ministre s'arc-boute, le chef de l'Etat, plus que jamais dans les habits du candidat prêt à tout pour conserver le pouvoir, choisit d'autres tribunes que celles indiquée pour envoyer des flèches à ses potentiels adversaires. Au détriment de l'éthique républicaine. La dernière en date est la réception du président Sierra-leonnais. Le Chef de l'Etat Ivoirien a presque menacé ses adversaires : "Nous irons aux élections bientôt. Que ceux qui ont les oreilles entendent. Après les élections, pas de contestation…Préparez les élections, au lieu des contestations". L'allusion est claire. Le régime ivoirien n'entend pas tolérer la contestation des élections. Quelles qu'en soient les conditions d'organisation. Il fait fi du fait que les conditions soient loin d'être réunies pour réussir des élections incontestables. Il entend les organiser dans ce flou artistique et les remporter. C'est pourquoi il croit qu'il est le plus prêt de tous les prétendants. Sur quoi compte-t-il ? Ouagadougou a-t-il été signé juste pour servir de poudre aux yeux ?
L'application de l'accord n'est pas des plus aisées. Après les clameurs, ce fut les jeux de cache-cache entre les deux camps. Chacun voulant absolument être le maître d'ouvrage et donc, à la longue, le principal bénéficiaire de l'accord. Aussi, des manœuvres souterraines pour affaiblir son vis-à-vis n'ont pas manqué. Le débauchage aussi, sous le couvert de la réunification, somme toute de façade. Des têtes fortes des ex-rebelles, telles que Issiaka Ouattarra, alias Wattao, sont du coup devenus des stars vénérées. Par contre, le camp présidentiel n'a jamais découvert et déjoué autant de complots et de coups d'Etat que lors des 12 derniers mois qui ont suivi la signature de Ouagadougou. Mettant mal à l'aise son nouvel allié Soro Guillaume. Fait surprenant, c'est dans le fief de Soro Guillaume à Bouaké, que le chef d'état-major adjoint des Forces Nouvelles, Wattao annonce qu'un autre coup d'Etat contre le régime Gbagbo serait en préparation et que les FAFN seraient prêtes à réprimer cela dans le sang : " Un nouveau coup est en préparation. Nous le savons et ils nous font rire. Nous avons des élements avec eux et ils ne le savent même pas. Dites à vos enfants de ne pas s'en mêler. Celui qui veut nous attaquer, qu'il vienne. Nous n'allons pas rester chez nous qu'ils viennent nous égorger comme des moutons. Nous allons nous défendre. ". Le désormais ennemi commun, Ibrahim Coulibaly est à nouveau mis à l'indexe. Comme si personne à Abidjan et à Bouaké n'est serein. Wattao embouche la trompette de la refondation. On joue à se faire peur. Dans ce contexte, le constat est clair. Les élections s'éloignent.