Le ministre d'Etat, Emile Boga Doudou, éminence grise du FPI a été assassiné dans les premières heures de la rébellion qui a éclaté dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002. Il était malade dans l'avion qui le ramenait à Abidjan. Il a refusé de manger. Bref, le ministre de l'Intérieur du premier gouvernement de la Réfondation n'était pas dans son assiette. Avait-il des appréhensions ? Etait-il en proie au doute qu'entretiendrait un sixième sens ? Toujours est-il que si Boga Doudou avait été là, on se serait peut-être pas éternisé dans cette guerre que le régime a du mal à gérer. Le Chef de l'Etat n’aurait peut-être pas brandi l'épée contre ceux qui ont osé prendre le glaive contre son régime, avant de tendre la main à l'ennemi en armes. Il aurait tendu la main dès le début et aurait économisé des centaines de vies et des centaines de milliards de francs de dégâts. Si Boga avait été là, le Général Robert Guéi serait encore sans doute là, et le voyage de Gbagbo dans les montagnes de l'ouest serait dans un autre contexte. Il y serait allé la tête haute avec tous les égards, parce que des gens n'auraient aucune raison de bouder le plaisir de communier avec le chef de l'Etat.
Gbagbo veut aller à Man. Il veut aussi aller à Kabakouma, dans le village natal du général Robert Guéi lui aussi assassiné dans les premières heures de la guerre. Tia Koné, le président de la Cour Suprême déclarait : " Je leur ai dit là-bas que le Chef de l'Etat visiterait Kabakouma qui est le village natal de Gueï Robert ". Le président Tia Koné ne dit pas la réponse des parents de Kabakouma. Quelqu'un a osé pourtant dire : " Quand le président Gbagbo va à Yamoussoukro, il va s'incliner sur la tombe du Président Houphouët-Boigny. Ici, vous avez tout fait pour ne pas que le corps du Président Guéi vienne reposer auprès de nous, sur ses terres. Si le Président Gbagbo vient ici à Kabakouma, où ira-t-il s'incliner pour saluer la mémoire du Général Guéi qu'il dit aimer tant ? " La colle est parfaite. Les Dan de Kabakouma, même s'il ne savent pas toujours qui a tué ou fait tuer le général Guéi, il savent tout au moins comment son corps a été empêché d'aller reposer auprès d'eux. Et par qui. Ils attendent donc le Chef de l'Etat avec curiosité. Si le Président Gbagbo a pu aller au nord dans le Soroland sans appréhension, c'est parce qu'il avait à ses côtés, le Premier Ministre Soro Guillaume, bien vivant, avec qui il a fait la paix. Si Guéi avait vécu, et fait la Paix avec Gbagbo, que ce serait agréable d'aller avec lui, main dans la main, à Biankouman et à Kabakouma !
Par ailleurs, avant d'arriver à Man, le Président Gbagbo doit traverser bien de villes. Dont notamment Duékoué, la ville des chefs de guerre miliciens Colombo et vieux Banaho. Ces chefs à la tête de plus de 8000 miliciens floués en mai dernier dans le partage de la manne financière présidentielle qui se chiffrait, a-t-on appris, à quelques 280 millions. Après Duékoué, il y a Bangolo, une cité fantôme du fait des ravages de la guerre, qui attend de voir. A Bangolo aussi il y a les miliciens de APWê et du MILOCI qui ne sont ni démobilisés, ni désarmés. Ils attendent qu'on leur donne de l'argent. Ils ne croient plus en aucun de leurs chefs et des interlocuteurs. Ils veulent rencontrer Gbagbo. Or, voilà que Gbagbo ira à eux. Mais comment ? Après Bangolo, il y a Logoualé qui abrite des forces hybrides dans les rangs desquelles on a du mal à distinguer les miliciens des ex-rebelles. Tout ce monde attend que le Président en personne résolve leurs problèmes. Le Président Gbagbo est donc attendu de pieds fermes pour diverses raisons. Aller donc à l'ouest ne sera pas aller au nord. L'ouest n'est pas le nord.