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Éditorial : “Politite !”

 

 
 
 vendredi 21 mars 2008 - Par Fraternité Matin Taille des caractères

    

La Côte d’Ivoire est décidément atteinte d’une maladie incurable et dévastatrice: la “politite” ou la venimeuse politique politicienne. Du coup, plus rien ne peut s’entreprendre dans notre pays sans la présence envahissante et contre-productive de la “politite”. Comme si elle nous avait embrigadés ou caporalisés, elle suit désormais chaque Ivoirien comme son ombre. Aussi, arrive-t-il même maintenant qu’à l’occasion de certains mariages, la maladie s’empare des officiants qui transforment la cérémonie en… meeting politique. Mettant mal à l’aise des invités qui choisissent de s’éclipser. De ce fait, la maladie s’est invitée à “Paquinou”, la fête pascale en pays baoulé. Il ne pouvait en être autrement. Pour la troisième année consécutive, le Chef de l’Etat a décidé de célébrer l’événement chez ses compatriotes du centre, et précisément à Béoumi, chez les Gôdè. Cette visite est rapidement devenue l’otage des querelles partisanes entre deux blocs politiques antagonistes: le PDCI-RDA et le FPI. “Béoumi ne recevra pas Gbagbo”, a affiché, à sa Une, le quotidien “Le Nouveau Réveil” dans son édition du 14 mars dernier. “Depuis deux semaines, des messages télévisés annoncent l’arrivée du Chef de l’Etat Laurent Gbagbo dans le département de Béoumi pour participer à la fête de Pâques ‘Paquinou’, les 23 et 24 mars 2008. Contrairement à ce que laissent croire ces messages, les élus, cadres et militants du PDCI-RDA du département de Béoumi ne s’associent pas à cet événement inopportun et à l’allure de campagne électorale”, a renchéri Bandama N’Gatta, le maire, au nom de la coordination des élus de ce département, pour se désolidariser de cette manifestation organisée par un autre élu de Béoumi, Michel Amani N’Guessan, député de Bodokro (Cf. Le Nouveau Réveil n°1.870 du 14 mars 2008).
C’est le branle-bas dans la guerre de positionnement entre l’ancien et l’actuel parti au pouvoir. Pendant que le département, livré à l’abandon, n’est plus que l’ombre de lui-même. Car la “politite” est passée par là. Cette visite de Laurent Gbagbo, qui se voulait de réjouissance, a pris l’allure d’une opération de relations publiques, de marketing politique et de conquête de l’électorat baoulé.
Amani N’Guessan est certes ministre de la Défense, mais surtout militant du FPI et directeur départemental de campagne (DDC) de Laurent Gbagbo à Bouaké. Et il n’a pas manqué d’afficher ses objectifs purement politiques en écartant de l’organisation les cadres PDCI. “Je crois savoir qu’ils (les signataires de la déclaration, ndlr) réclament leur participation. Ils veulent être intégrés aux activités que nous menons. A quel niveau? Je ne sais pas”, a confirmé le président du comité d’organisation de “Paquinou” 2008. L’ex-parti au pouvoir est donc à l’abordage. Dans ce département, qu’il considère comme son bastion, le PDCI-RDA manœuvre pour démontrer sa capacité de mobilisation autour de son mot d’ordre et faire mordre la poussière à Michel Amani, en faisant vivre à Laurent Gbagbo la même humiliation que Djédjé Mady, son secrétaire général, a subie à Divo: des bâches vides et un meeting annulé sine die. Dans ce sens, des missions ont parcouru villages et hameaux de la région pour inviter les militants et partisans du PDCI-RDA à boycotter l’événement. Pari plutôt risqué. Le plus vieux parti de Côte d’Ivoire joue là, encore une fois, sa crédibilité et se condamne à raser les murs durant “Paquinou” 2008 à Béoumi. Toutes ses tentatives antérieures et celles des autres partis de l’opposition pour faire avorter les rencontres du Chef de l’Etat avec les populations, notamment baoulé, tagbana, yacouba, etc., au Palais présidentiel, ont connu un échec retentissant. Parce que pour nos populations ancrées dans nos cultures, ces comportements jurent avec nos traditions ancestrales faites d’hospitalité légendaire et de respect dû aux notabilités et, par ricochet, aux autorités étatiques, à commencer par le premier des Ivoiriens. Et puis, elles le savent; pareilles visites ont des retombées positives pour la région et le pays. C’est pourquoi, sans se poser de questions et en se démarquant des attitudes moutonnières, les populations de Béoumi sortiront certainement en grand nombre pour accueillir le Chef de l’Etat. Mais succès populaire de la manifestation ne signifie pas ipso facto victoire électorale. Il y a nuance, même si le FPI fait une formidable percée dans le V baoulé.
Car, il peut y avoir un hiatus entre recevoir dans la ferveur populaire un hôte de marque et adhérer à son discours ou à son programme. C’est - hélas !- cet amalgame auquel sacrifient beaucoup de nos politiciens à la petite semaine aussi qui fait planer de sérieuses menaces sur les prochaines consultations générales. Parce qu’il conduit à des prises de position et attitudes anti-démocratiques. Ainsi, de dangereux a priori alimentent la tension politique. Des populations allochtones (notamment les Baoulé, présentés comme bétail électoral du PDCI-RDA) installées dans les zones forestières ont quelquefois maille à partir avec leurs hôtes – qui ont d’autres sensibilités politiques - pour exercer leur devoir civique à l’occasion des élections. A Yamoussoukro, des cars de transport ont été caillassés et des populations baoulé, soupçonnées de rouler pour le FPI, victimes d’agression de la part d’autres Baoulé pour les empêcher de se rendre à Abidjan à l’effet d’assister à une manifestation en présence de Laurent Gbagbo. Au nord, ne pas épouser la cause du RDR ou de la rébellion est assimilé à un crime de lèse-majesté. Au point que d’une part, Alpha Blondy, que le parti d’Alassane Ouattara s’est juré de combattre “jusqu’à sa mort culturelle”, est en train de le payer cash. Parce que, tout simplement, il a tourné casaque. D’autre part, le sergent-chef Ibrahim Coulibaly dit IB a été renié par des chefs koyaka de Séguéla, sa région d’origine, parce qu’il est entré en dissidence contre Soro Guillaume, secrétaire général des Forces nouvelles. En outre, ici, une nouvelle… norme a vu le jour et s’enracine en violation des considérations nationales et démocratiques. Car, paradoxalement, c’est seulement chez ceux qui crient le plus fort à l’exclusion, qu’aucun Ivoirien d’une autre région de la Côte d’Ivoire ne peut ni figurer sur une liste électorale, ni prétendre briguer un poste électif.
L’intolérance, chez nous, n’a ni tribu ni ethnie, ni région ni religion. Tout comme le racisme, qui se présente souvent comme la négation de la nationalité, elle est exacerbée par les clivages politico-régionaux et la “politite”; cette aveugle et meurtrière politique politicienne qui plombe toutes les initiatives de développement et annihile tous les efforts de rassemblement et de solidarité nationale. Alors, sous nos yeux et malgré nous, le pays, sinistré par cinq ans de “guerre absurde”, va à vau-l’eau. Parce que nous continuons d’oublier l’essentiel: la Côte d’Ivoire, occupés que nous sommes à toujours discuter du sexe des anges et à essayer de noyer nos soucis dans des querelles intestines qui laissent à quai le bateau Ivoire. Visiblement, le développement et la renaissance ne semblent pas tellement nous préoccuper. Yako* Côte d’Ivoire ! Yako.
Par
Ferro M. Bally

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