Le dimanche dernier, la France a voté pour les municipales et les cantonales. Ce scrutin en deux tours a connu la victoire de la gauche conduite par le Parti Socialiste de Ségolène Royale, candidate malheureuse à la présidentielle de mai 2007. Moins d'un an après sa brillante victoire, l'UMP de Nicolas Sarkozy vient de mordre la poussière. Le score est de 49% pour la gauche contre 47,5% à la droite aux municipales, et de 51,1% contre 44,4% aux cantonales. Et le ciel n'est pas tombé sur la tête des Français. Qui donc a dit qu'on ne peut pas organiser des élections et les perdre ? Tout est question de bonne volonté et de bonne foi. D'après The Wall Street Journal, lorsqu'il a été élu Président en mai dernier, Nicolas Sarkozy avait promis "la rupture" par rapport au style patricien de ses prédécesseurs, de Charles de Gaulle à Jacques Chirac. Les électeurs l'ont cru, et ont été déçus. De fait, tout ce qu'il reste au Président français c'est de tenir compte de ces résultats, surtout du message qu'ils véhiculent. Une bonne franche des Français ne s'est jusque-là pas retrouvée dans la façon dont Sarkozy dirige le pays. Ils le lui ont exprimé. Mais le pouvoir français ne les condamne pas pour autant au bûcher. Tout comme il n'a rien fait pour empêcher ce vote sanction. Là-bas, il n'y a pas de "On gagne ou on gagne". Là-bas, il n'y a pas de "Si je perds, je crée ma rébellion". Là-bas, le pouvoir (oh paradoxe des tropiques) n'accuse pas l'opposition d'avoir fraudé. Là-bas, chacun veut et agit pour la démocratie. Ici, on ne veut que le pouvoir.
Le Chef de l'Etat ivoirien, Gbagbo Laurent est, dit-on, invité à Béoumi, dans le centre, en pays Baoulé Kodè, pour fêté la paques avec les ruraux. Son ministre de la Défense, Amani Nguessan Michel, à défaut de faire le désarmement, le recevra dans le fief des ex-rebelles. Comme pour dire que les éléments des Forces Nouvelles, bien que toujours en armes, ne sont plus dangereux. Ils sont devenus inoffensifs. Grâce à Gbagbo qui a pensé, conçu et signé l'accord politique de Gbagbo. Sauf que le Chef de l'Etat s'y rendra avec au moins 1000 hommes de sécurité. Gbagbo dormira-t-il à Beoumi ? Top secret, mais nul ne s'étonnera, s'il ne passe pas la nuit à Bouaké, encore moins à Beoumi. Question de climat, pas de confiance. Le langage politique a cela d'étonnant. Il dit différemment ce que beaucoup pensent de la même façon. A Beoumi, le Chef de l'Etat ne sera pas un simple invité de "Paquinou". Ce serai trop facile et cela ne lui ressemblerait pas. Après le nord, après la région d'Adzopé et d'Alépé, après le Zanzan, Béoumi aura droit à son lot de promesses. Les couleurs sont annoncées. " Béoumi attend sa résurrection ", écrit le quotidien gouvernemental. L'invité qui se trouve être le Président, s'en va faire des miracles. Les ponts, après son passage, seront construits, les écoles, les pompes villageoises, l'électricité rurale, les dispensaires et les hôpitaux et autres routes seront réhabilités. Un livre blanc est rédigé dans ce sens. Beoumi ambitionne de quitter la zone rouge de la grande région du Centre. Beoumi veut se développer vite, vite. Le Chef de l'Etat arrive pour le booster dans le développement. Là peut s'arrêter le rêve. La visite n'est pas une mission d'Etat. C'est une simple invitation. Tout ce que M. Gbagbo dira donc ce dimanche pascal n'engagera pas l'Etat de Côte d'Ivoire. Combien seront-ils à le comprendre ? La foule étant la drogue des hommes politiques, n'allez surtout pas demander à M. Gbagbo de bouder son plaisir d'envoyer des flèches à ses adversaires, et de faire des promesses à ses Baoulé. Campagne électorale avant la lettre ? C'est tout comme. Beoumi en a donné l'occasion.
Dernière visite en date, les étapes de Bondoukou, d'Abengourou d'Agnibilékrou du périple de l'Est du Chef de l'Etat sont indicatives de cette envie de popularité. Au grand dam de tout, de tous et de toutes. Gbagbo veut la foule, et partout où il passe, il en redemande. Et, comme on le dit à Yopougon, il djah la foule, en foulant allègrement aux pieds les principes élémentaires de retenue démocratique. Pourquoi s'en embarrasserait-il du reste, si partout où il passe, il enfile le manteau de Chef de l'Etat pour être accueillis par tous ? Ce n'est qu'une fois l'accueil est triomphal, qu'il se retrouve dans la peau du candidat du FPI en campagne. La stratégie marche si bien qu'on ne saurait la changer pour Beoumi. L'invité de Paquinou de Michel Amani Nguessan est le Chef de l'Etat. Les élus et cadres, les populations viendront, sans distinction, l'accueillir. Au nom des principes républicains. Gbagbo servira ensuite la tasse de thé bien chaud au PDCI-RDA, au RDR, à l'UDPCI, au MFA. Les militants et sympathisants de ces formations constateront une fois de plus les dégâts. La popularité de cette minorité du FPI.