Situé à 18 km de Bouaké, la sous-préfecture de Diabo, en zone anciennement occupée, est la ville natale de deux figures emblématiques de la galaxie patriotique : Eugène Djué et Watchard Kédjébo. Au cœur d'une ville durement touchée par la crise. Il est 18 heures tapantes ce vendredi 21 mars 2008 lorsque le cortège de Watchard Kédjébo et sa délégation pénètrent dans Diabo. Première image frappante : la ville est plongée dans une semi-obscurité. La quasi-totalité des lampadaires sont hors d'usage. Renseignement pris, la tension de l'électricité fournie à la ville ne suffit pas à alimenter, et les foyers, et les lampadaires. Le choix est donc vite fait. Même les foyers sont obligés d'utiliser le courant avec parcimonie. Les plus chanceux qui mettront sous tension leurs tubes fluorescents communément appelés " néon " à la tombée de la nuit pourront avoir leurs concessions éclairées. En revanche, ceux qui s'y prennent tard doivent attendre le jour suivant. L'électricité n'est pas le seul problème de Diabo. Les rues de la ville, dépourvues d'asphalte, sont impraticables. " Depuis l'éclatement de la crise, aucune machine n'est passée par là ", commente un fils de la région. La ville elle-même n'est pas moins dans un piteux état. Il n'est pas rare de voir entre deux concessions, une broussaille. A part un maquis qui distille une musique à peine audible, la ville semble ne pas disposer de véritables coins de distraction. Même la période pascale (paquinou) qui donne généralement lieu à des mouvements de foule, n'a pas drainé de monde dans la ville. Les quelques âmes qu'on voit çà et là, ne semblent pas être concernées par cette fête populaire. La crise militaro-politique explique-t-elle cela? Tout porte à le croire. Surtout, de l'avis d'un natif de la ville, sous le couvert de l'anonymat. " Les rebelles ont profité de la crise pour tout piller. Les braquages et autres spoliations étaient monnaie courante au début de la crise. Les contestataires ne manquaient pas d'être enlevés pour être battus à mort. On est dans la réconciliation. Nous allons pardonner. Mais nous n'oublierons jamais ", lâche-t-il, placidement. Il suffit de jeter un coup d'œil sur la teckeraie qui ceinture la ville pour se rendre compte de l'ampleur du pillage du bois. Une teckeraie qui n'existe plus que de nom. Les ex-rebelles ont opéré une véritable razzia. Au détriment, bien évidemment, de la population. Le Lycée municipal n'a pas échappé à la furia des " guerriers de la lumière ". Tubes à essaie, ampèremètres, bref, tout le matériel de l'expérimentation dans les matières scientifiques a soit été emporté, soit été détruit sur place. Et quand Yobouet Kouadio, président des parents d'élèves, nostalgique de l'avant crise (les termes sont de lui), l'évoque, les yeux larmoyants, cela en rajoute un peu plus à l'émotion et à l'effroi liés aux difficultés qui sont les leurs. Le Lycée fonctionne avec treize (13) volontaires encadrés par le proviseur, M. Kouamé. Les parents sont obligés de délier la bourse à hauteur de 13 500 Fcfa par mois. Et quand on se nomme Amani Denis, chef central, et qu'on a à sa charge 15 Lycéens, le calcul fait, la note devient salée, très salée. " C'est difficile pour les parents ", confesse le porte-voix des parents. Dans le périmètre du lycée, se dressent des maisons aux toitures décoiffées. " C'est l'œuvre des rebelles ", entend-on dire. La bâtisse finissant du richissime homme d'affaires, N'Sikan, elle, fait la joie des ex-rebelles. Un tour du côté d'Agbakro, à 7 km de Diabo permet de se rendre compte du piteux état des pistes villageoises. Plus d'une demi-heure pour rallier ce hameau. Un vrai parcours du combattant. Comme le souligne Eugène Kouadio. Des infrastructures scolaires et sanitaires en désuétude. Face à ce tableau sombre, les cadres de la région en appellent à un changement de mentalité. " Il est aujourd'hui question de suivre celui qui peut aider le pays baoulé à s'épanouir, à connaître les bienfaits du développement ", déclare Konan Ahoutou, directeur département de campagne de Laurent Gbagbo à Bouaké. Ce message sera-t-il entendu? L'imam de Diabo, lui, semble être en phase. " Aujourd'hui, fait-il savoir, le temps est venu de suivre celui qui apporte le développement, celui qui, de par sa politique, peut changer le quotidien des populations ". Vivement que la fin effective de la crise survienne afin de mettre fin au calvaire des populations et humiliations qu'elles continuent, malheureusement, de subir aux différents check-points des ex-rebelles. Diabo, comme ailleurs, ne demande que ça.
Firmin K. Tché Bi Tché
Zanbi05641405@yahoo.fr
Envoyé spécial à Diabo (Bouaké)