Le Patriote : M. le président, le 27 mars prochain vous êtes en conclave dans le cadre du deuxième congrès ordinaire de votre mouvement, le Forum des Associations du Nord. Pouvez-vous nous donner les impératifs de ce Congrès ?
Alphonse Soro : Le 27 mars prochain, le Forum des Associations du Nord sera à son deuxième congrès depuis sa création en 2000. Ce congrès, l’assemblée générale l’a voulu un congrès de changement afin de réorienter nos actions et nos activités. Un congrès de changement aussi, parce qu’il nous permettra d’ouvrir le FAN à d’autres associations. Il nous permettra donc à la fin de ces assises de sortir avec une machine qui soit de nature à garantir la participation de l’ensemble de la jeunesse de toutes les régions de la Côte d’Ivoire. C’est donc un congrès qui va aboutir à une nouvelle dénomination, à un nouveau cadre organique et juridique de notre mouvement. C’est pour nous, une question d’adaptation perpétuelle de nos combats au contexte que nous traversons. Parce que le contexte de 2000 qui a favorisé la création de notre mouvement est différent du contexte d’application d’accord de sortie de guerre qu’a connue la Côte d’Ivoire. LP : Vous avez été aux heures chaudes de la crise, le fer de lance de la société civile en zone rebelle. Aujourd’hui vous prônez l’ouverture nationale. Pensez-vous que les autres associations de jeunesse du sud vont adhérer à votre nouvelle vision ?
AS : Je pense qu’il ne faut pas confondre les choses. Depuis 2000, je suis le président du Forum des Associations du Nord. Avec l’avènement de la crise, j’ai joué un rôle et non des moindres au sein des Forces Nouvelles que j’assume. Mais je n’étais pas le président des jeunes des Forces Nouvelles. J’étais plutôt au départ responsable du cabinet civil de la zone nord. Je suis maintenant conseiller spécial du Premier ministre chargé des questions de l’agriculture et président du comité de suivi coton-anacarde. Donc à ce titre, un responsable politique des Forces Nouvelles. C’est donc une coïncidence que je sois en même temps président d’une organisation qui décide de coller à la réalité actuelle. Je pense que en tant que jeune, j’admets le principe de l’expression démocratique au sein du mouvement que je dirige. A l’assemblée générale, l’ensemble des membres a décidé que le FAN s’ouvre désormais aux autres associations de toute la Côte d’ Ivoire afin que nous soyons les premiers à inviter les Ivoiriens à quitter les sentiers de l’appartenance régionale et tribale pour la construction de la nation ivoirienne. Je pense que c’est important. Ce serait tenir compte des réalités du moment. Car les réalités d’après- guerre ne sont pas celles de la guerre. C’est donc de la responsabilité de la jeunesse d’accompagner ce processus et de faire en sorte que la guerre soit derrière nous. Il faut donc travailler à consolider le processus de paix et à soutenir l’action gouvernementale.
LP : À la suite de votre congrès, vous organisez en collaboration avec l’Union panafricaine des Jeunes, une conférence internationale. Est-ce à dire que le FAN est désormais résolument tourné vers l’Afrique ?
AS : Je pense qu’aujourd’hui, la jeunesse ivoirienne a besoin d’aborder d’autres sujets. Nous ne sommes plus au stade d’appartenance à la Nation, d’exclusion, de tribalisme, de guerre religieuse. Nous en avons tellement fait cas que les débats importants du moment nous échappent. Aujourd’hui nous accompagnons le processus, parce que nous avons besoin d’une Côte d’Ivoire de paix et réunifiée. Mais nous avons aussi en tant que jeune besoin d’une Côte d’Ivoire ouverte à l’Afrique. Il faut que la Côte d’Ivoire s’ouvre afin que le panafricanisme et l’intégration africaine soient une réalité. Il faut donc que la jeunesse tourne le dos aux petits conflits internes. Ce qu’il nous faut, c’est de travailler en harmonie avec l’ensemble des peuples africains à une véritable intégration qui va nous permettre de mieux amorcer le développement de l’Afrique (…)
LP : À cette conférence vous avez décidé de remettre un prix au Premier ministre Guillaume Soro. Qu’est-ce qui motive cette décision?
AS : La décision de remettre un prix au Premier ministre n’est pas une décision du Forum des Associations du Nord. C’est une décision de l’Union panafricaine de la Jeunesse qui a demandé qu’à l’occasion de cette conférence internationale si l’UPJ pouvait remettre un prix au Premier ministre de Côte d’Ivoire. Certainement le président l’UPJ, Marcito Lopez, donnera les raisons qui ont poussé son mouvement à distinguer le chef du gouvernement ivoirien. Mais déjà ce sur quoi l’UPJ s’appuie est que le Premier ministre soit un jeune. C’est la première fois en Côte d’Ivoire qu’un jeune de son âge soit Premier ministre. Mais surtout le fait qu’en tant qu’ancien chef d’une rébellion qu’il est pris sur lui à l’occasion du dialogue direct de discuter avec le pouvoir qu’il combattait hier pour sortir la Côte d’Ivoire de la guerre. LP : Combien de délégations sont attendues à cette conférence et à quoi doit-on s’attendre au cours de cette manifestation ?
AS : C’est la première fois que toute la jeunesse du continent se rassemble en Côte d’Ivoire. C’est donc un événement historique qui s’annonce. Car bien la première fois qu’une manifestation puisse réunir plus d’une vingtaine de pays venant de tout le continent. Il serait donc bien que toute la jeune ivoirienne puisse réserver un accueil particulier à jeune sœur africaine qui arrive. Nous demandons à toute la jeunesse ivoirienne de venir à cette rencontre. Car le Premier ministre est engagé avec nous dans l’organisation de cette conférence. Le président de la République a été également sollicité. D’ailleurs une audience est prévue avec lui. Au-delà de cela, l’ensemble de la population doit se mobiliser. Car, c’est la première fois que les jeunes des 53 Etats du continent vont se réunir à Abidjan. C’est la première fois que l’Union panafricaine de la Jeunesse décide de s’associer à une organisation de la Côte d’Ivoire pour un tel événement. C’est la première fois que l’Union panafricaine de la Jeunesse décide de remettre un prix à une personnalité ivoirienne. Après les présidents Abdoulaye Wade et Thabo MBeki, sera autour du Premier ministre Guillaume Soro de recevoir un prix de l’Union panafricaine de la jeunesse. La jeunesse africaine viendra transmettre ses encouragements au Chef de l’Etat et au Premier ministre à poursuivre le processus de réconciliation enclencher depuis l’accord politique de Ouagadougou. C’est un soutien de taille. Parce que vous savez que la jeunesse est le fer de lance de toutes les luttes. Je demande à la jeunesse de Côte d’Ivoire et particulièrement aux leaders des jeunes des partis politiques, notamment à Kouadio Konan Bertin du PDCI-RDA, Karamoko Yayoro du RDR, Konaté Navigué du FPI Jean Blé Guirao, même s’il n’est plus président des jeunes de l’UDPCI, Kpangni Siméon du MFA et aussi aux jeunes gens qui conduisent la jeunesse des Forces Nouvelles afin chacun se mobilise le jour-J pour la réussite de cette manifestation.
Réalisée par Jean-Claude Coulibaly