La mouvance présidentielle a pris position dans le débat en interpellant le Premier ministre. Le Congrès national de la résistance pour la démocratie (CNRD) veut que les élections se tiennent impérativement au cours de cette année 2008 et qu’elles aient lieu après le désarmement effectif des ex-combattants des Forces armées des Forces nouvelles (FAFN). Bien que ne faisant “pas de fixation sur la date de juin”, le CNRD veut que le report qui se profile à l’horizon “soit le dernier” et que la prochaine échéance qui sera incessamment fixée n’aille “pas au-delà de 2008, parce que cela n’est pas du tout justifié”. Le CNRD ne juge pas suffisant non plus l’argument des problèmes techniques et financiers pour justifier du retard pris dans le regroupement des ex-combattants des FAFN; alors que dans le même temps, note le Congrès, les Forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire (FDS-CI) ont achevé le processus et leurs soldats qui étaient sur les lignes de front ont tous regagné les casernes. Ces positions, le CNRD, qui est un regroupement de partis politiques et d’organisations de la société civile, de la mouvance patriotique, les a exprimées, hier à son siège, au cours d’une conférence de presse animée principalement par Danièle Boni-Claverie. Il s’est agi pour le CNRD de faire connaître son analyse de la situation et d’interpeller le gouvernement sur l’évolution du processus de sortie initié depuis le 4 mars 2007 par l’Accord politique de Ouagadougou (APO). Après donc avoir pris note des “avancées certaines” et fait le constat “des difficultés et retards apparus dans la réalisation du chronogramme de cet accord”, auquel il a “réitéré” son soutien, de même que ses “encouragements” à ses signataires et à son Facilitateur, le CNRD: “vu les retards enregistrés dans le processus de regroupement et de cantonnement des combattants FAFN, se déclare opposé à l’idée de la tenue des élections sans désarmement. Interpelle la CEI (Commission électorale indépendante, ndlr) afin que, mesurant tout le poids de ses responsabilités dans le bon aboutissement du processus en cours, elle prenne toutes les dispositions pour la tenue d’élections crédibles, transparentes et justes. Condamne vigoureusement toutes les tentatives de déstabilisation du pays, qui n’ont pour seul objectif que de faire échouer l’Accord de Ouagadougou. En appelle à la vigilance du Président de la République pour qu’il fasse échec aux manœuvres des ennemis de la paix et évite au pays de replonger dans de nouvelles turbulences. Lance un appel à tous les partenaires du processus de paix et à toutes les forces de la société civile pour qu’ils se remobilisent et s’engagent résolument à rendre irréversible le processus entamé avec l’Accord de Ouagadougou”.
Le CNRD “s’étonne par ailleurs que M. Guillaume Soro, tout en assumant les charges de Premier ministre, se comporte encore comme le chef de la rébellion en cautionnant les actes voués à la déstructuration de notre économie et au maintien de la situation de partition que connaît notre pays”. Aussi, pour “plus de cohérence et de crédibilité” de son action, le CNRD juge “souhaitable” qu’il “abandonne ses fonctions de secrétaire général des Forces nouvelles pour se consacrer à sa fonction de Premier ministre”. La porte-parole du jour a néanmoins tenu à préciser que le CNRD ne s’inscrivait pas dans une logique de défiance, ni du gouvernement, ni du Premier ministre. Même si, ont indiqué Mmes Boni-Claverie et Geneviève Bro-Grébé, le CNRD n’est “pas d’accord” avec la persistance du schéma de Linas-Marcoussis dans la gestion du processus actuel. “Nous avons déjà interpellé le gouvernement (…) Comment peut-on rechercher le consensus en mettant de côté des acteurs politiques qui ont leur mot à dire, notamment des partis qui siègent à l’Assemblée nationale? Nous ne sommes pas d’accord”, se sont indignées la présidente de l’URD et celles des Femmes patriotes.