Interviewé par ONUCI FM à Ouagadougou, l’assistant du facilitateur du dialogue direct exprime son optimisme.
Le Président Blaise Compaoré, dans sa déclaration d’ouverture des travaux du CEA (Comité d’évaluation et d’accompagnement Ndlr) a demandé aux membres d’examiner et de lui soumettre tous les obstacles au processus de paix. L’avez-vous fait et quels sont ces obstacles?
Est-ce qu’on peut parler d’obstacles ? Je pense qu’il y a des lenteurs. Et comme le Premier ministre Soro Guillaume l’a indiqué, c’est l’indispensable recherche de consensus qui amène souvent des textes à faire la navette entre les différentes parties pendant plus de temps qu’on avait prévu. Mais peut-on se passer aussi de ce consensus qui est même la substance et la base de l’Accord ? Je pense que de manière concrète, nous avons essayé d’accélérer le processus et comme le Président du Faso l’a dit, il faut qu’au mois d’avril 2008, nous puissions avoir véritablement créé les conditions du démarrage effectif du processus électoral à commencer par le recensement électoral et l’identification. Je pense que c’est cette accélération dont il est question. Sinon je ne pense pas qu’il y ait des blocages avérés. Le débat sur l’identification, notamment les prérogatives de la Sagem, l’opérateur technique et de l’INS, l’avez-vous abordé ? Les choses sont-elles on ne peut plus claires entre ces deux acteurs du processus d’identification?
Les choses devraient l’être dans tous les cas, si l’on se réfère à l’esprit de l’Accord. Les deux opérateurs techniques que sont la Sagem et l’INS devront se mettre ensemble pour se déployer sur le terrain de manière à nous assurer un enrôlement électoral et une identification à la grande satisfaction de tous. Et c’est cet équilibre maintenant que nous allons rechercher dans la définition précise des tâches et leur répartition entre les deux opérateurs. Mais qui peut mieux le faire que les deux acteurs eux-mêmes, bien sûr sous la supervision de la CEI ? C’est ce que, en tous cas, le communiqué du Comité d’évaluation a affirmé. Que la CEI amène les deux opérateurs à élaborer, si vous voulez, un texte qui définit de manière précise la répartition équilibrée des tâches, de manière à ce que nous puissions atteindre l’efficacité et la transparence. Sait-on combien cela va coûter à la Côte d’Ivoire?
On a entendu parler de 40, 50, voire 80 milliards. Si je m’en tiens à ce que le Premier ministre nous a exposé, dans la convention qui va être signée les jours à venir, le montant global du système d’indentification lui-même s’élève à 46 milliards et quelques, je crois. Et maintenant, il y a à côté une organisation qui va se charger de faire l’identification sur le terrain. Il s’agira de recruter suffisamment de jeunes ivoiriens, de les former de manière à ce qu’ils puissent exploiter toute la logistique qui sera déployée pour faire l’identification et cette opération coûtera 20 milliards supplémentaires. On peut donc grosso modo dire que l’on tourne autour de 60 - 66 milliards qui seront financés par l’Etat mais aussi très probablement, par les partenaires techniques et financiers. Les audiences foraines vont-elles être prorogées comme l’ont souhaité certains partis politiques ivoiriens?
Les deux parties ne l’ont pas voulu. Elles souhaitent que bien sûr que l’on s’en tienne au délai qui était prévu par l’Accord, étant donné que l’établissement des jugements supplétifs ne s’arrête pas pour autant. L’établissement de ces documents est une activité normale des juridictions en Côte d’Ivoire et ceux qui n’ont pas bénéficié des audiences foraines exceptionnelles pourront toujours s’adresser aux tribunaux. Mais ce qu’il faut noter est que les audiences foraines se sont déroulées dans une ambiance apaisée. C’est vrai, comme le disiez, certains partis pensent que des zones n’ont pas été suffisamment couvertes. Mais le but, c’était quand même de donner les mêmes chances à tout le monde de pouvoir avoir ce premier document d’état civil qu’est le jugement supplétif d’acte de naissance. Je pense que là, l’objectif est atteint. Bien sûr, on n’aura pas non plus la prétention d’avoir satisfait absolument tous les Ivoiriens qui étaient démunis de documents d’état civil. M. le ministre, le Chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, lors de sa récente visite en Afrique du Sud, a déclaré que la date de juin 2008 pour l’élection présidentielle ne serait pas tenue. Il a évoqué août 2008. Est-ce que finalement l’Accord politique de Ouagadougou n’a pas un problème avec les dates, avec le respect du chronogramme qu’il se fixe?
Non, non. L’Accord politique de Ouagadougou, avec ses accords complémentaires, n’a pas de problème de date. Les deux parties se sont entendues pour que les élections se déroulent au plus tard avant la fin du premier semestre de l’année 2008. C’est ce qui a été consigné dans le deuxième ou troisième accord complémentaire. On en déduit que la volonté politique clairement affichée, c’est d’aller vite aux élections. Maintenant qu’une période a été indiquée, il appartient aux structures techniques chargées de mettre en œuvre les aspects pratiques d’organisation des élections, d’élaborer, me semble-t-il, un échéancier, un timing technique précis qui viendra confirmer la date de juin ou alors de demander un délai supplémentaire de quelques semaines, voire de quelques mois. Le principe du report n’est pas un problème en soi. Il faut maintenant être sûr qu’il va être fait sur des bases concrètes, techniques. Et qu’avec la nouvelle date qui aura été arrêtée, comme elle l’aurait été sur la base d’un chronogramme technique, alors, on soit à peu près sûr que toutes les parties pourront la tenir. Je pense que c’est un peu dans cet esprit que le CEA a invité justement les deux opérateurs techniques qui vont être chargés de l’identification et du recensement électoral sous la supervision de la CEI, à donner les indications techniques précises qui vont permettre au gouvernement cette fois-ci, de fixer avec précision, la date des élections et de convoquer le corps électoral de Côte d’Ivoire.
Concernant le désarmement, quel est le mode opératoire qui a été finalement retenu? Les Forces nouvelles et le camp présidentiel se sont-ils accordés maintenant sur la méthode pour désarmer?
Je ne crois pas qu’il y ait eu à proprement parler de divergence sur cette question essentielle. Vous savez, le désarmement, le regroupement, la libre circulation des personnes et des biens, le service civique, cela forme un tout en quelque sorte. Cela veut dire que dès que vous démarrez d’un côté, vous devez être sûr que les issues sont prévues. Autrement dit, si vous commencez le regroupement des combattants, il faut vous assurer que leur orientation vers le service civique pourra se faire, donc que ce service est mis en place. Il faut vous assurer que l’orientation de ceux qui veulent embrasser la carrière militaire peut se faire vers la nouvelle armée de Côte d’Ivoire. Ce qui suppose donc que l’on a réglé les problèmes de quotas, d’effectifs à intégrer, ainsi de suite. Il faut vous assurer également que ceux qui veulent embrasser des activités socio économiques aussi puissent être sûrs d’avoir des débouchés. Je pense que c’est cette coordination d’ensemble qui n’était pas encore au point non pas du fait d’une mauvaise volonté ou d’une divergence quelconque, mais parce que simplement les conditions matérielles n’étaient pas encore réunies, en particulier les conditions financières. Dans le communiqué final, le CEA semble lier le démantèlement des milices à l’entame du service civique. Oui, oui. Ce sont des opérations qui devraient se faire en même temps. D’ailleurs, dans le premier chronogramme de l’Accord politique de Ouagadougou, les milices étaient démantelées avant le début des opérations de regroupement. Mais tout cela à mon avis, n’a pas tellement d’importance. L’essentiel est qu’en fin de compte, au moment d’aller aux élections, il ne se trouve pas en Côte d’Ivoire, de groupes armés qui entravent la libre circulation des personnes et des biens. Voilà, il faut qu’absolument, il y ait un environnement sécurisé et apaisé pour permettre aux Ivoiriens de s’exprimer librement. Et nous devons simplement nous assurer qu’aucun groupe armé ne viendra fausser le jeu de l’expression démocratique des populations.
M. le ministre Bassolé, est-ce que l’appui financier de la communauté internationale sous certaines conditions, est un obstacle à la mise en œuvre de l’Accord politique de Ouagadougou?
Vous savez, chaque contributeur, chaque bailleur a ses exigences et ses conditionnalités. Bon, nous avons souhaité évidemment qu’il y ait un assouplissement. Autrement dit, qu’il y ait une bonne concertation, une bonne collaboration entre le gouvernement de la République de Côte d’Ivoire et ces partenaires techniques, de manière à pouvoir simplifier les procédures de décaissement. Que ceux qui annoncent des contributions ne mettent pas trop d’obstacles, parce que nous sommes dans un processus qui a besoin d’être consolidé et que nous sommes quand même pressés. Et comme vous le disiez si bien, les opérations de DDR (désarmement, démobilisation, réinsertion. Ndlr), par exemple les opérations de regroupement qui sont indispensables au processus de sortie de crise ne peuvent commencer que si l’on a mis en place le service civique. C’est une disposition de l’Accord. Mais si le gouvernement de Côte d’Ivoire n’a pas les ressources nécessaires pour immédiatement mettre en place ces centres de service civique, vous voyez un peu le retard que cela peut prendre. Et si un contributeur annonce son intention de vouloir financer la mise en place du service civique, alors vous comprendrez que l’on puisse lui demander d’assouplir les procédures de manière à ce que très rapidement, dans les semaines à venir, cela puisse se faire. Tout cela mis l’un dans l’autre, problème de financement, recherche permanente du compromis, lenteurs politiques, peut-il conduire à envisager par exemple, des élections justes, transparentes et incontestées pour 2010?
Pourquoi dites-vous 2010 ?
Nous sommes en 2008, et les élections se tiendront en 2008.
Vous-en êtes sûr?
On travaille pour cela. Je pense que nous laisserons les structures techniques et la CEI nous dire de manière concrète le timing qui va être le leur. Mais il est envisageable, il est possible que les élections se tiennent avant la fin de l’année. C’est sûr. Mais même si pour le mois de juin, on peut considérer que compte tenu des tâches à réaliser en amont, on pourrait avoir quelques difficultés à tenir la date, un chronogramme technique réactualisé pourrait très bien nous amener à faire des élections avant la fin de l’année. La Sagem demande trois mois pour s’installer, faire venir son matériel, cinq mois pour travailler, pour finir l’identification, ça fait huit mois, on est déjà en 2009…C’est la Sagem qui vous a dit cela ? Moi, elle ne me l’a pas dit. Et puis, elle n’est pas seule. J’aimerais autant que la Sagem qui va être associée à l’INS, sous la supervision de la CEI, sorte un document officiel, signé, pour dire : «Voilà le délai dont on a besoin maintenant ». En réalité, aujourd’hui, le plus important, c’est précisément que les choses se fassent dans la plus grande transparence. Parce que quand vous n’avez pas d’éléments techniques d’appréciation, on peut accuser tel ou tel leader, tel ou tel dirigeant, de ne pas vouloir les élections ou alors de les freiner. Mais si ce sont les structures techniques qui le disent, je pense que l’on peut tous être d’accord avec elles. Et en ce moment, même si on va au-delà des délais initialement prévus, ce n’est plus tellement une grave préoccupation, parce que personne n’en sera vraiment fautif, ce sera simplement des éléments d’appréciation objectifs.