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M. Henri Konan Bédié, Président du PDCI-RDA : “Le FPI a déstructuré Yopougon”

 

 
 
 vendredi 28 mars 2008 - Par Le Repère Taille des caractères

    

Le 29 mars 2008, j'aurai le plaisir de communier avec mes compatriotes et les populations de Yopougon. En attendant, je voudrais jeter un regard sur Yopougon depuis l'avènement du FPI.
A la veille du coup d'état de décembre 1999, la zone industrielle de Yopougon comptait plus de trois cents entreprises PMI, PME et des unités industrielles de grande taille. Les perspectives d'implantations industrielles nouvelles étaient chargées des plus belles promesses.
On peut citer :
l la société chinoise HUAKE, société de construction de véhicules utilitaires, qui employait 200 personnes. Aujourd'hui fermée, son personnel est livré au chômage laissant dans le dénuement le plus total plus de deux mille âmes sans soutien ;
l UNICAO, société de transformation du cacao, comptait un effectif de 800 personnes. Elle a connu une suppression drastique de 200 emplois et envisage à ce jour d'autres licenciements ;
l YOPLAIT dont le personnel était à hauteur de 400 travailleurs a dû compresser 100 employés et aujourd'hui une menace de licenciement collectif n'est pas à exclure ;
l SIALIM, société de traitement du lait, et SIVAC, société d'abattage de porc, sont fermées.
Ainsi, Yopougon offrait, sous mon égide, en moyenne, un millier d'emplois par mois.
Aujourd'hui, la condition que le régime du FPI a fait aux travailleurs et aux Ivoiriens est des plus précaires et des plus déplorables. C'est une condition de misère qui condamne à la pauvreté, à l'indigence, à l'avilissement et à la servitude. C'est une condition créée à dessein par le régime du FPI pour manipuler l'Ivoirien, le livrer à l'assujettissement et à l'indignité.
Combien de ménages peuvent-ils aujourd'hui s'offrir plus d'un repas par jour ? Combien de parents d'élèves sont-ils en mesure d'assurer les frais d'écolage, de santé et d'entretien de leurs enfants ? Combien ont-ils abandonné leurs maisons et leurs foyers, faute de moyens pour faire face au loyer et à leurs charges? Que peuvent espérer les travailleurs, hommes et femmes, qui se sont sacrifiés pour l'éducation de leurs enfants, aujourd'hui diplômés, mais contraints de s'adonner, sur les trottoirs de nos communes, au commerce informel ?
Empêtrés dans les difficultés quotidiennes et confinés dans la grisaille d'une existence sans perspective, sans espérance et sans espoir ni pour eux-mêmes ni pour leurs enfants, les Ivoiriens sont contraints de vivre d'expédients.
En vérité, repus par l'enrichissement rapide et illicite, les refondateurs ont renoncé aux chantiers du développement, à la lutte contre la pauvreté et le chômage des jeunes, à la promotion de la femme, à la création d'emplois et de richesses. L'alibi de la guerre étant épuisé, nous comprenons pourquoi aujourd'hui le FPI se répand à travers tout le pays en promesses fallacieuses. Mais nous ne sommes pas dupes !
Edifiés par l'incompétence du régime FPI, instruits par le scandale des détournements colossaux, l'impunité, la barbarie, la dictature, le déni de justice, les violations massives des droits de l'homme, vous avez compris son incapacité à régler les crises qui secouent tous les secteurs de la vie nationale. Vous êtes désormais convaincus de ce que la refondation veut dire : la culture de l'égoïsme pour asseoir la violence, l'anarchie, le désordre, le vol, l'indiscipline, la précarité, l'échec et le chaos, avec en prime son maintien au pouvoir dans l'illégalité la plus honteuse.
A l'évidence, le FPI a échoué partout et en tout. Que peut-il encore apporter à Yopougon et à la Côte d'Ivoire ? Rien ! Si ce n'est la misère, le désarroi et, pire, le mensonge !
Dans le cadre de notre politique sociale à Yopougon, compromise par le coup d'état de 1999 et par la mauvaise gouvernance du FPI, on peut rappeler, entre autres, les réalisations suivantes :
l la construction de la cité policière dont les travaux de finition ont été abandonnés depuis huit ans pendant que l'on s'offre des résidences et des véhicules de rêve au prix de plusieurs centaines de nos millions ! Ce projet qu'on fait semblant de reprendre, ces temps-ci pour des raisons électoralistes, avait pour ambition de faire de Yopougon, le cœur de notre système de sécurité nationale par la qualité de la formation des policiers et celle de son équipement informatique d'avant-garde.
l Le Palais de justice édifié dans le souci premier de rapprocher la justice des justiciables aurait dû poursuivre son développement pour répondre aux besoins croissants des populations afin d'assurer efficacement sa mission. Malheureusement, le règne de l'impunité qui prévaut depuis huit ans démontre à souhait que la justice et la recherche de l'équité n'ont jamais été la préoccupation du régime FPI.
l Il faut mentionner également les quatre centres de santé réalisés à Wassakara, à Port-Bouet II, à Niangon-Sud et à la BAE avec l'appui de nos partenaires au développement notamment l'Union Européenne, et inaugurés sans vergogne à grand renfort de publicité par le régime FPI, notre détracteur d'hier. Depuis, ces centres sont devenus de véritables mouroirs.
l La programmation et la réalisation, à proximité de la Zone industrielle, de logements sociaux avec des matériaux locaux écologiques, notamment le géobéton, ont été interrompues par le coup d'état de 1999 et les logements construits sont à l'abandon ou squattés.
l Le groupe Gandhour, réinstallé à Yopougon, avait construit deux centres de santé au titre de notre politique d'incitation des entreprises à l'investissement dans le social.
l Nous avions doté Yopougon d'une voirie de qualité, en extension et en expansion. Mais aujourd'hui, celle-ci est à l'abandon et fortement dégradée.
l Le Pont Plateau-Locodjoro pour fluidifier le trafic a été malencontreusement abandonné. Par ailleurs, les travaux d'extension du Port d'Abidjan à Yopougon que nous avions prévus et qui devaient procurer des milliers d'emplois dès 2000 ont, eux aussi, été oubliés.
Le plan directeur de Yopougon, comme celui du tout Abidjan, est déstructuré.
Ainsi, les réserves administratives, les espaces verts ou les jardins publics, les aires de jeux, les trottoirs sont livrés à des prédateurs. Ceux-ci, en véritables requins, s'y adonnent à des réalisations anarchiques d'immeubles, de boutiques, de logements, de commerces, de monuments encombrants à l'esthétique douteuse.
En dépit du bon sens, des stations d'essence sont construites parfois sous les lignes d'électricité à haute tension, au mépris des risques d'incendie et des mesures de sécurité pour les usagers et les riverains.
Les ponts destinés à relier les différents quartiers sont démolis par les intempéries et l'absence d'entretien.
Pour parachever cette œuvre d'enlaidissement urbain de nos villes transformées en de gigantesques bazars, les trottoirs de nos communes sont devenus des marchés occupés par des activités commerciales illégales. Yopougon n'échappe pas au sort commun de nos cités ravalées au rang de " ville boutique ".
Les zones résidentielles, gagnées par l'insalubrité provoquée par la mauvaise gestion de la ville et particulièrement des ordures ménagères et des déchets industriels, sont envahies par le bruit et le vacarme, par les cafards, les rats, les moustiques porteurs de maladies endémiques. Non ! Cela est inadmissible !
En plus de cette catastrophe écologique, le District d'Abidjan a poussé impunément le cynisme jusqu'au crime. Souvenons-nous que pour nous faire respirer les odeurs des déchets toxiques importés et déversés clandestinement dans nos quartiers, il nous a fait croire qu'il procédait à la démoustication de la ville ! Nous voici ainsi assimilés aux moustiques ! Quand on veut détruire un peuple, on l'animalise ! Non ! Cela est intolérable !
L'insalubrité et la pollution touchent tous les secteurs de la vie de notre pays. Elles touchent à nos âmes, elles touchent à notre architecture, à l'urbanisme et à nos comportements quotidiens.

Le désordre instauré dans notre pays par le FPI est, en soi, une nuisance écologique. Nous savons que l'environnement influe sur les comportements. Ce n'est donc pas étonnant de voir la saleté et les immondices sous lesquelles croupissent nos villes et nos quartiers déchaîner les réactions de violence primaire.
Ainsi le règne de la corruption et du racket devenus familiers à Gesco et sur toute l'étendue de la commune de Yopougon participe de cette pollution des âmes.
Nous aimerions rappeler que, de tout temps et partout, vivre dans la propreté et le respect de l'hygiène est une thérapie physique et morale. En déniant ce droit au peuple ivoirien, le FPI l'a abandonné dans la fange d'une république incapable de gérer ses déchets.
Outre les dégâts ci-dessus mentionnés, quel est l'impact des crises créées par le FPI sur le secteur industriel de notre pays ?
Le tissu industriel ivoirien, depuis 2000, s'est effiloché et fragilisé. L'environnement des affaires s'est gravement détérioré avec une activité en continuelle récession.
Contribuant pour 27% au Produit Intérieur Brut (PIB) en 1999, le secteur industriel ivoirien était animé par 400 grandes entreprises du secteur moderne, essentiellement concentrées à Yopougon. Ces grandes entreprises, détenues à 80% par des capitaux privés étrangers, employaient plus de 70% de la main d'œuvre et représentaient plus de 80% de la valeur ajoutée manufacturière du pays.
Ce secteur coexistait avec un réseau de petites et moyennes industries détenues à 26% par des Ivoiriens. Ces PME/PMI contribuaient pour 18% environ de la valeur ajoutée du secteur avec 12% des investissements et 23% des emplois modernes.
En 1999, les produits industriels représentaient 34,6% du total des exportations ivoiriennes.
Durant la période 1994-1999, notre programme de transformation industrielle des produits agricoles a entraîné dans le secteur industriel un taux de croissance annuelle d'environ 9%. Cette politique a permis une augmentation de notre capacité industrielle qui est passé de 75% en 1993 à 88% en 1999.
Ces performances, malheureusement, ont stagné sur la période 2000-2001 où l'économie ivoirienne a enregistré son taux de croissance le plus bas (-2,3%) depuis l'indépendance de notre pays.
Il faut d'ailleurs indiquer qu'en 2004, la contribution du secteur industriel au produit intérieur brut n'a été que de 20% seulement contre 27% en 1999, soit une perte de 7 points en 5 ans.
Le prolongement de la crise actuelle a entraîné des pertes d'emplois induisant une augmentation accrue du chômage.
Ainsi, selon le patronat, les évènements du 06 novembre 2004 ont entraîné à eux seuls :
l une perte de plus de 30 000 emplois jetant dans un désarroi total près de 300 000 personnes.
l la fermeture de 106 entreprises dont les outils de production ont été détruits ou détériorés ;
l la disparition de 120 PME/PMI à la suite des casses, pillages et incendies ;
l la délocalisation de nombreuses entreprises industrielles vers d'autres pays de la sous-région.
Au total, depuis 2000, plus de 14.000 entreprises ivoiriennes ont disparu de notre secteur moderne.
La crise actuelle a également provoqué la perte de compétitivité des produits ivoiriens, la régression du poids économique de la Côte d'Ivoire.
L'indice du risque-pays selon les normes de l'ONU s'est élevé jusqu'au niveau quatre dans les zones CNO et trois pour la zone gouvernementale. Ce qui ternit considérablement l'image de marque de notre pays et compromet son attrait pour les investisseurs même si aujourd'hui cet indice est ramené au niveau trois pour la zone CNO et deux pour la zone gouvernementale.
Cet état de fait jette nos PME et PMI dans des difficultés accrues marquées par :
l le désordre et la démultiplication des organisations professionnelles à la représentativité douteuse ou faible;
l le caractère inadapté et inapproprié des infrastructures de développement des PME ;
l les difficultés de l'accès au financement bancaire dues aux exigences excessives de garanties ;
l la fragilisation et pénalisation des entreprises prestataires de service dues au retard et à l'accumulation des arriérés de paiement des créances de l'Etat ;
l la perturbation de l'environnement des affaires par des troubles socio-politiques à répétition ;
l l'installation anarchique de nombreux barrages routiers dans le seul but de racketter voyageurs et transporteurs ;
l la baisse du pouvoir d'achat des ménages due à l'accroissement du taux de pauvreté.
Toutes ces difficultés découlent de la faiblesse de l'Etat qui favorise un laisser-aller et un laisser-faire des plus anarchiques. Ce désordre est aggravé par les disfonctionnements de notre appareil judiciaire et l'absence de sécurité juridique qui en résulte pour le monde des affaires. Cette situation est également amplifiée par la tendance des responsables d'administration centrale démis de leur fonction à se maintenir à leur poste contre la volonté de leur tutelle, en instrumentalisant la rue, les milices et le clientélisme syndical.
Cette déliquescence de l'Etat est préjudiciable aux entreprises les plus vulnérables et à l'essor général de notre industrie. En effet, notre industrie est de plus en plus soumise à de fréquentes ruptures d'approvisionnement en matières premières du fait de l'absence de régulation et de contrôle de leur exportation.
De tout ce qui précède, il est aisé de constater que le développement économique et le bien-être dans ce pays sont l'œuvre du PDCI-RDA et de ses gouvernements successifs. Dans ces conditions, le peuple souverain de Côte d'Ivoire doit en tirer toutes les conséquences quand on sait aujourd'hui que le régime FPI a conduit notre pays dans le chaos, la régression économique et sociale.
A samedi, pour ensemble échanger sur l'avenir proche de notre bien commun, la Côte d'Ivoire !

Henri Konan BEDIE
Président du PDCI-RDA

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