A qui appartient Yopougon ? Politiquement s'entend. Le FPI de Gbagbo se targue de l'avoir comme son bastion. Théorie, à la vérité, discutable. Si on va sur la base des chiffres électoraux de 2000 et de 2001, on s'en rend bien compte : aux législatives, le cumul des voix acquises par les candidats du PDCI-RDA (le RDR ayant boycotté), du PIT, des Indépendants et des autres formations, dépasse de loin celle des candidats du FPI. Aux municipales, les candidats du PDCI-RDA, du RDR, de l'UDPCI, et des indépendants, mis ensemble ont obtenu des voix de loin supérieures à celles obtenues par la liste FPI. Mieux, depuis toujours, le PDCI-RDA a remporté toutes les élections à Yopougon. En 2000 et 2001, n'eût été les candidatures indépendantes issues de ses rangs et surtout la technologie électorale, le PDCI-RDA aurait repris tous les postes électoraux. De fait, Yopougon ne saurait être le bastion du FPI. Sauf que les militants du parti de Gbagbo Laurent sont sans doute les plus bruyants et les moins enclins à la retenue. Dans une commune, une minorité bruyante et indisciplinée est toujours remarquée. Cela peut bien être le cas du FPI à Yopougon. Au-delà de cet aspect, le FPI ne peut qu'entretenir cette illusion en créant les conditions du bruit permanent. C'est cela sans doute le sens des Agoras et parlements animés de jour comme de nuit, le plus souvent par des hommes qui n'ont que cela à faire. Combien de parlements et d'Agoras compte la seule commune de Yopougon ? 10 ou beaucoup plus. Qui attirent et retiennent à longueur de journées des gens qui n'ont rien à faire et qui ne cherchent rien à faire pour en faire des vecteurs de transmission de la haine et de l'intoxication. Si c'est sur cet unique plan, le FPI est imbattable à Yopougon. Sur ce seul plan, Yopougon est bien le bastion du FPI. Mais qu'a fait le FPI de ce soi disant bastion ?
Yopougon est riche, selon des statistiques, d'environ 900.000 jeunes. Combien de ces jeunes travaillent ? Moins de 30%. Combien de ces jeunes mangent et vivent décemment ? Moins de 24%. Voilà la réalité. Curieusement, elle fait l'affaire du FPI qui la maintient dans l'abîme ou l'enfonce. Car un jeune désoeuvré, qui a faim et qui est endoctriné est facile à transformer en béquille pour se maintenir au pouvoir. De 2000 à maintenant, le FPI a fait de Yopougon un véritable laboratoire de la destruction tant morale que matérielle. Moralement, Yopougon fournit le plus fort contingent des "jeunes" patriotes, chaire à canon et autres miliciens commis à des basses besognes pour le maintien du régime. C'est Yopougon qui fournit le plus grand nombre de miliciens, de syndicalistes radicaux et partisans, de fanatiques et de violents. Matériellement, Yopougon n'est plus que l'ombre d'elle-même, depuis que le FPI est aux affaires. Les rues sont impraticables, les ponts (celui reliant SIDECI à Niangon, notamment) sont coupés depuis des mois sans que cela n'interpelle; les caniveaux sont bouchés ; les poubelles ont envahi les rues ; les maquis et autres débits de boisson ne se comptent pas et s'installent dans l'anarchie totale, l'insalubrité et la précarité sont les lots quotidiens des populations.
Sur le plan économique et social, le FPI a fini de détruire Yopougon. Sous la houlette du FPI, des jeunes endoctrinés et fanatisés se sont attaqués violemment les 6, 7 et 8 novembre 2004 aux infrastructures de développement et aux équipements vitaux de Yopougon. Ils disent s'attaquer aux intérêts français et étrangers, pour sauver le régime Gbagbo. La zone industrielle, les stations services et autres entreprises privées ont été détruites. Ainsi, selon le patronat, les évènements du 06 novembre 2004 ont entraîné à eux seuls une perte de plus de 30 000 emplois, jetant dans un désarroi total près de 300 000 personnes. La fermeture de 106 entreprises dont les outils de production ont été détruits ou détériorés ; la disparition de 120 PME/PMI à la suite des casses, des pillages et des incendies ; la délocalisation de nombreuses entreprises industrielles vers d'autres pays de la sous-région. Au total, depuis 2000, plus de 14.000 entreprises ivoiriennes ont disparu de notre secteur moderne. Plus que dans tout autre commune, l'élan patriotique aiguisé par le FPI a tout détruit à Yopougon. Plus de trois ans après ces événements, Gbagbo et le FPI sont toujours au pouvoir, l'armée française est toujours là, Soro Guillaume l'ennemi est devenu Premier Ministre, les rebelles sont au cœur de la République, les entreprises étrangères essaient de reprendre pied, mais des dizaines de milliers des habitants de Yopougon son dans la misère totale. N'ayant plus de travail, n'ayant aucun soutien du régime…C'est comme ça que le FPI a déstructuré ce qu'il considère comme son bastion.
Eddy PEHE
Conflit de compétences, intrigues, crise d'autorité dans le couple présidentiel : Laurent gouverne, Simone règne
L'image reste collée à l'histoire de la Côte d'Ivoire. Le 26 octobre 2000 entre coups de feu et sang qui coule, en Abidjan, Laurent Gbagbo prête serment. A côté de lui, son épouse officielle Simone, fond en larmes. Les Ivoiriens ne savent pas encore qu'une partie du pouvoir qu'ils ont donné à l'homme sur la base d'un quiproquo comme sait en créer l'histoire, va échoir à la femme. Depuis lors, crise d'autorité, intrigues politico familiales et conflits de compétences s'entremêlent et s'entrechoquent au palais présidentiel. C'est le pouvoir des Gbagbo.
Premier signe de la volonté de Simone de contrôler le pouvoir de son époux : la mise en place d'un cabinet privé. Une sorte de gouvernement parallèle où les rôles de Premier ministre et de chef de l'Etat sont tenus par une même personne, à savoir la première dame. Dans l'histoire de la Côte d'Ivoire, c'est bien la première fois qu'une première dame s'autorise un cabinet privé. Un acte qui dénote du népotisme puisqu'il n'est pas autorisé par les textes qui réglementent la vie publique et le fonctionnement de l'administration étatique. Un cabinet privé financé par le contribuable sur une base juridique inexistante. Cela s'appelle de l'autoritarisme. Et Laurent n'a pas eu assez de poigne pour ne pas autoriser ce cabinet privé.
Deuxième signe de la volonté de Simone de contrôler tout, autour de Laurent : son imposition aux députés du Front populaire ivoirien (FPI, parti de Laurent Gbagbo) en tant que présidente du groupe parlementaire et aux responsables dudit parti en tant que vice-présidente. Là encore, Laurent a laissé faire.
Signe numéro trois. Simone a joué ferme pour positionner certains de ses proches dans l'entourage immédiat de Laurent. Silver Nébout, par exemple, contrôle la communication du chef de l'Etat. Quand Alain Toussaint a été viré par Laurent, du poste de conseiller spécial chargé de la communication en France, Simone l'a récupéré à Abidjan, dans son cabinet privé. Il n'y a pas deux façons de saper l'autorité d'un homme…
C'est encore Simone qui a fait nommer par Laurent ses proches comme Christine Nebout Adjobi, Richard Kadjo, Lazare Koffi Koffi.
Après le sommet de Linas Marcoussis en France, au moment où Laurent disait que c'était un médicament certes amer, mais qu'il fallait prendre, Simone organisait la résistance contre cet accord qui n'a jamais, pourtant, été différent de tous les autres qui ont été signés par la suite. L'on se souvient de l'information jamais démentie qui avait été livrée par un journal relatif à la baffe qu'elle aurait administrée au Premier ministre Pascal Affi N'guessan, signataire pour le compte du FPI dont il est le président.
Comme la reine Nefertiti
Par la suite, Simone a été citée (à tort ou à raison ?) dans nombre d'affaires pas toujours agréables. Deal dans le domaine militaire avec l'Angola d’Eduardo Dos Santos, escadrons de la mort, affairisme, etc. Tout cela, bien sûr est resté dans le domaine des supputations. Et en souveraine absolue de l'Egypte ancienne, pendant que le roi Aménophis III remodelait, pour en faire un château, sa villa de Mama, la reine Nefertiti (l'histoire nous enseigne qu'elle était d'une beauté inégalée et la préférée du harem du pharaon), elle se faisait construire un palais royal à Moossou. L'hégémonie de Simone est telle que ses frères et sœurs peuvent se permettre quelques comportements princiers. Raymond Ehivet peut faire battre un jeune homme pour une parcelle de terre à Ayaou, non loin de Bonoua. Victoire Ehivet peut faire jeter en prison, un jeune homme d'affaires qui ne sera jamais jugé et qui est mort en détention.
L'hégémonie de l'égérie est telle qu'elle peut susciter un mouvement patriotique dont le principal programme est d'arrêter l'ombre grandissante d'un Charles Blé Goudé devenu financièrement et politiquement puissant et aveuglément gbagboïste. La Coordination nationale des résistants de Côte d'Ivoire (CONARECI) est, en effet, la réplique version (et vision) Simone Gbagbo de l'Alliance des jeunes patriotes que dirige Blé Goudé.
L'influence à la résidence présidentielle (où elle a pris ses quartiers, le palais étant contrôlé par Nady Bamba) de Simone a été expérimentée par Denis Sassou N'guesso. Envoyé en pompier à Abidjan, alors que la médiation de Thabo M'béki souffrait de récusation, il a eu la désagréable surprise de constater que Laurent, après un tour à la maison, remettait en cause les acquis de la veille.
Il est de notoriété que Simone n'a jamais apprécié l'adoubement par Laurent, de Pascal Affi N'guessan non seulement en tant que Premier ministre, mais en tant que président du FPI. Le chassé-croisé familial continue allégrement au palais. Laurent continue de gouverner en tâtonnant, parce qu'il n'a pas été préparé à cela. Et Simone continue de régner sur son petit monde parce qu'elle a toujours aimé jouer le rôle de l'homme. En attendant que les élections prochaines viennent rétablir l'ordre brisé par un couple anticonformiste, la Côte d'Ivoire vit sous un régime de fer enveloppé dans un pouvoir de velours. Avant les Ivoiriens, les Maliens ont connu le même tandem familial sous le règne des Touré et les Béninois de même, avec les Soglo.
Félix Houphouët-Boigny, n'avait donc pas tort de confier à certains responsables du PDCI qui se battaient entre eux, de " ne point laisser l'héritage que nous ont laissé nos parents ", à " un homme qui n'est pas capable de gérer son propre foyer ".
Prince Béganssou