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Nouvelle armée ou armée unifiée : Les gros problèmes à résoudre

 

 
 
 vendredi 28 mars 2008 - Par Le Repère Taille des caractères

    

Dans les plans et programmes de sortie de crise conçus et élaborés depuis Marcoussis, la question du désarmement et surtout de la formation d'une armée républicaine ivoirienne constitue une priorité parmi les priorités. L'accord de Ouagadougou en a fait un point focal. Mais sur le terrain, les choses sont un peu plus compliquées. Divers problèmes pratiques interpellent les stratèges et autres spécialistes des armées. Quels sont ces problèmes à régler absolument avant d'avoir une très bonne armée républicaine.
Nouvelle armée ou armée unifiée ? La prochaine institution de Défense et de Sécurité de la Côte d'Ivoire est actuellement au laboratoire en vue de donner dans les trois mois à venir l'ossature de ce qui devrait être la nouvelle armée ivoirienne. Le mercredi 19 mars dernier, le Premier Ministre ivoirien et secrétaire général des Forces Nouvelles, a procédé à l'installation officielle d'un noyau de réflexion et de proposition dénommé Groupe de Travail Restructuration et Refondation de l'Armée. Les Consignes sont claires : "Proposer une stratégie globale de restructuration et de refondation des Forces de défense et de sécurité ; élaborer un projet de Plan National de Restructuration et de Refondation des Forces de Défense et de Sécurité." Ce Groupe de Travail est doté de trois structures. A savoir le comité de pilotage, le comité scientifique confié à Akoun Laurent, et le secrétariat technique. Ces hommes et femmes devront faire un travail avant tout technique, mais psychologique aussi. Les problèmes que l'on semble minimiser sont en effet ceux qui pourraient s'avérer cruciaux au moment de la pratique :
-La dénomination : Comment va-t-on appeler la nouvelle Institution de Défense et de Sécurité ? La nouvelle armée de Côte d'Ivoire (NACI) ? Les nouvelles FANCI ? L'Armée Unifiée de Côte d'Ivoire (AUCI) ? Les Nouvelles Forces de Défense et de Sécurité (NFDS), Armée Républicaine de Côte d'Ivoire (ARCI) ? On peut multiplier par dizaines et par centaines les possibles dénominations de la nouvelle institution à mettre en place. La question parait banale, mais elle ne demeure pas moins importante. Il s'agit de deux armées qui se sont combattues qui se mettent désormais ensemble. Ce qui veut dire que, si l'esprit de repartir sur de nouvelles bases est partagé, chacune des parties arrive avec ses particularités et ses conceptions. Du nom que l'on donnera au nouvel ensemble pourrait en partie dépendre la totale confiance entre ces troupes naguère opposées. Selon des indiscrétions, certains éléments des Forces Nouvelles n'accepteraient pas qu'on les appelle maintenant les FANCI " C'est comme si nous n'avons jamais existé ", soutiennent des soldats de l'ex-rébellion. En face, des éléments des FDS ne seraient pas d'accord qu'on change le nom de l'Armée. " C'est une Institution et elle ne saurait changer ainsi de dénomination. D'ailleurs, si ceux qui sont partis reviennent pourquoi doit-on changer de nom ? ", S'interrogent certains d'entre eux.
-L'effectif: A combien se chiffrera l'effectif de la nouvelle armée ? Avant l'éclatement de la guerre du 19 septembre 2002, le ministre de la Défense d'alors Moïse Lida Kouassi déclarait sur les antennes de la RTI en février de la même année que l'armée ivoirienne a les hommes qu'il faut pour faire face à toute éventualité. Sur la question de l'effectif, il a donné un chiffre d'environ 20.000 hommes. De novembre 2002 à février 2003, officiellement 4000 nouvelles recrues ont été enrôlées sous le drapeau. Dans les rangs de l'ex-rébellion, le chef de l'Etat dit reconnaître que ce sont seulement 750 soldats réguliers qui ont déserté pour se retrouver dans la rébellion. Or, des chefs de guerre, interrogés par la presse disent avoir sous leurs ordres des dizaines de milliers de combattants. Des contrôles de forces impartiales et des organismes internationaux révèlent que l'armée des Forces Nouvelles a un effectif d'environs 35.000 hommes. Soit un total d'environ 59.000 hommes à manier pour les remettre ensemble. Par ailleurs, de part et d'autre, il y a ce qu'il convient d'appeler les supplétifs et les milices. Les miliciens de la partie sud du pays seraient, selon certains de leurs dirigeants environ 42.000. Combien sont les supplétifs chez les Forces Nouvelles ? Mystère et boule de gommes. Toute chose qui fait dire aux experts que pas moins de 100.000 hommes sont en armes et se considèrent comme soldats. La Côte d'Ivoire peut-elle aujourd'hui entretenir une armée de 100.000 hommes ? Quel sera donc l'effectif utile ?
-Le quota par armée et critère de sélection : Combien sur les 100.000 hommes en armes doivent et peuvent intégrer la nouvelle armée ? Si la question ne se pose pas trop du côté des soldats restés loyalistes, le problème peut être plus préoccupant avec les éléments des Forces Nouvelles. Chacun sait que ce ne sont pas seullement les 750 soldats déserteurs qui ont fait la guerre. Mieux, toutes les recrues incorporées dans les rangs de l'ex-rébellion on reçues une formation militaires et sont conditionnées comme dans une armée de métier. Elles attendent d'être incorporées dans la nouvelle armée. Tout comme les miliciens qui soutiennent que l'Etat ne peut les laisser sur le carreau alors qu'ils ont tout abandonné pour se consacrer à la Défense de la République. Ils attendent aussi d'être incorporés dans la nouvelle armée. C'est pourquoi, du reste, ils ont repris les entraînements. Or, il va falloir sélectionner et choisir ceux qu'on pourrait éventuellement incorporer. Quels seront les critères de choix et quel sera le quota par armée pour un équilibre de confiance?
-La situation des FN : Au moment où il faut formée une nouvelle armée qui comprennent les hommes des deux camps, se repose l'épineux problème des grades des Forces Nouvelles dits grades Soro. En 2005 et 2006, des centaines d'éléments des Forces Nouvelles ont été nommés aux grades supérieurs par leur premier patron, le Secrétaire Général des Forces Nouvelles, le premier Ministre Soro Guillaume. Ainsi, de caporaux, de sergents, de sergents chefs des hommes sont devenus commandants ; de colonels major, des hommes sont devenus généraux. Pour leur compétences et pour service rendu. Ces nouveaux gradés qui arborent fièrement leurs attributs sont connus de tous. S'ils doivent intégrer la nouvelle armée, le feront-ils avec leurs nouveaux grades ou leurs anciens grades ? Le dossier est sur le bureau du facilitateur, le Président Compaoré. Le dossier est à l'étude depuis bientôt deux ans. Et voilà que le Groupe de Travail Restructuration et Refondation de l'Armée est attendu dans quatre mois pour rendre son plan de réorganisation de l'armée. Ce qui suppose que ce Groupe aura aussi trouvé une solution au problème des grades et de la situation de ceux qui ne seraient pas pris en compte. On espère bien qu'il le réussira. Si le Centre de Commandement Intégré (CCI) qui devait poser les bases de l'armée unifiée n'a pas donné les résultats escomptés, " c'est bien à cause de cet épineux problème. Des officiers supérieurs interrogés soutiennent : "Si les ex-rebelles acceptent de revenir dans la république, ils ne doivent plus poser de conditions. Ils doivent laisser la république organiser l'armée… "
-Le commandement et la hiérarchie : Une armée, c'est avant tout le commandement et la chaîne hiérarchique. Qui commandera la nouvelle armée ? " Un nouvel homme ", répondent tout de suite des officiers des Forces Nouvelles et même certains officiers des FDS. Pour eux " s'il doit avoir une nouvelle armée républicaine qui mette tout le monde en confiance, elle doit être sous le commandement d'un nouvel homme. Un homme accepté de tous, moins marqué. Un homme de poigne et charismatique… ". Déjà, dans les coulisses, il se murmure des noms comme ceux du colonel Adou Akaffou, du colonel Grah des Sapeur pompiers militaires…, mais ce ne sont que des spéculations difficiles à recouper. Dans tous les cas, ce nouvel homme sera, sans doute, entouré d'officiers aux différents paliers de la chaîne de commandement. Ces derniers devront être recrutés des deux côtés, d'après les confidences de certains membres du Groupe de Travail. Là aussi reviendra le problème des grades des FAFN. De 2005 à Maintenant, il y a eu tellement de nominations que la nouvelle armée risque d'avoir plus d'officiers que d'homme de rang. Ce qui ne faciliterait pas la chaîne de commandement et la hiérarchisation. La mise en commun des grades de FAFN et ceux des FDS risque de faire des mécontents, quand on sait qu'un subalterne de 2002 peut aujourd'hui être le supérieur, du fait d'un grade obtenu dans la rébellion. Et vice-versa. Qui commandera alors qui ? Le soulèvement et surtout les revendications militaires de Duekoué et de Guiglo posent encore plus le problème du commandement et de la chaîne hiérarchique qui semblent ne pas trop maîtriser les troupes. Sinon comment peut-on expliquer que le gouverneur militaire de l'ouest se soit précipité à Abidjan pour se réfugier, et que ce soit le CMA lui-même qui une fois de plus se présente devant les hommes insurgés ?
A tous ces problèmes, s'ajoutera évidemment celui des finances pour donner corps et vie à la nouvelle armée. En tout état de cause la question est plus que préoccupante, au point où, le Comité d'Evaluation et d'Accompagnement (CEA) de l'application de l'accord de Ouagadougou, au terme de sa dernière réunion du 21 mars, a insisté : " Au titre des Forces de Défense et de Sécurité, le CEA a noté avec satisfaction le démarrage effectif de l'opération de regroupement des ex-combattants. Afin de renforcer la situation sécuritaire générale du pays et de réduire les pratiques de racket, il recommande au Gouvernement l'accélération de l'opération de regroupement, ainsi que la mise en œuvre urgente du Programme de Désarmement et de Démantèlement des milices (DDM). A cet égard, le Comité a souligné la nécessité du démarrage urgent du Service civique national et du Programme national de réinsertion et de réhabilitation communautaire (PNRRC). Il a également rappelé l'importance de l'adoption sans délai du texte fixant le cadre de restructuration et de refondation de la nouvelle Armée nationale. "

Eddy PEHE

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