Bonjour monsieur le président,
J`ai choisi de vous écrire cette lettre aujourd`hui. J`aurais pu le faire avant ou après mais j`ai choisi la date d`aujourd`hui. Ce jour pour la simple raison que vous êtes à Yopougon. Yopougon " la belle ", cette commune entièrement (députés et maire) entre les mains du Front populaire ivoirien (FPI) où la refondation expérimente sa vision de la gestion locale. Le résultat est là : " Combien de ménages peuvent-ils aujourd`hui s`offrir plus d`un repas par jour ? Combien de parents d`élèves sont-ils en mesure d`assurer les frais d`écolage, de santé et d`entretien de leurs enfants ? Combien ont-ils abandonné leurs maisons et leurs foyers, faute de moyens pour faire face au loyer et à leurs charges ? ". Je ne fais que vous citer, monsieur le Président. Vous êtes à Yopougon aujourd`hui. Je vous conseillerais d`aller jeter un coup d`œil du côté de Wassakara. Vous mesurerez la profondeur de la détresse humaine. Je vous suggère d`aller faire un tour à la Sicogi. Vous pourrez voir comment vit une famille où le père de famille devenu grand père et arrière-grand-père habite avec ses filles et leurs enfants ainsi que les compagnes accompagnées d`enfants de ses fils eux-mêmes étant sous le même toit, dans une maison de trois pièces. Si vous avez le temps, allez faire un tour à Yao Séhi. Vous pourrez vivre en direct le pittoresque d`une ambiance de cour commune où pauvreté déshumanisante côtoie désespoir et désespérance.
Monsieur le président,
Je vous félicite de votre initiative de tenir un meeting politique à Yopougon. Le Yopougon où Laurent Gbagbo, entre deux discours enflammés d`opposant historique, envoyait des flèches au vitriol à ses adversaires politiques et où les militants de son parti, nourris à la sève de la propagande à la mythique place Ficgayo (depuis que le FPI est là, cette foire a d`ailleurs disparu), retournaient dans leurs quartiers et rêvaient béatement d`une Côte d`Ivoire…refondée. Je vous félicite de ce que vous ayez décidé de marquer et de matérialiser votre vision de l`opposition civilisée qui a tant manqué à la Côte d`Ivoire au moment où le Parti démocratique de Côte d`Ivoire (PDCI, dont vous êtes le président) était aux affaires et que vous avez résumé dans la " démocratie apaisée " quand vous teniez les rênes du pouvoir. Je pourrais me prononcer dans une autre épître sur la lecture que je fais de votre façon de mener l`opposition dans un pays conduit par un homme qui a un mépris souverain pour la vie humaine. Pour aujourd`hui, j`aimerais que nous visitions ensemble l`évolution politique de ce pays nôtre qui, comme un bateau ivre tenu par un commandant insouciant, vogue sans retenue " vers des gouffres amers ". Depuis 2005, après une élection calamiteuse et un règne tout autant calamiteux, Laurent Gbagbo est reconduit tacitement (c`est bien le mot) à la tête du pays. Octobre 2006, puis décembre 2007, enfin juin 2008. Sur cette dernière échéance, personne n`est dupe. Le délai ne peut être tenu. Personne n`ose le dire pour l`heure mais tous, nous savons que le délai ne peut être tenu.
Monsieur le président,
L`élection présidentielle n`aura pas lieu en juin 2008. C`est une lapalissade. Alors, face à cet échec de l`accord politique de Ouagadougou, que fait-on ? J`allais dire que fait le PDCI ? Mieux, qu`est-ce que vous faites ? Le PDCI va-t-il faire comme le Comité d`évaluation et d`application (CEA) de l`accord politique de Ouagadougou qui, dans une honteuse politique de l`autruche, a refusé de voir que le tandem Gbagbo-Soro ne peut pas respecter son engament qu`il a librement pris à Ouagadougou ? Le PDCI, votre parti, va-t-il continuer après juin 2008 d`accompagner Laurent Gbagbo dans sa bien maligne stratégie du gain de temps ? Autrement dit, le PDCI dont vous êtes le président va-t-il toujours siéger dans un gouvernement qui n`est pas le sien et continuer de servir de caution politique à un chef d`Etat qui n`a obstinément aucune envie d`organiser des élections qu`il est convaincu de perdre ?
Monsieur le président,
C`est la problématique que je me permets en toute humilité et respectueusement de vous soumettre. C`est le questionnement que vous soumettent, par ma modeste personne, nombre de personnes qui vivent dans ce pays et qui observent de l`extérieur la politique telle qu`elle est menée dans notre pays. Ce sont des préoccupations qui, par ailleurs, tracassent vos militants.
Aujourd`hui, je serai certainement à votre meeting. Je vous écouterai. Je sais que j`aurai des réponses à mes préoccupations.
Bon meeting, monsieur le président !