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Sortie de crise : Le silence assourdissant de la société civile

 

 
 
 samedi 29 mars 2008 - Par Fraternité Matin Taille des caractères

    

Le report des élections retarde la paix. Les Ivoiriens semblent de plus en plus indifférents à cette situation. Tout le monde réclame la tenue des élections en Côte d’Ivoire certainement convaincu avec Robert Chavin que «l’élection constitue le stade suprême de la démocratie». La problématique des élections dans notre pays demeure entière et nous fait comprendre à la lumière des agissements et comportements des uns et des autres que la démocratie ne se décrète pas et que les hommes politiques et les citoyens doivent se former et s’informer sur les vertus de la démocratie. Il est évident que la problématique des élections post-crise prévues prochainement en Côte d’Ivoire ce sont les hommes eux-mêmes.Ils veulent participer à ces élections avec une seule issue : être sûrs de les gagner. Ils ne sont pas prêts de s’accommoder d’un autre résultat, prisonnier qu’ils sont de leur « supériorité sociologique ». Ils clament à tout vent « mathématiquement, Gbagbo ne peut pas remporter les élections ». De là, à inviter leurs militants à refuser d’accepter les résultats des urnes il n’ y a qu’un pas qu’ils franchissent allègrement. «Nous n’accepterons pas la fraude ». Traditionnellement, la fraude est le fait d’après l’opposition, du parti au pouvoir et chez nous, elle cherche par tous les moyens à s’entourer de garanties en accaparant la Commission électorale indépendante. Les grosses batailles pour le contrôle de cette structure après l’accord de Pretoria en disent long sur les prétentions et ambitions de l’opposition. Elle est représentée en grand nombre dans les différents démembrements et au bureau central de la CEI et pourtant c’est elle qui prépare plutôt que les élections, les conditions de la contestation. Cette mouture à base des partis politiques, la Commission électorale indépendante l’a héritée des expériences africaines. Elle est loin d’être le bon exemple car il aurait été idéal que comme au Canada, il existe un directeur des élections ou que la CEI soit dirigée par un représentant de la société. Et que les partis politiques fassent bonne garde et avec un rôle d’objecteur. Aujourd’hui de nombreux défis qui se dressent devant la Commission électorale indépendante : ne pas s’enliser dans les contradictions internes, ne pas s’engluer dans les contradiction externes, réussir une mission républicaine, laisser les coudées franches aux commissaires. Que les partis politiques qui veulent des élections transparentes aient le courage, en cas de soupçon, de porter plainte contre la CEI. Les partis politiques et la CEI doivent s’inscrire dans une logique délicate et dynamique pour appliquer le code de bonne conduite qu’ils ont édicté et qu’ils vont officiellement signer dans les prochains jours en présence du National Democratic Institute (NDI). Or, en Côte d’Ivoire, où les partis d’opposition se coalisent avec le parti au pouvoir pour aller ensemble à la soupe, qui contrôle qui ? Et qui a vraiment envie d’aller aux élections ? Ce d’autant que tout le monde a part au gâteau et qu’on est pas sûr de conserver ses privilèges quand l’issue des élections aura clarifié les choses et que le contexte d’exception aura cédé la place à la normalité. Comment cette oligarchie pourra-t-elle être démantelée si la société civile se fait complice du jeu des politiciens ? Si les hommes d’affaires lient commerce avec les hommes politiques pour battre monnaie aux détriment des opérateurs économiques et investisseurs étrangers ? Comment libérer le peuple de cette nouvelle génération de sangsues, de véritables « prisonniers de guerre » si la justice, volontiers, se met aux ordres et refuse son indépendance ?
Quel combat les politiques et la société civile mènent-ils pour l’avènement de cette autorité judiciaire et cette justice indépendante ? Existe-t-il ou a-t-on l’ambition en Côte d’Ivoire d’avoir un arbitre du processus électoral qui inspire confiance ? Comme au Bénin où en 1995 et en 2001 ont eu lieu des élections à risque et qui ont été des scrutins apaisés et transparents grâce à la personnalité des membres et surtout du président de la Commission autonome Charles Yaovi, aujourd’hui représentant résident du NDI en Côte d’Ivoire. La société civile et les partis politiques doivent être capables du sacrifice suprême pour sortir le pays de ce marasme politique et économique et même moral.



Franck A. Zagbayou

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