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Dire bien: Lettres et maux croisés

 

 
 
 samedi 19 avril 2008 - Par Notre Voie Taille des caractères

    

Selon la logique stoïcienne, il y a des choses qui dépendent de nous et il y en a qui ne dépendent pas de nous. En témoigne l'histoire de ces trois lettres de l'alphabet du français. Le mot “alphabet” est un mot grec composé de “alpha” et “bêta”, nom des deux premières lettres grecques et il signifie : “système de signes graphiques servant à la transcription des sons”. L'alphabet grec compte 24 lettres, celui du français en compte 26.
Au commencement donc de cette linguistique et singulière histoire, il y a les lettres A (première lettre et première voyelle de l'alphabet) et O (quinzième lettre et quatrième des voyelles). Lecteurs miens, pour être essentiel, ces deux lettres sont les initiales connues d'un acteur politique que je n'ai pas besoin de nommer pour que vous le reconnaissiez. A ces lettres vint s'ajouter sur le très tard la consonne “D” (quatrième lettre), comme d'aucuns ajoutent du whisky à leur verre pour stabiliser l'eau qui s'y trouve. Si le choix des lettres (A et O) n'a pas dépendu du personnage ainsi baptisé, ce ne fut guère le cas de la lettre “D” dont le choix, par opportunisme et stratégie, fut une affaire spécifiquement personnelle. Sous nos yeux. De deux lettres d'identité ,nous vîmes surgir trois lettres d'identité. Sans doute aucun pour une question d'appétit qui, dit-on, vient en mangeant. Qui comme nous côtoie les lettres sait qu'elles vont aussi comme les hommes. Ainsi la lettre “D” a tôt compris que quand on marche à trois, mieux vaut être ou se mettre au milieu. Figurez-vous, lecteurs miens, c'est ce que la lettre “D” fit. Les lettres ainsi mises ensemble pour traduire la réalité onomastique donnent un sigle acronymique (ADO) où les lettres se présentent certes dans un ordre alphabétique, mais qui ne coïncide pas avec l'ordre chronologique ou historique. Rien n'est ici innocent ou hasardeux.
Si nous disons qu'il n'y a pas de hasard, nous pouvons dire aussi que tout ce qui arrive est à la fois causal et final. C'est ce qui explique pourquoi, sous l'autorité des premières lettres (A et O), leur porteur se prit pour l'alpha et l'omega de tout et en tout. L'arrivée de la consonne D et sa position intervocalique trahissent l'ajout d'un égocentrisme, que dis-je d'un “égotisme” très malséant, le personnage porteur des lettres s'en prévalant en public et sans gêne. Ah, fantasme quand tu nous tiens !
Sur le sujet, apprenons du philosophe et néanmoins ancien ministre français Luc Ferry que “l'un des traits les plus remarquables, bien qu'évident, de nos fantasmes, est que nous y apparaissons immanquablement sous les traits du héros, comme le centre ou le foyer de tous les regards, comme celui que rien ne peut arrêter, auquel tout réussit, jusque dans les plus terribles épreuves”. (cf. “Qu'est -ce qu'une vie réussie ?”, Ed. Grasset, Paris 2002, pp. 10-11). C'est ainsi que cet auteur explique l'infantilisme du rêve éveillé (ou diurne) chez l'adulte, et ce rêve peut être considéré dans les cas du porteur des lettres ADO comme le premier stade de sa folie et de sa soif du pouvoir. Mais les choses ne s'arrêtent pas là.
Avec l'arrivée calculée de la lettre “D”, le porteur fut déifié par les uns (qui petit à petit le regrettent aujourd'hui), et comme les mots sont attirés par leur contraire, il fut autant diabolisé par les autres (à qui le temps donne aujourd'hui raison pour leur discernement). Quoi de plus normal ! “D” comme Dieu, mais aussi “D” comme Diable, Démon (toujours aux aguets et maudit soit-il).
Que de maux et de drames au nom de ces différents “D”. Pis des pis, A, D et O se mirent en ménage non seulement pour le meilleur et pour le pire, mais aussi pour le malheur des autres lettres de l'alphabet qu'elles mirent sens dessus dessous. Quiconque se mettait en travers de leur chemin alphabétique y trouvait tout de suite escadrons de la mort et malheurs. Que de drames, de malheurs provoqués par elles. On le sait, dans le mot “malheur”, il y a “mal”. Et le mal que les trois lettres (A,D,O) firent aux autres finit aujourd'hui par se retourner contre elles. Comme un boomerang. C'est une loi de la nature. C'est pourquoi tous les actes posés par les trois lettres malfaisantes sont frappés de “malchance” et de “malédiction”. Preuve que le même (mal) donne toujours le même (mal). De malchance en malchance, l'on découvrit que l'association des trois lettres que l'on avait déifiées n'était rien d'autre qu'une association de lettres ordinaires. Ce qui a eu pour conséquence la métamorphose de la sacralité du porteur des trois lettres. Découvert comme un type peureux voire un faux type il est devenu, le temps de sortir de sa chrysalide (cf. sortir de l'obscurité ou du mythe) un humain ordinaire. Pire un Dieu déchu. D'où cette tentation forte chez les autres lettres d'ironiser sur son sigle (A D O). De “Argent, Diamant, Or” crié très tôt et ostentatoirement par les matérialistes (qui, du reste, ne donnent plus de la voix ces temps-ci, car fort déçus), l'ironie et l'humour décoiffant donnent “Abidjan, Dimbokro, Ouaga” (pour ceux qui ont une vision ferroviaire de son destin), et “Allassane Dominique Ouattara” (pour les affairés) et pour les Saint-Thomas exaspérés : ADO ! ADO ! a do ? phrase interrogatoire malinké qui signifie “ADO, ADO, où est-il ?), sans doute pour dire ses absences sur le front des mots, que dis-je, sur le front de la lutte.
En fin finale, l'on comprend qu'il suffit de juger le prince ou le chef indigne pour se soustraire au devoir d'obéissance. Mieux, de le quitter et l'abandonner à son triste sort auquel il est scotché. Tout a une fin. Prions que Dieu, le Miséricordieux, nous donne une bonne fin de vie. Amina et bon week-end !

Koné Dramane direbien@live.fr

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