C’est un euphémisme de dire qu’à Abidjan le kilogramme de viande coûte cher. A la réalité, de 1200 F le kilogramme, la viande coûte aujourd’hui 2000Fcfa/Kg sur les différents marchés d’Abidjan. Une flambée vertigineuse des prix qui se justifie en partie, par plusieurs phénomènes. Notamment, du transport du bétail des pays de l’Hinterland sur les marchés d’Abidjan en passant par les taxes d’abattage, tous concourent, d’une manière inexorable, à tirer les prix vers le haut. C’est donc face à ce phénomène qui prend de plus en plus de ampleur, que les responsables de la Confédération des fédérations nationales de la filière bétail et viande des pays membres de l’UEMOA (COVENABVI-PMA-UEMOA) battent le pavé pour faire baisser le prix du kilogramme de viande. Ainsi, une délégation de la COVENABVI-PMA-UEMOA avec à sa tête, le président Issiaka Sawadogo, sillonne actuellement les pays de l’hinterland pour une réunion de consultation bétail-viande, afin d’arriver, à la réduction du prix du kilogramme sur le marché ivoirien. Selon M. Roger Zady, agent de recouvrement à la confédération filière bétail, avec la normalisation qui est de plus en plus concrète, grâce aux efforts du Premier ministre Guillaume Soro, et à l’unification des caisses de l’Etat, les choses doivent pouvoir aller dans le sens de l’amélioration du prix du kilogramme de viande. Avec en prime, l’administration douanière qui, par sa présence bientôt sur toute l’étendue du territoire, rendra certains accords caducs.
Droits d’escorte
En effet, le transport du bétail avec son lot de tracasseries et le principe de convoyage, a contribué en partie, à faire grimper le prix du kilogramme de viande sur le marché ivoirien. Au plus fort de la crise, c’est-à-dire en 2003 – 2004, lorsque le pays était encore en guerre et que les canons et autres hélicoptères MI24 continuaient de cracher du feu sur d’innocentes populations, où la résistance patriotique, des jeunes du président Gbagbo déterraient les rails pour empêcher le train de circuler, il a fallu que le président des Fédérations nationales négocie et signe des conventions tripartites avec les différents belligérants, pour éviter que la partie gouvernementale ne connaisse une pénurie en protéine animale. Entre autres protocoles d’accord signés avec les responsables des Forces Nouvelles, l’on note celui du 27 mars 2004 portant sur la libre circulation des trains voyageurs dans les zones sous contrôles des Forces Nouvelles. Selon l’article 2 de ce protocole, l’ensemble des droits d’escorte de fluidité et de sécurité est fixé à 5.5 millions F par mois. Un autre également paraphé entre Issiaka Sawadogo et les responsables des FAFN, porte sur la commercialisation du bétail par voies ferroviaire et routière dans les zones CNO. Aux termes desdits accords, la Confédération s’engage à verser par mouvement de wagon, la somme de 25 à 30 millions F par tranche de 500 wagons et 100 mille francs par chargement de camion. Ces différents engagements pris aux heures chaudes de la crise ivoirienne sont encore en vigueur pour certains, car la situation n’est pas encore totalement régularisée. De ce fait, avant la crise, la Sitarail qui louait ses wagons à 333.333 Fcfa l’un, le fait à présent à 800.000 Fcfa. Il en est de même pour la fluidité transactionnelle et le convoyage qui sont passés de 335 000 francs Cfa à 500 000 francs par camion, des frontières entre la Côte d’Ivoire et les pays de l’Hinterland à Tiébissou. Ajouté à cela, les rackets et autres tracasseries de Tiébissou à Abidjan. Dans cette zone gouvernementale, le coût du transport et son corollaire de rackets et de tracasseries, font osciller le coût du transport entre 900 000 et 1.2 million Fcfa. L’opérateur économique qui doit faire venir le bétail à l’abattoir, doit encore payer les taxes d’abattage et les taxes d’hygiène, qui sont de 100 Fcfa par tête de bétail pour le district et 3000 Fcfa la taxe d’abattage. Il est tout à fait logique que l’opérateur répercute tous ces frais annexes sur le prix du bétail. Ainsi, pour un bœuf qui était vendu entre 120 000 et 150 000 francs, est aujourd’hui à 250 voire 300 000 francs, soit le double. Ce n’est donc pas le boucher détaillant qui serait en marge de cette chaîne de réaction. C’est donc en connaissance de cause que le président de la Confédération a décrié la gestion opaque de Méité Zoumana, responsable de l’abattoir de Port-Bouët qui avait en son temps, voulu augmenter les taxes d’abattage.
Taxe d’abattage
La fédération qui avait signé une convention avec la mairie de Port-Bouët pour prélever les taxes d’hygiène (100 Fcfa par tête de bétail) et la location d’enclos de 25 000 Fcfa pendant la foire des moutons, a découvert que sur 34 millions de francs par an, Méité ne reversait que deux millions au district après prélèvement de la taxe sur les camions et wagons à bétail sans délivrance de reçu, dans un abattoir très peu éclairé, où il n’y a pas d’espace pour la vente de petits ruminants. Il avait suscité alors une grève le 23 mars dernier pour réclamer le départ de ce dernier dont la gestion continuait à exacerber la filière et contribuait à une autre augmentation des prix. Face à la normalisation qui pointe progressivement son nez, certains verrous qui plombent la chaîne du transport du bétail des pays de l’Hinterland au parc à bétail de Port-Bouët, doivent sauter pour permettre le convoyage à moindre coût, des animaux, pour le bonheur des ménages ivoiriens.
Moussa Keita