La Première Dame a achevé, dimanche, une tournée de deux semaines dans la région de Yamoussoukro et de Bouaflé. Partout, elle a dénoncé ceux qui, le jour, font mine de plaider pour le désarmement et les élections pour, la nuit, militer pour le contraire.
En baoulé, le “Kodiahou” est le malfaisant qui, par ses actes et ses paroles, s’emploie à ébranler la structure sociale et les ententes entre individus et entités. Dans le seul but de nuire ou pour son propre intérêt égoïste. Durant les deux semaines qu’a duré la deuxième partie de sa tournée dans le pays akan, Mme Gbagbo a visité les départements de Toumodi, Didiévi, Tiébissou, Bouaflé et Yamoussoukro. En près de 15 meetings et une centaine d’audiences accordées aux populations, elle a traqué les “Kodiahou”, ceux qui, le jour, disent qu’ils veulent les élections et plaident nuitamment auprès des villageois et des chefs coutumiers pour qu’on attende 2010 avant d’aller aux élections, parce qu’ils trouvent un intérêt dans la situation de non-droit. “Il faut que les rebelles déposent les armes maintenant, avant les élections. Elles ont été fixées au 30 novembre 2008. Il nous faut tout faire pour que cette date ne soit pas reculée. Pour cela, il vous faut vous inscrire tous sur les listes électorales pour obtenir vos cartes nationales d’identité et les cartes d’électeur”, a-t-elle insisté partout.
Le fait marquant de cette tournée est la facilité et la régularité avec lesquelles la Première dame s’est exprimée en baoulé, la langue locale. Un fait qui, dans toutes les localités visitées, a suscité la surprise, la joie et la sympathie des populations.
Attitude de paix
Tout en invitant les populations à la fermeté dans l’exigence du désarmement pour des élections propres à la date indiquée, Mme Gbagbo a conseillé une attitude de paix et de réconciliation. C’est, selon elle, la seule condition pour que les Ivoiriens obtiennent la réalisation de leurs vœux. “Si nous, Ivoiriens, ouvrons la bouche pour dire des paroles de guerre, Dieu va maintenir la guerre. Mais si nous disons des paroles de paix et de réconciliation, Dieu va nous apporter la paix, le désarmement, les élections. C’est ce qui sort de la bouche qui bénit ou qui maudit. Prononçons des paroles de bénédiction, de réconciliation, de paix et d’entente sur notre pays. Et si les “Kodiahou” viennent vous dire le contraire, dites- leur que ce qu’ils veulent n’est pas bon pour notre pays”.
Dès l’entame de la tournée, les “Kodiahou’’ de Toumodi se sont signalés. Faisant croire que, dans ses discours, la deuxième vice- présidente du FPI ne fait qu’attaquer les membres du RHDP et leurs présidents, ils ont invité leurs militants à ne pas “aller grossir les rangs du FPI et se faire narguer aux différentes rencontres qui seront organisées par Zoungrana et Mme Gbagbo”.
Le document qui a été abondamment distribué dans le département est signé par Frédéric Tanoh-Niangoin pour le PDCI, Mominé Ali pour l’UDPCI, Mme Adjoua N’Go Louise Tamini pour le RDR et Diarrassouba Yaya pour le MFA. Tous se sont présentés comme des agneaux et ont occulté volontairement les sujets brûlants de l’heure, à savoir la fin de la crise, le désarmement et les élections qui doivent se tenir le 30 novembre 2008. Une vraie démarche de ‘’Kodiahou’’. Un autre grand Kodiahou, le député Yves Fofana, dont les écrits tribalistes ont été relayés par la presse et ont provoqué l’indignation générale de la population. La “défaite” de Yves Fofana est d’autant plus cuisante que le président du comité d’organisation de la manifestation de Tiébissou était le secrétaire général de la section locale du PDCI. Et M. Konan Kongouin a véritablement mis les petits plats dans les grands pour assurer le succès du meeting. “La Première Dame vient chez nous. Il fallait tout faire pour l’honorer comme il convient. Laissez tomber ce que le député Yves Fofana a dit. Nous, nous travaillons”, a-t-il soutenu. Yves Fofana n’a réagi ni aux propos ni à l’acte de son “camarade” militant du PDCI.
La langue du terroir
A son désavantage, Mme Gbagbo a parlé la langue du terroir pour se faire comprendre par les villageois. Et, à chaque fois qu’elle a pris la parole aussi bien en privé qu’en public, elle n’a eu de cesse de répéter que son discours ne s’adresse pas qu’aux seuls militants du FPI. “Notre message s’adresse aussi bien aux militants du FPI qu’aux militants endurcis ou non du PDCI et du RDR, ainsi qu’à ceux du RPP, du PIT et de l’UDPCI. Nous sommes venus parler aux Gouro, aux Baoulé, aux Yowrê, aux Burkinabè et autres ressortissants de la CEDEAO, aux populations du nord qui vivent ici”. Et d’inviter tout un chacun à respecter les règles de la démocratie pour permettre à toutes les ethnies et les différences culturelles de vivre ensemble au sein de la nation.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le message est passé, vu la grande mobilisation qui a marqué chaque étape de la tournée. Ni la pluie, ni le vent, ni le chaud soleil n’ont réussi à empêcher les populations des villes et villages visités de venir écouter la Première Dame. Les femmes ayahou ont même mis sur le marché une magistrale œuvre musicale pour inviter toute la population à soutenir le président Gbagbo. Dans un CD réalisé grâce au soutien de M. Kouassi Oussou, directeur général de l’Economie, elles chantent en baoulé des mélodies pures et limpides pour dénoncer les accusations mensongères portées contre le chef de l’Etat dont le programme, selon elles, mérite à tout point de vue d’être soutenu. Les Baoulé, qui comprennent le message, en raffolent.
En attendant les régions de l’Est et de la Vallée du Bandama, l’équipe de la Première Dame peut déjà se réjouir du bilan positif de la tournée dans le N’Zi-Comoé et la région des Lacs.