L'accord politique de Ouagadougou est en marche et pour preuve, l'un des signataires dudit accord, les Forces Nouvelles, vient d'amorcer un nouveau virage du désarmement à travers la démobilisation de 1000 ex combattants.
Conformément au paragraphe 3.2 ; 3.2.1 qui stipule que les "parties au présent accord (accord politique de Ouagadougou) conviennent de procéder, dans les meilleurs délais, au désarmement des forces en présence." Et au paragraphe 3.2.3, du même accord, "les parties d'accélérer le processus du regroupement sur les sites prévus à cet effet'', le 02 mai dernier, les forces armées des Forces Nouvelles ont procédé au regroupement de leurs combattants, au cours d'une cérémonie solennelle organisée au 3ème bataillon d'infanterie de Bouaké. Et ce, en présence du ministre de la Défense ivoirien, Amani N'Guessan Michel, Konaté Sidiki, ministre du tourisme et de l'artisanat, porte-parole des Forces Nouvelles, du représentant spécial adjoint du Secrétaire Général de l'Onu en Côte d'Ivoire, M. Abou Mussa, du représentant du facilitateur, M. Boureima Bandini qui avaient rehausser de leur présence l'éclat de la cérémonie. Ainsi donc, les hommes de Guillaume Soro venaient de marquer par cet acte la phase active du désarmement de leurs combattants. Ce jour là, 1000 combattants des forces armées des Forces Nouvelles avaient déposé les armes. Sur les 1.000 ex-combattants démobilisés, 100 ont bénéficié des projets de réinsertion. Tandis que sur les 900 autres, 500 ex-soldats démobilisés devraient rejoindre le Centre de Commandement Intégré (CCI). Quant aux 400 restants, ils iront dans la nouvelle armée en gestation. Afin de nous rendre compte de l'effectivité de l'opération et de faire le constat du DDR et l'état des lieux, nous avons décidé de faire un tour sur le site du 3ème bataillon d'infanterie de Bouaké.
LE 3ème BATAILLON D'INFANTERIE "LE SITE DE REGROUPEMENT DES FAFN
Il était 09 heures 30 mn du matin, le mercredi 7 mai dernier, sous un soleil de plomb quand nous sommes arrivé à l'entrée principale de ce gigantesque camp militaire de la capitale de la paix des Forces Nouvelles, situé à l'Est de la ville, entre les quartiers de Sokoura, Djamourou et Belleville. Ce camp militaire comprend deux (2) camps à savoir l'ancien camp et le nouveau camp. C'est dans le nouveau camp, plus connu sous l'appellation du 3ème bataillon d'infanterie que logent les ex combattants démobilisés des FAFN. Pour y accéder, il faut traverser l'ancien camp. Le nouveau camp est juste à l'arrière. Il a fallu parcourir une distance de 1 km et demi à pied. C'est la distance entre l'ancien camp et le nouveau camp. 30 mn de marche et nous sommes aux portes du site de regroupement. A la sentinelle, des militaires sont postés devant l'entrée. Ils assurent la sécurité. Accompagné d'un guide, nous rentrons sans problème. Nous avançons vers le bâtiment administratif. Nous contournons la place d'armes.
LA VIE DES EX-COMBATTANTS DEMOBILISES
Nous tournons dernière le bâtiment administratif en étage. Plusieurs bâtiments se dressent devant nous. Peints en rose. C'est ces différents bâtiments réhabilités par le gouvernement de Côte d'Ivoire qui abritent les 1000 soldats démobilisés des Forces Armées des Forces Nouvelles. Nous avançons. Deux grands blocs composés de dortoirs se dessinent. Habillés en civil pour la majorité et quelques uns en tréllis, les têtes rasées, des éléments démobilisés de chaque coté défilent entre les allées quand d'autres s'affairent dans les couloirs et les douches. Des groupes procèdent au nettoyage du site avec des dabas. Certains avec des sceaux d'eau revenant de la pompe vont faire la lessive. Tandis que d'autres, regroupés jouent aux cartes, au damier ou sont autour d'un feu de thé. Le premier bloc, est le bloc des VAN (des Volontaires pour l'Armée Nouvelle). Il est composé de 8 grandes salles (dortoirs) bien aérées et spacieuses. Dans chaque dortoir, sont disposés des ''lits picots'' et plusieurs ventilateurs accrochés au plafond. Chaque dortoir enregistre 20 pensionnaires et donc 20 ''lits picots''. Ce bloc des VAN regroupe 400 ex combattants.
Sous l'anonymat, un ex-soldat, démobilisé, nous confie qu'il est à l'aise. "Vieux père, on est à l'aise ici. Regarde, ils nous ont remis des draps, des serviettes, des trousses de toilette, des savons, des brosses à dents etc.", a-t-il dit, avant de poursuivre pour ajouter: "Ici, on mange très bien et ce n'est pas comme avant ". Par curiosité, nous jetons un coup d'œil dans l'une des salles. Juste à l'entrée, c'est écrit, "Pas de cigarette SVP". Aussitôt, le seuil franchi, une musique douce nous accueille. C'est une radio qui joue. Certains soldats possèdent des radios pour écouter les informations et de la musique pour ne pas s'ennuyer. " C'est pour ne pas s'ennuyer qu'on écoute ici la radio pour oublier beaucoup de choses "', nous fait savoir le propriétaire d'une des radios.
Le second bloc, situé en face du premier, à quelques encablures, est dénommé le bloc CCI (Centre de Commandement Intégré). Il est aussi composé de plusieurs grandes salles transformées en dortoirs où sont disposés plusieurs lits. L'effectif de ce bloc est de 500 ex soldats. Selon une source, c'est également 20 pensionnés par dortoir. Même dispositif que le bloc VAN. Eux, au contraire, peuvent se reposer là pour récupérer après le sommeil perturbé de la nuit. Car ils sont réveillés très tôt. Refusant de nous donner son nom, un ex soldat FAFN du bloc CCI, nous indique "Il faut remercier le Premier ministre pour tous les efforts qu'il ne cesse de nous apporter. On sait qu'il pense à nous et à l'avenir de notre pays. Je suis content pour mon pays que la guerre soit finie. Nous sommes ici, nous nous portons très bien. Nous demandons à tous les Ivoiriens de croire en la paix".
Au total, 15 encadreurs assurent au quotidien l'encadrement des ex combattants démobilisés. Ils sont repartis entre les deux grands blocs (7 par bloc), chapeautés par un adjudant. Ils sont tous des militaires de carrière au sein des Forces Armées des Forces Nouvelles. Ils surveillent les ex soldats et veillent au bon fonctionnement du site. Selon un élément, des cahiers de présence sont dressés. Chaque matin et soir, ils procèdent à l'appel de chaque élément. Même tard dans la nuit, ils viennent s'assurer que tout le monde est présent.
LE PROGRAMME DU SITE
Depuis l'entrée des tout premiers pensionnaires du site, le 02 mai dernier, une nouvelle vie a commencé pour eux. A savoir, la réadaptation à la vie civile. Chaque jour, au réveil à 5 heures 30 mn du matin, tous se dirigent vers les douches, se nettoient et vont au petit déjeuner. Le petit déjeuner est fait de café et un demi morceau de pain. Ensuite, aux alentours de 7 heures 00 du matin, les pensionnaires du site de regroupement du 3ème bataillon d'infanterie se rassemblent à la place d'armes. C'est le rassemblement au mât, à la place d'armes située juste en face du bâtiment administratif, non loin de leur dortoir. A cet effet, tous les ex soldats des deux blocs (VAN et CCI) sont présents. Après le rassemblement, place est faite au sport. Le sport est prévu les lundis et jeudis. Les autres jours, après le rassemblement, soit ils vont au nettoyage du site " comme ils en sont les premiers occupants " ou ils tournent dans le camp. A 11 heures 30 mn, c'est l'heure du déjeuner. Différents menus sont proposés par jour. Chaque élément vient avec son assiette et est servi. Ensuite, il retourne vers leur dortoir pour manger.
Dans l'après midi, ils passent tout le reste de la journée à jouer, soit aux cartes, soit au damier, à écouter de la musique ou à faire du thé. "Au début ce n'était pas facile mais maintenant, nous sommes habitués" affirme un élément de la zone 3, venu, lui, de Sakassou. Toujours dans le même bloc du CCI, plus loin, un ex soldat nous indique ceci " Je suis très heureux d'être ici, regroupé. Nous avons le moral très haut. On se porte à merveille ". La cuisine, quant à elle, est située juste à quelques centaines de mètres. Cet endroit, est fréquenté par des femmes qui sont à pied d'œuvre pour le repas du soir. De très grosses marmites posées sur de grands fours dégagent déjà de la bonne odeur du ris gras, bien parfumé.
Vers 18 heures 30 mn, munis de leurs assiettes et cuvettes, les pensionnés se dirigent à nouveau vers la cuisine en file indienne pour se faire servir à manger. Puis, ils retournent vers leurs dortoirs respectifs. Enfin, ils peuvent manger et se reposer. Plus tard, après quelques cents mètres dans le périmètre du site, ils rentrent dans leurs blocs.
La nuit tombée, les éléments rentrent dormir à 20 heures 30 mn. La nuit, les encadreurs vérifient que tous les éléments ont regagné leur chambre. Ils procèdent par des appels à travers un cahier de permanence. Plusieurs autres contrôles sont effectués la nuit. Les mêmes gymnastiques recommencent chaque jour.
UN COMMERCE EST NE À LA PORTE DU CAMP
Comme tout autre camp, un commerce a également vu le jour devant ce site de regroupement du 3ème bataillon d'infanterie. L'on n'y trouve des petits vendeurs de cigarettes, des cireurs de chaussures, des vendeurs de kleenex, d'oranges et d'eau glacée. Mais aussi et surtout, une gare de moto taxi. Huit motos sont garées tandis que 2 sont sur la position départ. Selon un chauffeur de moto taxi, ils transportent des parents et amis qui désirent venir voir leurs frères ou amis sur le site de regroupement puisqu'ils sont interdits de sortir. Plusieurs motos sont stationnées, les unes à coté des autres.
REACTIONS DE QUELQUES CHEFS MILITAIRES DES FAFN
Nous sommes allé à la rencontre des autorités militaires des FAFN à l'Etat major pour essayer de savoir un peu le déroulement du regroupement et l'état d'esprit des ex-combattants. Là-bas, après deux jours à courir après ces autorités, personne n'a voulu se prêter à nos questions. Beaucoup de rendez-vous nous ont été données, mais aucun n'a été respecté. En définitive, le mercredi 07 mai dernier, aux environs de 15 heures, le Lieutenant Klotani, chargé du DDR, nous a simplement fait savoir que ''tout se passait bien''. " Tout se passe bien. Tout se déroule bien et vous l'avez constaté la dernière fois ", nous a t-il lâché en s'échappant parce que pris par un rendez-vous avec le chef d'Etat major des FAFN.
Le 02 mai dernier, à l'occasion de la cérémonie de cette phase active du DDR des FAFN, le général de brigade Soumaila Bakayoko avait indiqué que " les éléments sont regroupés sur le site du DD (désarmement démobilisation) du 3ème bataillon. Sont concernés par l'encasernement, tout d'abord les éléments Volontaires pour l'Armée Nouvelle qui vont rejoindre les casernes du centre de commandement intégré (CCI), pour servir au sein des brigades mixtes afin de permettre au CCI d'exécuter ses missions. Ensuite, les éléments Volontaires pour l'Armée Nouvelle qui vont rejoindre les casernes militaires des FAFN, pour assurer la défense et l'intégrité du territoire national qui leur incombe. Enfin, les éléments des forces paramilitaires qui vont servir dans les Douanes et les Eaux et Forets. En somme, il s'agit des ex combattants des Forces Armées des Forces Nouvelles, qui au regard des quotas accordés, sont désireux de faire demain carrière dans le métier des armées, au sein des nouvelles forces de défense et de sécurité de Côte d'Ivoire ".
LES DIFFERENTS SITES DES FAFN ET LE PLAN DE REGROUPEMENT DES FAFN
Tout d'abord, le plan, le schéma et le chronogramme est le suivant : le plan du regroupement s'articule autour de six (6) sites de désarmement et de démobilisation (DD) que sont Bouaké, Korhogo et Man, réhabilités et équipés par le gouvernement, le centre de commandement intégré (CCI) et le PNRRC pour une capacité d'accueil de 1000 ex combattants chacun.
Ferké, Kani et Odiénné ont été réhabilités et équipés par l'Onuci. Le plan de regroupement s'articule autour de quatre (4) zones à savoir : le groupe 1 : les zones de Bouaké et de Séguéla, qui vont effectuer leurs opérations de Désarmement et de Démobilisation (DD) sur le site DD du 3ème bataillon pour Bouaké et sur le site DD de Kani pour la zone de Séguéla. Le groupe 2 : les zones de Katiola et de Mankono, qui viendront sur le site DD de Bouaké pour Katiola et sur le site DD de Kani pour la zone de Mankono. Le groupe 3 : Man, Touba et Odiénné dont les sites DD sont à Man et à Odiénné. Le groupe 4 : Korhogo, Boundiali et Bouna, les opérations de DD auront lieu à Korhogo et à Ferkessédougou. Ensuite selon l'effectif de la zone considérée, la capacité du site DD d'accueil et la durée maximale de 6 jours pour les opérations sur le site. Plusieurs rotations vont s'effectuer. Ainsi de façon successive, groupe après groupe, le chronogramme élaboré se déroulera sur 5 mois environ.