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Développement économique / Serge Dédégbé, Pdt de Manageria International Corporated : “L`Afrique refuse le développement…”

 

 
 
 mardi 13 mai 2008 - Par Le Nouveau Réveil Taille des caractères

    

Du 18 au 22 Mai prochain, a lieu à Cape Town en Afrique du Sud, le premier forum économique féminin, sur le thème "Femme, réservoir de croissance économique". Serge Dédégbé, Président de Manageria International Corporated, en donne des précisions.
En quoi consistera ce forum ?
C'est le premier forum économique des femmes leaders, chefs d'entreprise. Il va rassembler toutes les femmes chefs d'entreprise du continent africain. Ce forum va consister à discuter du rôle de la femme dans le développement économique des pays africains. Et le thème en dit long. Il voudrait dire qu'aujourd'hui, les femmes doivent s'organiser pour constituer un véritable réservoir de développement. C'est-à-dire qu'elles doivent devenir, par le jeu du reseautage, du networking, une force économique sur laquelle le continent doit compter pour son développement. Comme le réseau des hommes le fait déjà. Quels seront les points forts de cette rencontre ?
C'est d'abord faire le point des entreprises de femmes sur le continent. Que se passe-t-il dans chaque pays ? Quelles sont les femmes influentes qui participent au développement économique ? Le deuxième aspect, c'est de voir comment les femmes peuvent s'organiser en de véritables réseaux efficaces sur le continent pour attirer et bénéficier des investissements privés, publics, internationaux ou multilatéraux. Le 3e axe, ce sont les échanges entre les femmes d'entreprises elles-mêmes. Il y a beaucoup de femmes ayant de bons produits sur le continent et qui ont besoin de trouver des clients naturels dans d'autres pays africains. Donc, que peuvent-elles faire ensemble. Est-ce qu'elles peuvent constituer un véritable vivier. Au sortir donc de ce forum, les femmes doivent se connaître un peu mieux.
Comment est né ce forum ?
C'est une question importante. La participation des femmes à la vie économique, politique, au développement économique des pays africains est un sujet d'actualité. Depuis quelques années, on peut même remonter à la conférence de Beijing, et qu'on parle aujourd'hui de plus en plus de quotité en matière de représentativité des femmes, certains parlent de 30%, certains souhaitent qu'on pousse cela jusqu'à 50%, dans les instances dirigeantes des pays africains. Mais il est vrai que le combat pour les femmes, pour une participation plus accrue des femmes au développement des pays africains est important. Mais depuis quelques années, on ne voit que l'aspect politique. Et pourtant, il est important de savoir qu'il n'y a pas de développement véritable sans développement économique. Les femmes doivent aussi conquérir un certain leadership dans les affaires, dans les secteurs économiques. Donc c'est pour renforcer la visibilité des femmes dans le secteur économique que ce forum a été initié par les femmes du continent elles-mêmes, avec à leur tête, les femmes de l'Afrique du Sud. C'est d'ailleurs pour cela qu'il se tient à Cape Town en Afrique du Sud. Il faut qu'il y ait accroissement des femmes dans le développement économique. Voilà comment est née l'idée d'organisation de ce forum.
Prévoyez-vous un suivi de la mise en œuvre des résolutions après ces assises ?
Naturellement, je ne parlerai même pas de résolutions. Ce n'est pas un forum politique. C'est un forum économique qui réunit des femmes pour échanger, pour voir quel type de partenariat on peut développer. Il y en a en Afrique au lieu d'aller chercher en Amérique, en Europe. Certes pour des questions de reseautage, il y aura des résolutions, mais ce sont des femmes qui se rencontrent d'abord pour faire des affaires, échanger des produits, échanger et des affaires, se connaître, parler de leurs propres affaires, donc cela suffit pour que le forum lui-même ait toute sa valeur. Les conventions signées vont s'appliquer. Quelle est votre vision de la femme, d'ici à quelques années, en tant qu'homme ?
Excellente question. Ma vision de la femme dans quelques années, dans 10 ans, 15 ans… c'est une femme autonome, capable d'assumer toutes les responsabilités économiques, sociales, politiques, culturelles qu'un homme peut assumer. Qu'elle soit capable de diriger et avoir les niveaux de responsabilités qu'un homme. Une femme est un être humain à part entière et non pas entièrement à part. Elle est dotée des mêmes facultés intellectuelles, spirituelles, physiques, et elle doit se donner les moyens de les exprimer totalement. Dieu nous a créé homme et femme. On peut considérer que le monde est actuellement déséquilibré parce que majoritairement dirigé par les hommes. Les femmes doivent venir créer l'équilibre, avec leur sensibilité. Il faut que la femme émerge comme une véritable force de développement Comment voyez-vous le rôle de la femme dans le développement durable de l'Afrique ?
La femme est un facteur de développement durable. Et le développement durable, c'est de pouvoir exploiter toutes les opportunités et toutes les chances de progrès économique, social de l'humanité sans compromettre les chances des générations à venir. Et la femme étant mère, elle ne peut pas exploiter toutes les opportunités de progrès économiques au point de compromettre celles de ses enfants. Elle devrait être plus consciente du développement durable parce que ce type de développement est l'avenir de ses enfants, de nos enfants, des générations futures. Donc la femme est au cœur de la problématique du développement durable, elle doit être actrice. Et nous pensons que c'est une question qui sera naturellement abordée au cours de ce forum.
L'Afrique est-elle capable de développement durable ?
Je dirais que l'Afrique a une prédisposition au développement durable. Elle se bat depuis pratiquement quatre décennies pour se développer. Mais on n'a pas encore atteint un niveau de développement acceptable à part des pays tels que l'Afrique du Sud, le Nigeria, la Tunisie, la Côte d'Ivoire, malgré les difficultés. Comme j'ai l'habitude de le dire, il n'y a pas de développement aujourd'hui sans la valeur humaine. Alors, nous sommes à ce stade parce que tout simplement, nous ne pensons pas vraiment encore le développement.
N'est-ce pas parce que l'Afrique refuse en quelque sorte le développement ?
Oui et non. Oui parce que les Africains en général, traînent encore une mentalité qui renie le développement. Il n'y a pas de développement sans travail, sans travail organisé, sans création de richesses de façon structurée et selon une vision. Aujourd'hui, presque tous les pays africains, à part quelques uns, ne sont pas dans cette logique. L'Africain ne travaille pas assez, ne travaille presque pas du tout. Seul le travail développe un pays, un continent. Pour que les Etats-Unis soient ce qu'ils sont aujourd'hui, il a fallu que les gens travaillent. Vu cet angle, les Africains refusent le développement et ils vont continuer à refuser le développement jusqu'au jour où ils se rendront à l'évidence que seul leur travail peut leur permettre de se développer. Dans le même temps, on ne peut être affirmatif de façon catégorique que les Africains refusent le développement. Parce qu'il y a une autre Afrique qui gagne, qui pense autrement, qui se bat, qui travaille, c'est l'Afrique de tous les chefs d'entreprises, qui s'engagent dans la création de richesses, c'est aussi tous ces Africains qui, à travers le monde, croient que l'Afrique, par le travail peut se développer, et offrir le progrès économique et le bonheur social à ses enfants. Mais ces Africains sont peu nombreux, souvent incompris. Alors viendra le moment où la tendance sera renversée. Et ce temps n'est plus loin.
Propos recueillis par
P. Tadjau

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