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Scandale - Des déchets toxiques au Port et à Abobo? Une nouvelle procédure engagée contre Trafigura

 

 
 
 mardi 13 mai 2008 - Par Le Jour Taille des caractères

    

Le scandale des déchets toxiques est en passe de rattraper ses auteurs qui croyaient s’être tirés définitivement d’affaire. L’Union des victimes des déchets toxiques d’Abidjan et banlieue s’est attaché les services du bâtonnier Me Mario Stasi pour obtenir de la société Trafigura une seconde indemnisation. Encore que ses investigations révèlent que “ des déchets toxiques sont stockés dans les canalisations au Port d’Abidjan, à l’abattoir d’Abobo, etc ”. Ouattara Boubacar Marving, président de l’Union, fait le point.

L’Etat ivoirien, il y a près d’un an a entrepris le dédommagement des victimes des déchets toxiques. Quel bilan faites-vous de cette opération, à votre niveau ? Le bilan que nous pouvons déjà faire à notre niveau émane du trésor public. A la date du 25 février 2008, seulement 51,36% des victimes ont été indemnisées pour un montant de 9 milliards cinq cent quatorze millions huit cent mille francs Cfa, sur vingt milliards sept cent quatre-vingt mille francs Cfa. Donc sur 95 mille 247 personnes, on note 51,36% des victimes ambulatoires indemnisées. Mais au niveau des décédés, pour un total de 16 victimes, 85,5% ont reçu leur dû et des 75 personnes hospitalisés 47 ont été indemnisées. En dehors de cette catégorie, toutes les victimes économiques du secteur informel qui sont au nombre de 20 entreprises ont été indemnisées à hauteur de 1 milliard 528 millions 789 mille 216 Fcfa. Pour ce qui concerne les victimes humaines du secteur informel, je veux parler des éleveurs, des agriculteurs, les garagistes sur les 273 victimes, 203 ont été indemnisées soit 73,36% Etes-vous satisfaits ? Nous ne sommes pas satisfaits parce que sur les 95 mille 247 victimes, il n’y a que 51,36% indemnisées. Nous disons que la grille d’indemnisation ne nous sied pas, parce que toutes les victimes n’ont pas eu les mêmes sévices corporelles. Il y a eu des erreurs sur les noms dans les hôpitaux, et dans cette période très critique, on ne pouvait pas écrire avec exactitude tous les noms, il aurait fallu qu’avant la publication des listes des victimes, faire un bilan des enregistrés. Et cela pose problème aujourd’hui. Donc à quel niveau se trouve aujourd’hui le problème ? Chaque fois que les victimes après avoir répertorié leurs noms et qu’elles se rendent dans les trésors indiqués, il se pose un problème d’orthographe ou d’âge. On se rend compte qu’ils n’ont pas pris le temps de bien faire les listes en vérifiant les noms exacts avant publication. Aujourd’hui ceux qui ont à charge de payer les indemnisations sont obligés de faire appel aux victimes pour venir chercher leur argent. Cela pose problème. On n’a pas besoin de dire à quelqu’un de venir chercher son argent s’il n’y a pas problème. Que comptez-vous faire en pareille situation ? Nous sommes impuissants. Parce que depuis le départ, nous avons dit à la cellule présidentielle de prendre le temps et de retourner dans les hôpitaux afin de réparer toutes les erreurs en rencontrant les victimes. Aujourd’hui, le travail est bâclé. C’est un travail inachevé. Quel est l’état de la dépollution des sites contaminés ? Sur certains sites, le travail est presque fait. On ne sent plus d’odeur. Mais au niveau du village Djibi vers l’abattoir d’Abobo, les déchets y sont encore stockés. Et nous en trouvons une grande quantité encore stockée au Port d’Abidjan, dans les canalisations. La société française Trai chargée de dépolluer le site du village Djibi a plié bagages laissant les déchets. Est-ce pour cette raison que Me Mario Stasi, avocat à la Cour d’appel de Paris a effectué le déplacement jusqu’à Abidjan ? Le bâtonnier Mario Stasi a effectué le déplacement sur Abidjan à l’invitation de notre association Union des victimes d’Abidjan et banlieue. Pour quelle raison Trafigura qui a pollué Abidjan a indemnisé les victimes à hauteur de 100 milliards, mais nous les victimes nous ne sommes pas satisfaits. Il y a trois catégories de victimes : les victimes mal indemnisées, les victimes non indemnisées et les victimes non reconnues. C’est pour cette raison que nous avons fait venir le bâtonnier afin “ qu’il engage une poursuite contre Trafigura ”. Cela pour que les victimes soient indemnisées à la hauteur du crime. Qu’a-t-il fait durant son séjour à Abidjan ? Il a rencontré le procureur de la République, le bâtonnier de l’ordre des avocats et des personnalités politiques. Par la suite, il a visité les sites du déversement des déchets toxiques, Vridi où le bateau Probo Koala a accosté, puis il a rencontré les victimes à Abobo. Que retenir de cette visite ? Nous relevons que les déchets sont encore là, ils continuent de tuer à Vridi, à la Djibi. Les gens continuent de souffrir et d’être contaminée. Me Mario Stasi a promis de tout faire pour que les victimes soient indemnisées à la hauteur du crime commis en Côte d’Ivoire. Nous lui faisons confiance, car en 1992 lorsque le président Laurent Gbagbo alors opposant était en prison, c’est lui qui l’a défendu. Après le coup d’Etat de 1999, c’est lui qui a plaidé pour le retour d’exil du président Henri Konan Bédié. Il était au Tchad dans le cas de l’arche de Zoé. Nous pensons que c’est l’homme qu’il faut pour la situation, surtout que le président-directeur général de Trafigura est Français. Vous avez vraiment espoir ? Nous avons espoir. Nous avons beaucoup d’espoir.


Interview réalisée par Edouard Gonto Coll : Hervé Makré

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