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Présidentielle 2008 / Pierre Deschamps Oré, directeur de campagne de Nicolas Dioulo et membre du Cnrd - « Gbagbo perdra les élections si… »

 

 
 
 mardi 13 mai 2008 - Par Le Jour Taille des caractères

    

Au moment où la Côte d’Ivoire amorce relativement la dernière ligne droite vers la tenue des élections de sortie de crise, le directeur de campagne de Nicolas Dioulo, dont le parti, la Naci est membre du CNRD, Congrès National de la Résistance pour la Démocratie, M. Pierre Deschamps Oré sort de sa réserve. Dans son franc-parler, il analyse la situation socio-politique, soulève les questions de principe et de cohabitation au Cnrd. Non sans mettre le candidat Laurent Gbagbo en garde face à l’enrichissement insolent de personnes dans son entourage. Gravement, déclare, Pierre Deschamps Oré, “ Laurent Gbagbo perdra les élections si… ”

Le Gouvernement a fixé la date des futures élections au 30 novembre 2008. Vos impressions ? La Nouvelle Alliance de Côte d’Ivoire (NACI) se réjouit de la fixation de la date des élections. C’est déjà un pas très important dans le processus de sortie de crise. Il faut que ces élections aient lieu pour que la Côte d’Ivoire se dote d’un Président qui sera reconnu par tous, qui sera incontesté et qui aura fait l’unanimité du vote. Vu le poids et l’expérience des grands partis politiques comme le PDCI et le RDR pour ne citer que ceux-là, ne pensez-vous pas que la NACI est partie pour faire de la figuration ? Là je vous dirai, pas du tout ! Nous avons vu les élections de 2000 au cours desquelles Nicolas Dioulo a fait un très bon score. C’est vrai qu’en ce moment-là, je n’avais pas été responsabilisé comme Directeur de Campagne, mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. Pour quelqu’un qui venait d’arriver sur l’échiquier politique, avec un nouveau programme de Gouvernement, contre des candidats et non des moindres comme feu le Général Robert Guéi, qui était président en exercice, et Laurent Gbagbo. C’est en cela que nous nous réjouissons de la fixation de la date au 30 novembre 2008, parce que nous allons prouver ce que nous valons sur l’échiquier politique. C’est toujours facile de s’asseoir et d’affirmer que tel ou tel parti politique ne représente rien. Nous à la Naci, nous prenons tous les partis politiques sur un pied d’égalité. J’ai mal quand des gens parlent de petits partis politiques. Nous n’avons pas peur. Nicolas Dioulo est candidat à la prochaine présidentielle de novembre 2008 et on verra bien qui représente quoi. Nicolas Dioulo est candidat pour le bonheur du peuple ivoirien d’abord. C’est plutôt du peuple que nous devions avoir peur, c’est sa réaction qui nous inquiète et non celle des autres candidats. Le plus important pour nous, c’est la volonté du peuple. Laissons donc le peuple nous évaluer Comment expliquez-vous votre entrée au CNRD ? Si nous sommes au CNRD, c’est parce que nous représentons un poids politique. Nicolas Dioulo, c’est plus de 80 000 voix à l’élection présidentielle de 2000. Nicolas Dioulo, c’est quand même le fils de Anthonin Dioulo qui fut le chef de village d’Abidjan. Il n’est pas sorti de nulle part, il a occupé de hautes fonctions au sein de l’UNESCO avant de venir prendre sa retraite au pays. S’il est sorti de sa retraite pour le peuple, c’est parce qu’il a senti que le besoin se faisait sentir. Il était nécessaire qu’à un moment donné, des gens comme lui, se décident à dire que trop c’est trop, allons travailler pour le peuple, pour son bien-être, pour son avenir et sa réussite. Il faut situer notre présence au CNRD dans un cadre bien précis. Nous sommes au CNRD parce que nous avons choisi le camp de la République. S’il n’y a pas de République, il n’y a pas d’élections. Nous avons choisi le camp de la République pour faire régner la démocratie au sens propre du terme, afin que les élections aient lieu avec des personnes démocratiquement élues. Si nous avons été acceptés, c’est parce qu’ils savent que nous avons du monde derrière nous, nous avons le peuple et nous représentons une histoire. Ce n’est pas parce que vous êtes au CNRD que vous vous confortez dans votre position d’un parti incontournable ? Ce n’est pas parce que nous sommes au CNRD qu’aujourd’hui on n’a pas peur. Nous sommes conscients de notre représentativité sur le terrain politique. C’est de cela que je parlais tantôt. Donc, il faut que nous respections cette date du 30 novembre 2008 pour le bonheur du peuple ivoirien et vous verrez. La Naci est au Cnrd et Nicolas Dioulo est candidat tout comme le président Gbagbo. N’ y aura-t-il pas contradiction ? D’abord il est mieux de quitter sur le terrain de la rumeur et les ragots que les gens colportent comme la vérité. Pour nous à la Nouvelle Alliance de Côte d’Ivoire (NACI), Gbagbo ne sera candidat du CNRD que quand au sortir d’une réunion, il sera proclamé de façon officielle comme le candidat du Cnrd. Ou encore lorsque Gbagbo demandera au Cnrd de l’investir. Les gens racontent des choses qu’ils ne savent pas. Lorsque Gbagbo s’est rendu au siège du Cnrd pour la première fois depuis sa création, il n’a jamais dit qu’il était le candidat du Cnrd. Il a tout simplement demandé aux gens du Cnrd d’aller partout afin que les élections se tiennent, d’œuvrer à l’aboutissement de l’accord de Ouaga. Mais il n’a jamais dit qu’il était le candidat du Cnrd. Le Cnrd est une association hétéroclite, qui regroupe des partis politiques, des organisations de la société civile et même des syndicats. Un syndicat n’a pas pour vocation des élections à la présidentielle tout comme la société civile. Il faut qu’on situe ce cadre. Le Cnrd est un cadre de résistance, et seuls les partis politiques membres du Cnrd aspirent à l’élection d’un candidat à la présidentielle. Pour moi, ce débat doit se faire au sein de ce que j’appelle la conférence des responsables politiques du Cnrd. Il faut qu’au plus haut niveau, nos responsables se retrouvent, s’asseyent, discutent et fixent des clauses. Nous à la Naci, tant qu’il n’y aura pas ça, notre candidat reste toujours Nicolas Dioulo. Mais nous n’écartons pas les discussions, nous restons ouvert au dialogue. Qu’est ce que le Cnrd nous propose, qu’est ce que le Président Gbagbo nous propose en échange? Voilà les attentes de la Naci. Si le FPI venait à tomber pendant ces élections présidentielles, ce serait la chute du Cnrd… Il faut situer deux choses dans un premier temps. La vocation première du Cnrd, ce n’est pas de gagner des élections présidentielles. Le Cnrd aura réussi sa mission et l’aura terminée, le soir des élections, il faut qu’on soit bien clair là-dessus. Dès lors que les élections présidentielles ont eu lieu, que la rébellion est terminée, le Cnrd n’a plus sa raison d’être. Il faut qu’au sortir de ces élections le Cnrd revoit sa copie, sa collaboration et sa raison d’être. Sa raison première c’était la résistance, c’était le combat pour la survie des institutions de la République. Dès que les institutions sont réinstallées, reconnues internationalement et réhabilitées le Cnrd aura terminé sa mission. Chacun devrait s’attendre à retourner à sa chapelle d’origine, mais au-delà de tout ça, cela n’empêche pas que des gens qui ont ensemble résisté envisagent un avenir commun. Si aujourd’hui, vous dites que le FPI perdrait, moi je dirais, pas sûrement. Si le FPI sort victorieux de ces élections, ou un organe du Cnrd sort gagnant de ces élections, je pense qu’il va de soit qu’il continue de collaborer avec ceux qui l’ont aidé ; parce que c’est sur la base de la résistance que les élections ont pu se faire et un président a pu être élu. Au FPI, on entend dire, « on gagne ou on gagne », alors qu’il y a des partis politiques comme le PDCI, le RDR…même si vous êtes de la Naci, vous pouvez quand même faire la lecture de ces trois forces s’affrontant lors d’une élection... Je pense que le FPI gagnerait à faire preuve de beaucoup d’humilité. La victoire n’est pas aussi évidente qu’ils se le font croire eux-mêmes. Le PDCI est un gros morceau, c’est vrai de dire qu’il n’a aucune inquiétude à aller à ces élections parce que dans tous les cas, il y gagnera quelque chose. C’est le seul parti le mieux implanté qu’on le veuille ou pas et capable de gagner quelque chose. C’est très important de le préciser. Pourquoi ? Le PDCI est affilié au RHDP. Si ce parti se retrouve au 2è tour avec le FPI il bénéficierait de toutes les voix du RHDP. Il bénéficierait de toutes les voix de report entre les deux tours, mais il bénéficierait de toutes les voix des votes sanctions qui sont dues à la mauvaise gestion du pouvoir par le FPI. Je suis de ceux qui pensent que, si deuxième tour il y a entre le FPI et le PDCI, le PDCI passera. A moins que le FPI mette de l’ordre dans ses rangs en se débarrassant de tous ceux qu’on appelle refondateurs, avant les élections. Si nous arrivons aux élections à l’état actuel des choses avec le FPI et ses nouveaux riches, je vois mal le FPI. Parce que tout ce que les refondateurs font aujourd’hui c’est ce que Gbagbo avait critiqué hier sous le PDCI. Maintenant si des gens ont cette conduite sous son régime sans qu’il ne les sanctionne, c’est lui que le peuple voit, c’est lui que le peuple a voté pour mettre de l’ordre. Ce ne sont pas les refondateurs, ces nouveaux riches. C’est pourquoi, il y a lieu qu’il fasse un nettoyage de sa maison politique, et de tous ceux qui sont proches de son parti pour pouvoir mieux affronter les élections. Les chanteurs Yodé et Siro ont déjà donné le ton. Il lui suffira de mieux écouter et comprendra qui veut son bien et qui ne veut pas son bonheur parmi ceux qui le côtoient. Je disais que nous ne sommes pas fermés à la discussion mais je ne suis pas prêt, et ça, ça n’engage que moi, à soutenir le FPI avec les refondateurs. Je suis prêt à soutenir un FPI assaini des gabegies, des détournements des deniers publics, de tous ceux qui traînent avec eux des casseroles, je suis prêt à soutenir un FPI qui aura d’abord fait sa propre lessive. A la Naci, nous irons avec les militants du FPI et pas avec ceux qui traînent avec eux des casseroles sales. A vous entendre parler, on a l’impression que vous en voulez terriblement à ceux qu’on appelle les refondateurs qui sont des militants du FPI ? Écoutez, ce que je pense, c’est ce que pense le citoyen lambda. Le citoyen qui n’a pas la chance de s’exprimer à travers un journal. Je ne suis que le porte-parole des voix sans voix. Et n’oubliez pas que je suis Directeur de campagne d’un parti politique. Il faut distinguer deux cas au FPI. Il y a eu ceux que l’on a connus militants pauvres et qui sont aujourd’hui modestement rémunérés et qui sont toujours militants du FPI, et les refondateurs qu’on a connus pauvres et qui sont excessivement riches aujourd’hui. Quand je dis excessivement riches, je pèse mes mots. Parce que quand on était simple professeur et qu’aujourd’hui on est milliardaire, il y a bien des choses qui se sont passées. Personne sous nos tropiques ne peut être aussi riche avec un salaire mensuel et c’est ce qui a besoin d’être clarifié au sein du FPI. Il faut que Gbagbo nous fasse un bilan de la gestion de ses hommes. C’est ça aussi la transparence et la démocratie. Qu’il le veuille ou non il est co-responsable des actes qu’ils posent, parce que c’est sa signature qui les a mis là où ils sont. Laurent Gbagbo gagnerait à se distinguer de la manière dont ses hommes se conduisent. Je crois que les journaux qui écrivent tout ça ne font pas du mal au FPI. Il faut que le FPI se rappelle d’où il vient, et ne pas prendre pour prétexte la crise. D’ailleurs, s’il s’appuie sur la crise, il s’enfonce. Parce qu’on ne peut pas être en crise et rouler carrosse. Ce que je dis n’engage que moi, mais je pense que c’est un préalable à sa victoire. Est-ce que ce n’est pas pour régler vos comptes au FPI que la Naci est allée au Cnrd ? Si c’est ce que vous considérez comme des règlements de compte, je suis désolé. Ce sont des critiques objectives qui ne souffrent d’aucune contestation. A moins qu’au FPI, on me dise le contraire. Sinon à la Naci, nous n’avons pas de problèmes avec le FPI. Peut-être que c’est le Président Gbagbo qui a des problèmes avec notre Président, Nicolas Dioulo. Qu’est-ce qui vous fait dire cela ? Dans l’opposition, Gbagbo ne passait pas un seul jour de repos à Paris sans rendre visite à Nicolas Dioulo. Mais depuis qu’il a été élu, il n’a jamais reçu notre président ; pourtant Dioulo est de ceux qui lui ont apporté le soutien juste après son élection. Il aurait pu faire comme Guéi et dire que Gbagbo n’a pas été élu, mais bien au contraire, il lui a apporté le soutien. Et ce soutien, il continue de le lui apporter par les actes qu’il pose au Cnrd. Je pense que c’est parce que Gbagbo n’a pas été reconnaissant avec Dioulo qu’il se sent gêné. Au regard de ce que je viens de dire, c’est Gbagbo qui a un problème avec Nicolas Dioulo, sinon la Naci n’a pas de problèmes avec le FPI. En venant au Cnrd, ce n’est pas la personne de Gbagbo que nous avons regardée, c’est les institutions de la République qu’il incarne. Quelles sont vos relations avec Charles Blé Goudé, symbole vivant du soutien à Gbagbo. Bien plus, lui aussi soutient les institutions de la République ? Charles Blé Goudé est mon frère. Mais il m’a déçu lorsque les femmes ont marché contre la cherté de la vie. Il aurait pu être aux côtés de ses femmes là, qu’on n’aurait pas eu d’incidents malheureux. Je sais que c’était une action spontanée. Mais aussi spontané soit-elle, Blé est le ministre de la rue, Blé c’est le patron de la rue. Lorsque des femmes prennent la rue pour une bonne cause, j’aurais apprécié qu’il soit à leurs côtés. Blé c’est un charismatique, c’est le leader de notre génération et toute la jeunesse le sait. Il aurait été aux côtés de ces dames-là, on n’aurait enregistré aucun cas de bavure policière. Il faut qu’ensemble avec lui nous arrivions à remporter la victoire de la jeunesse, c’est le plus important. Je suis de tout cœur avec lui et je l’encourage vivement à reprendre sa place dans la rue pour des causes nobles. Je tiens à le féliciter pour ce qu’il vient d’initier, quant au financement des micro-projets pour la jeunesse. C’est vrai qu’après il est venu, mais il faut qu’il arrive à canaliser la rue comme il l’a toujours fait pour des causes justes. Un mot sur les élections et à l’endroit des candidats ? Mon mot va à l’endroit de tous les autres candidats. Je voudrais leur dire que nous ne sommes pas des ennemis, nous sommes d’abord et avant tout des frères. Des frères qui ont une vision différente de l’avenir de la Côte d’Ivoire qui est notre famille commune. C’est vrai que les méthodes sont différentes, les manières aussi, mais l’objectif reste le même. C’est l’amélioration de la condition de vie du peuple, la survie nationale. Pour cela, il faut que chacun y mette du sien. C’est vrai que la Naci n’a pas signé le code de bonne conduite pour les élections, mais nous nous engageons à en respecter l’esprit. A tous les candidats, je voudrais leur dire qu’ils se souviennent que nous sommes un, pour un seul pays. Et notre avenir commun, c’est la survie de la Nation.


Interview réalisée par Alexis Tannoh

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