A l’issue de la 3ème réunion du CPC, vendredi à Yamoussoukro, le Premier ministre s’est prêté à quelques questions de RFI. Guillaume Soro explique que “la date du 30 novembre ‘’est une bonne date pour tenir les élections’’. Il souhaite par ailleurs que la communauté internationale tienne ses promesses de financement du processus électoral.
•La 3ème réunion du Cpc vient de s’achever sur des résolutions vers des élections. Est-ce que cette fois-ci on peut dire que tout semble effectivement réuni pour des élections le 30 novembre ?
Vous savez, en tout cas, depuis que je suis Premier ministre, les reports s’il y en a eu, étaient forcément dus à des questions techniques, logistiques ou matérielles. Ces reports n’étaient pas dus à un manque de volonté politique. Cette fois, les acteurs politiques donnent en tout cas le sentiment, de façon consensuelle, d’aller à ces élections. C’est pourquoi, je pense que la date du 30 novembre 2008 qui est une date fixée consensuellement par tous les acteurs politiques de Côte d’Ivoire est une bonne date pour tenir ces élections.
•C’est vrai que les audiences foraines ont démarré, sont presque même à leur terme. Jusque-là, le recensement électoral lui-même n’a pas encore démarré. Est-ce que tout ça pourra se faire assez rapidement ?
Alors ce qu’il faut déjà savoir, c’est que le recensement électoral ne peut démarrer que si les audiences foraines arrivent à échéance. Et ces audiences foraines arriveront à échéance le 15 mai. Ce qui laisse à penser que le recensement électoral pourrait démarrer à la fin du mois de mai ou en début juin.
•Le communiqué de presse du CPC parle de difficultés de financement du processus électoral alors que la communauté internationale a annoncé qu’il y a 115 milliards de francs Cfa qui sont déjà disponibles. On ne comprend pas.
Le tout n’est pas d’avoir de l’argent disponible. Le tout est de l’avoir au moment opportun pour servir la cause. Or, en l’état actuel des choses, nous avons signé un accord avec le PNUD (Ndlr, Programme des Nations Unies pour le développement) qui va gérer les fonds pour les élections. Pour le moment, dans le ‘’basket funds’’ nous n’avons pas encore cet argent qu’on nous a annoncé.
•En clair, vous voulez dire qu’on est toujours au stade des promesses.
En tout cas, pour le moment, ni le trésor public ivoirien, ni la caisse logée au PNUD n’ont enregistré les contributions dont il est question.
•Vous avez besoin de combien ?
Pour le processus électoral, aux dires du président de la Commission électorale indépendante, nous avons besoin de 36 milliards pour financer les élections. C’est-à-dire le scrutin présidentiel, les législatives. Alors pour l’instant, il semble qu’il y a encore un gap à rechercher. C’est pourquoi nous lançons l’appel au monde financier, aux bailleurs de fonds pour nous aider à combler le gap qui reste à rechercher.
•Vous avez lancé le désarmement et la démobilisation des ex-combattants, est-ce que là aussi vous avez l’argent pour accompagner ce processus ?
Ce processus est financé sur les fonds de l’Etat de Côte d’Ivoire et sur d’autres fonds à chercher. En ce qui concerne la partie ivoirienne, elle a commencé à être exécutée. Ce qui nous a permis de lancer le processus. Naturellement et parallèlement à ce processus, il s’agira de mettre en œuvre le service civique national, le Programme national de réinsertion et de réhabilitation communautaire et ce sont des services pour lesquels la communauté internationale a été sollicitée. Des promesses ont été faites. Nous attendons qu’elles se matérialisent.
•Est-ce que vous ne craignez pas que les bailleurs de fonds imposent des conditionnalités qui vont alourdir donc le processus de financement de la sortie de crise ?
Ce sont eux qui ont leur argent et c’est la Côte d’Ivoire qui les sollicite. Bien entendu, l’une de leurs préoccupations est que ces fonds soient gérés de la façon la plus rigoureuse et transparente possible. Donc, on peut comprendre qu’ils veuillent être regardants sur la façon de gérer ces sommes. Mais, s’il ne s’agissait que l’argument ancien qui était de dire qu’il fallait que les Ivoiriens montrent du sérieux dans le travail, et qu’il y ait des acquis, je pense que les acquis aujourd’hui sont là, sont visibles. C’est donc le moment pour que ces bailleurs de fonds aient plus de flexibilité pour permettre à la Côte d’Ivoire d’avancer de façon irréversible aux élections. Parce que toute hésitation de la communauté internationale pourrait amener à des crispations, à des risques de blocages de ce processus.
•Monsieur le Premier ministre, il y a quelques jours, il y a eu quelques bisbilles entre le parti présidentiel et les Forces nouvelles. Est-ce qu’aujourd’hui tout a été aplani ?
J’étais absent, j’ai entendu dire par propos de presse interposée ce qui se passait. Mon rôle, c’est de réconcilier. Je lance un appel aux acteurs politiques ivoiriens. Nous avons eu pendant cinq, six ans, le temps d’exceller dans l’invective. Nous avons eu pendant six ans le temps de nous mesurer dans les injures, je pense qu’aujourd’hui il faut de la responsabilité.
•Au sein des Forces nouvelles récemment, il y a eu des remous aux relents financiers. Est-ce qu’aujourd’hui, tous vos ex-combattants sont prêts pour aller vers la démobilisation ou le désarmement ?
Alors, je n’ai pas connaissance de ce que vous affirmez. Mais, je sais que j’ai été déjà à Bouaké, j’ai eu une réunion avec tous les hauts responsables des Forces nouvelles. Personne ne m’a dit s’opposer au processus de paix. Ceci dit, c’est que aussi bien le programme de désarmement que la question de l’unicité des caisses de l’Etat, ces questions doivent faire l’objet de débats, de discussions, d’accords. Ce n’est qu’après cela que tous ces processus peuvent être lancés. Et je pense que j’ai eu raison d’avoir parlé avec les Forces nouvelles puisque aussitôt après, le regroupement a atteint une vitesse de croisière et l’unicité des caisses de l’Etat devient une réalité dans ces régions.