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Ali Keita (Homme politique): “Il faut aller très vite au désarmement”

 

 
 
 mercredi 14 mai 2008 - Par Le Temps Taille des caractères

    

Remous
de Abidjan.net par Prisca
Mardi 19 juin 2007. Hôtel du Golf, Abidjan Cocody. L`ex-conseiller diplomatique du président du RDR annonce son départ et en donne les raisons. Ici avec Ali Kéita (premier plan)
Dans cette seconde et dernière partie de son interview, l`homme politique Khalil Ali Kéita parle de l`organisation des FN dans les zones CNO, de l`état de dégradation des infrastructures de cette région et de la nécessité d`aller vite au désarmement.

Le processus de désarmement des Forces nouvelles vient de commencer. Il va s`étendre sur 5 mois. Que pensez-vous de l`engagement des Forces nouvelles ?

Il y a une chose que je ne cesse de dire aux Ivoiriens. Ce processus est irréversible. Soit vous vous impliquez et ça se fait avec vous, soit vous refusez et ça se fait contre vous. Que le désarmement se fasse sur trois mois, sur cinq mois, l`essentiel, c`est que le désarmement doit se faire. Le processus est irréversible. Maintenant le délai de cinq mois, je pense qu`ils l`ont réellement pensé. Vous savez, ce qui est important, c`est de connaître les réalités du terrain. Moi, je viens du Nord. J`ai fait deux voyages au Nord où j`ai pratiquement fait plus d`un mois. Et j`ai fait toutes les petites contrées. D`abord, je voudrais m`inscrire en faux contre ce qu`on appelle le racket dans la zone FN, c`est faux !
Voulez-vous dire vraiment qu`il n`y a pas de racket là-bas ?
Dans la zone FN, vous trouvez des jeunes aux barrages, qui vous disent : "il faut me donner quelque chose", ou "achète-moi quelque chose", "j`ai besoin de thé pour veiller". Mais à part quelques écervelés, ces demandes se font avec beaucoup de politesse. Et généralement, quand c`est comme ça, vous êtes en clin à leur donner 200 F. Concernant ce que certains ont appelé le racket, c`est une rationalisation de leur fonctionnement quand ils étaient dans la rébellion. C`est-à-dire, les camions qui empruntaient les routes, devaient payer une sorte de taxe. Je vais vous surprendre. Moi, je ne suis pas contre les taxes routières, si elles sont organisées même au niveau national. Quand on a inauguré l`autoroute du Nord, j`étais à l`époque le Directeur de Cabinet de M. Dioulo Emmanuel, qui était maire de la ville d`Abidjan. Avant l`inauguration, nous sommes allés voir le Président de la République pour lui dire qu`il fallait mettre une sorte de payage sur certaines autoroutes. Concernant l`autoroute du Nord, il fallait mettre une sorte de payage de l`ordre de 200 à 500 F. Et les transporteurs étaient d`accord puisqu`on avait fait un sondage. Pour eux, si la taxe pouvait aider à continuer l`autoroute, il valait la peine de l`instituer. Mais, vous connaissez le Président Houphouët, il a eu une de ces réactions violentes, en nous disant : " il n`en est pas question ! On n`est pas au Ghana ici !" Parce que l`autoroute de Téma se payait, " nous avons suffisamment d`argent pour faire continuer l`autoroute sans faire payer ". La suite on la connaît. La suite, c`est qu`on n`a pas d`argent ?
Oui. Parce que aujourd`hui, c`est sur la première couche de l`autoroute que nous continuons de rouler. Les Suisses devaient faire une deuxième couche. Il y avait même une pancarte qui indiquait la période de pose de cette deuxième couche. Donc la première couche qui était mise devait servir d`essai. On devait laisser circuler les voitures là-dessus afin de déceler les corrections à faire. Mais finalement, on a enlevé la pancarte et la première couche de l`autoroute est devenue définitive, parce qu`on n`avait plus les moyens. Ça c`est le problème de la Côte d`Ivoire. On gère le quotidien, on n`anticipe pas. Et on ne se projette pas non plus dans l`avenir. Donc quand les Forces nouvelles avaient instauré ces taxes sur les camions - j`ai vu les prix des taxes, c`était 3000 FCFA pour ces camions, etc -, c`était un fonctionnement interne. On ne peut pas appeler cela racket. Parce que ça n`allait pas dans la poche d`individus nommés, mais dans les caisses de leur organisation. Donc aujourd`hui, Dieu merci, ces choses sont levées. Evidemment ça ne se lève pas du jour au lendemain. Ce n`est pas un bâton magique. Cela a dû laisser des séquelles et il y a même quelques-uns qui n`ont pas encore compris. Quand vous entrez à Korhogo, ils vous disent de payer une taxe de 400 F pour le billet. J`ai les billets dans la voiture. Moi, je paye, même quand j`ai un laissez-passer des Forces nouvelles.
Pourquoi payez-vous quand même ?
Je paye parce que quand j`ai revu Korhogo de Fozié, c`était un autre visage de Korhogo ! Les rues sont impeccablement nettoyées, entretenues, je me dis : si on doit payer 400 F pour pouvoir maintenir ça, il vaut mieux le faire plutôt que de retomber dans le Korhogo ancien. Donc on ne peut pas parler de racket, c`est une organisation structurée, qui doit être démantelée maintenant que l`unicité des caisses a été faite. Voilà ce que je peux dire; il faut nuancer les choses. Et puis à propos de racket, j`ouvre simplement une fenêtre, - un jour on fera le débat -, pour dire que quand vous allez sur la route, je ne dédouane pas les agents des forces de l`ordre, mais quand vous allez sur la route et qu`ils vous prennent 200 F, 500 F, tout le monde crie au scandale. Mais personne ne dénonce ce qui se passe à un autre niveau. Quand vous allez dans une mairie, aujourd`hui pour tirer l`acte de naissance de votre fils ou votre propre acte de naissance, si vous voulez l`avoir le plus tôt possible pour pouvoir vous soumettre aux conditions d`examen en cours, vous êtes obligés de donner 5000 à 10 000 F à ce petit agent-là pour qu`il s`exécute, pour qu`il amène vos documents à la signature chez le maire. Mais personne ne dénonce ça, on trouve ça normal, et on parle de racket sur la route. Mais le racket là, c`est à plusieurs niveaux. Dans l`administration, il n`y pas un seul endroit où vous n`êtes pas racketté, mais personne n`en parle. Donc le problème de racket n`est pas mon problème fondamental. Le problème fondamental pour moi, c`est qu`on désarme, c`est qu`on enlève les barrages. Moi, j`ai circulé la nuit, j`ai roulé jusqu`à minuit, 1 heure du matin sans rien. Deuxième problème, il faut voir dans ce qu`on dit, les barrages de la route. Dans toute chose, il y a deux aspects : il y a des aspects positifs et des aspects négatifs. Les barrages que vous trouvez dans les zones FN, sont une sorte de garde de sécurité contre les coupeurs de routes.
Un exemple ?
Par exemple quand vous arrivez entre Katiola et Niakaramandougou, vous trouvez un barrage où ils vous arrêtent. Ils ne vous demandent rien, ils prennent le numéro de votre voiture, ils l`inscrivent dans leur cahier. Supposez par exemple qu`ils soient en contact avec les FDS, si une voiture est volée, ils peuvent vérifier si la voiture est passée là ; donc ils font une sorte de garantie sécuritaire. Je suis revenu le vendredi 25 avril, je suis parti de Tengrela à 5 heures du matin, je suis arrivé à Abidjan à 17 heures sous une pluie battante. Depuis Tengrela jusque-là. Mais quand je suis arrivé au point de contrôle de Boundiali, les jeunes gens étaient en train de contrôler toutes les motos qui passaient. Je leur ai dit : "mais qu`est-ce qui se passe ? " Ils m`ont expliqué qu`un homme venait de se faire voler des mobylettes stationnées chez lui. Donc il y a une sécurisation derrière ces choses. Si l`on enlève les barrages, il faut tenir compte de ces détails. Vous êtes en train de tenir un discours organique, qui légitime l`action des Forces nouvelles. On vous prendrait pour un membre des Forces nouvelles.
Non ! Non ! Je voudrais dire qu`il faut nuancer. Il faut aller sur le terrain pour nuancer ces choses-là. Je suis pour qu`on laisse tous les partis, du Sud au Nord. En même temps, je suis pour qu`on sécurise. J`ai entendu M. Bi Poin, le responsable du CeCOS dire que si les corridors ne servent à rien, il faut les enlever. Mais c`est facile de dire de les enlever, on les remplace par quoi ? Moi, je veux qu`on enlève les corridors, mais il faut penser à sécuriser. Parce qu’aujourd`hui, le problème de coupeurs de route, surtout dans la zone Sud-Est devenu un problème crucial. D`ailleurs, le patron du CeCOS a dit qu`il va y avoir une section pour les coupeurs de route. Mais les coupeurs de route, ce n`est pas à Abidjan, ce n`est pas tout près. Lui parle de sa zone.
C`est vrai qu`il parle, lui, de sa zone. Mais et les autres ? Il faut sécuriser les populations. Il faut qu`on réfléchisse là-dessus sérieusement. Il appartient aux autres de prendre leurs responsabilités. Je ne légitime pas du tout ce que font les Forces nouvelles, mais j`observe. J`ai une position qui me permet d`être observateur, à la fois politique et d`être journaliste quand je regarde les choses. Il ne suffit pas de regarder en face une chose et s`arrêter aux apparences. Il faut voir comment ça fonctionne. Je vous ai dit qu`il y a deux aspects dedans. Il y a un aspect complètement négatif, où il y a eu des abus dans cette zone qui sont complètement inimaginables, inadmissibles. Et en même temps, il y a eu des choses qui sont positives. Vous savez, quand vous prenez la route à partir de Katiola, ils avaient fermé les trous. Bon, la pluie va recommencer, mais ils avaient fermé tous les trous avec du béton et ça secouait les voitures.
Ce sont des moyens de bord…
Oui, ce sont les moyens de bord, mais regardez dans la zone Sud. Qu`est-ce qu`on fait ? J`ai vu l`AGEROUTE un peu partout. Ils vont mettre du goudron et vous attendez un mois de pluie et les mêmes trous reviennent. Regardez, il est impossible de circuler normalement entre Bouaké et Yamoussoukro. On vient de fermer les trous aujourd`hui : vous pouvez rouler les yeux fermés. Mais attention, attendez un mois de pluie, on commence la saison des pluies. Attendons le mois de juin pour voir. Le processus d`unicité des caisses est mis en branle. On se demandait si cela allait arriver un jour…
L`unicité des caisses est une chose inéluctable. Parce que la Côte d`Ivoire est une et indivisible. C`est la constitution qui l`annonce. Donc il ne peut pas y avoir deux poids, deux mesures. Et je pense que Soro, en tant que Premier ministre, l`a tellement bien compris, qu`il est allé vraiment de mains fortes pour que ça se réalise. Evidement, c`est tout un processus. Vous savez, quand vous avez rayé l`administration et qu`il faut revenir à l`unicité des caisses, il faut réinstaller l`administration. Donc pour moi, il faut que l`administration soit d`abord installée dans des conditions viables de service. Il faut le faire et tous ceux qui s`opposent à cela sont contre l`accord de Ouagadougou. Il faut le faire rapidement, il faut déployer les forces sur l`ensemble du territoire. Il faut que les gens soient rassurés. Donc l`unicité des caisses est nécessaire et vitale pour l`économie ivoirienne. Il ne peut pas avoir deux poids, deux mesures. On est en train de créer une zone franche et on n`en créera pas une deuxième zone franche. Pour des ex-rebelles, dans un premier temps, il faut qu`on reverse aux FN un pourcentage des ressources recueillies pour leur entretien.
Puisqu`on amène les éléments dans les casernes, puisque leurs éléments sont démobilisés, c`est à la charge de l`Etat. Il ne peut pas y avoir deux caisses ; ce n`est pas possible. Je ne peux même pas envisager ça. Soro est Premier ministre non pas d`une partie de Côte d`Ivoire, mais de toute la Côte d`Ivoire. A ce titre, il s`occuperait de ma santé, moi qui suis à Abidjan, comme celui qui se trouve à Korhogo, à Tengrela ou à Ferké. Et s`il y a une dépense à faire, c`est à l`Etat de le faire. Donc ça, c`est clair que l`unicité des caisses n`est même pas négociable. Il faut le faire le plus rapidement possible : l`installation de l`administration, il faut la faire le plus rapidement possible. Vous savez, depuis l`éclatement de la guerre, la SODECI n`existe pratiquement pas à Tengrela. Ils emploient un agent temporaire. Et c`est l`exemple que je vais vous donner parce qu`il faut aller sur le terrain. L`appel s`adresse à l`Etat comme au privé ?
Absolument ! Le redéploiement de l`administration est valable pour le public aussi bien que pour le privé. J`étais dans une localité où un transformateur a sauté. Les gens sont donc dans l`obscurité depuis un mois. Et il n`y a pas un agent de la CIE là-bas. Donc le redéploiement concerne toute la Nation. Là où je suis d`accord avec le chef de l`Etat, c`est qu`il dit qu`il faut continuer de gérer même si nous sommes dans la crise et que nous allons aux élections, il faut continuer de gérer. Certains disent qu`il prend des décisions. Je vais vous donner un exemple, vous verrez l`importance lorsque le Président dit qu`il faut 500 puits au Nord. Il faut calculer. Autour de chaque puits, au moins une cinquantaine de familles. Et pour chaque famille, il faut décomposer, vous trouverez dans chaque famille, au moins dix personnes. Faites le calcul. Ça, ce sont des réalisations concrètes plutôt que de dire qu`on va supprimer la Cour suprême ou la Cour constitutionnelle. Bientôt, ils vont commencer le bitumage de Boundiali à Tengrela. C`est une nécessité. Vous savez, on avait reprofilé la route. Malheureusement, le jour où moi je quittais Tengrela, il y avait une forte pluie. Et si vous allez, vous ne reconnaîtrez pas la route. Je pense bien qu`il serait bon que vous interviewiez Affi N`Guessan qui y a fait une tournée. A côté de l`aspect folklorique, coté meeting, il s`est rendu compte des réalités : pour aller de Korhogo à M’Bengué, il a fait 3 heures de route pour parcourir 78 km. Il faut donc vite aller à l`unicité des caisses et mettre vite cet argent au profit du développement. Vous avez écrit dans vos journaux que le prix de l`anacarde est fixé à 200 FCFA. Mais ce que vous ne savez pas, c`est qu`on continue d`acheter l`anacarde à 25 FCFA aux paysans, qui surveille ça ? Ce sont des réalités que j`ai vécues. Les structures administratives qui se battent tant bien que mal pour endiguer la méningite, le font dans des conditions terribles. Parce que celui qui va vers les populations le fait à dos de mobylettes. Donc on a besoin d`aller rapidement à la réconciliation, très vite au désarmement, et au redéploiement total de la population pour alléger les souffrances des populations. Donc on a besoin de la participation de la classe politique à cela ?
Oui, on a besoin de la participation de la classe politique, qui joue du tambourin ici à Abidjan, en faisant des déclarations, mais ne vont pas sur le terrain. Et j`ai beaucoup d`admiration pour Affi N`Guessan ; il a dormi à la belle étoile ; il a vécu dans des conditions difficiles. Nos chemins ne se sont pas croisés, mais je le suivais de près. Moi aussi, j`inspectais pour mon Parti dans cette zone, pour voir les besoins réels. Et c`est une bonne expérience. Tous les chefs des partis politiques qui font des déclarations devaient prendre la route. Quand ils vont, ils font des meetings à Korhogo, à Ferké et à Boundiali et c`est fini. Mais non! Allez à Sawakono, à M’Bengué, à Lomara, à Sanon, à San, pour voir comment les gens vivent là-bas. Parce qu`il n`y a pas d`accessibilité. Quand vous prenez un 4x4 pour rouler 10 km en 2 heures, vous comprenez pourquoi ils évitent d`y aller et ils restent ici pour faire de grandes déclarations et je dis non!

Interview réalisée par
Germain Séhoué
gs05895444@yahoo.fr
Coll. Coulibaly Gninlkita

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