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Déchets médicaux - Un danger pour la population

 

 
 
 vendredi 24 avril 2009 - Par Le Repère Taille des caractères

    

Nous sommes à Yopougon non loin du Centre hospitalier universitaire (CHU) de cette cité dortoir. Notre regard est attiré par une scène plus ou moins banale qui ne manque pas de nous choquer. Un enfant au centre d'un tas d'ordure tient en mains un ballon de transfusion. Le tube laissant descendre le reste du sérum dans sa bouche, il est en train de jouer, avec ses camarades, à un malade couché sur un lit d'hôpital. Et c'est ainsi que les populations sont exposées aux effets pervers des déchets médicaux entassés un peu partout dans nos centres de santé et c'est aussi ainsi que sont exposés nos enfants comme ceux qu'ont vient de présenter. A l'occasion de l'épisode des déchets toxiques déversés à Abidjan en Août 2006, sur les traces de ces déchets mortels, nous avons eu à visiter le dépotoir d'Akouédo. Là encore, nous avons été frappé par une autre scène. Dans certaines collines d'immondices, nous avons pu voir des seringues, des ballons de sérum parfois à moitié entamés et bien d'autres objets utilisés dans nos hôpitaux. Dans le cadre de notre enquête, nous avons décider de savoir ce que deviennent nos déchets médicaux, leur parcours depuis les hôpitaux. Où sont-ils gérés, par qui, et comment? Existe t-il du matériel adéquat pour les faire disparaître sans exposer la population… ? Autant de questions auxquelles nous tenteront de trouver des réponses dans cet article.


Que deviennent nos déchets médicaux ?

Les déchets produits par les soins de santé sont constitués d'objets pointus et tranchants, de déchets ordinaires, de sang, de déchets anatomiques, de produits chimiques, de produits pharmaceutiques, les dispositifs médicaux et les matières radioactives. La mauvaise gestion de ces déchets expose les agents de santé, tout individu en contact avec ces déchets, à des risques d'infections, d'effets toxiques et de blessures, à des dégâts au niveau de l'environnement ...Véritable problème de santé publique, les déchets médicaux mal gérés et exposés à la portée de la population constituent un danger. Ces déchets jugés dangereux doivent être immédiatement détruits par incinération. Malheureusement, provenant des hôpitaux, ces déchets ne bénéficient d'aucun traitement particulier et cela parce que nos centres de santé n'ont aucun matériel pour leur traitement. Ce qui est plus grave, c'est le fait que les déchets médicaux subissent le même sort et connaissent le même trajet que nos ordures qui sortent de nos ménages. M. T. Adams est vigile dans un hôpital dont nous tairons le nom. Il nous explique que lorsque les déchets sortent des salles d'hospitalisation, des blocs opératoires et autres salles de soin, ils sont déversés dans des poubelles ordinaires. Et deux (2) à trois (3) jours après, ce sont, selon lui, les véhicules de ramassages d'ordures qui viennent les chercher pour la décharge d'Akouédo. Pour en savoir d'avantage, nous avons approché un conducteur de camion de ramassage d'ordures répondant au nom de S. Salif. Voici ce que ce dernier nous explique. "Nous, on vient, on prend les grandes poubelles là dans les hôpitaux et on va directement à Akouédo ou on déverse ça. Ce qui est dedans ne nous regarde pas. Nous sommes les conducteurs de camions de ramassage d'ordures et on fait ce qu'on nous a demandé de faire". Quant on sait l'état actuel de cette décharge, on peut déjà imaginer le danger que courent ces enfants, ces femmes et ces hommes qui vivent des ordures de la décharge.


Une gestion approximative

Les déchets médicaux sont, dès leur arrivée à la décharge, à la portée de tous comme les sachets et autres ordures qui proviennent de nos ménages. En Côte d'Ivoire, la quantité de déchets médicaux produits au niveau national est estimée à environ 1,8 Kg par lit et par jour. Ce qui veut dire qu'un patient produit 1,8 kg de déchets par jour. Au total, se sont 3800 tonnes de déchets médicaux qui sortent chaque année de nos hôpitaux. Les établissements sanitaires publics produisent 8750 kg par jour de déchets médicaux soit environ 3194 tonnes par an et les cliniques et hôpitaux privés produisent 600 tonnes par an. Au niveau du district d'Abidjan, la production de déchets médicaux est de 59%. Malgré cette production importante et les dangers auxquels s'expose la population, la gestion de ces déchets reste approximative. Nous nous sommes rendu à la célèbre décharge d'Akouédo, pour interroger ces personnes qui vivent des ordures et qui passent le clair de leur temps à fouiller les tas d'immondices à la recherche d'objets récupérables ou recyclables. Dame T. Bintou tient une tige de fer en main. Dans la trentaine, elle vit des ordures de la décharge. "Ici là, nous on voit tout ho ! Les trucs des hôpitaux, les seringues, ballons de transfusion, enfin tout ce que vous pouvez imaginer qui quitte dans les hôpitaux. Nous on voit, on trie et on prend ce qui est bon et le reste on laisse où on a trouvé" nous a-t-elle indiqué sans détour dans un français approximatif. "Savez vous que c'est dangereux ? " Tentons nous de savoir. " Nous on ne sait pas. Ce qu'on sait, c'est que tout ce qui vient ici n'est pas bon mais on va faire comment? Si en haut en haut là-bas (NDLR : les autorités) ne font rien et puis ils envoient ça ici, nous on prend ça comme les chassés (Ndlr : Les sachets vides d'eau), les bouteilles..." nous a répondu T. Bintou


CHU de Cocody, seul établissement sanitaire à avoir un incinérateur

Aujourd'hui, seul le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Cocody dispose de matériel de destruction de déchets médicaux, a-t-on appris au cours de nos investigations. Il s'agit d'un incinérateur. C'est un dispositif visant à détruire des objets jugés dangereux pour les populations et pour l'environnement, par incinération, c'est-à-dire par une combustion aussi complète que possible. Tous les déchets médicaux des autres CHU et établissements sanitaires se retrouvent à Akouédo, sans traitement préalable. Et à la portée de tous dans une décharge à ciel ouvert. Que dire des cliniques qui sont pour la plupart situées dans nos quartiers.


Les déchets médicaux, un danger qui guette les populations

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 20% des déchets médicaux sont considérés comme à risque, susceptibles de propager autant des microorganismes pathogènes que des produits chimiques dangereux. Leur mauvaise gestion est à la base de 8 à 16 millions de cas d'infection par le virus de l'hépatite B 2,3 à 4,7 millions de cas d'infection par celui de l'hépatite C et 80.000 à 160000 cas d'infection par le VIH 1. Le directeur de cabinet du ministre de la Santé Dr. Koffi Koumi, au cours d'un séminaire tenu récemment sur la validation du plan national de gestion des déchets médicaux 2009-2011 n'a pas manqué de reconnaître la gravité de la situation actuelle avec les déchets médicaux en Côte d'Ivoire. "Les déchets médicaux représentent de nos jours, un réel problème de santé publique du fait des nombreux risques qu'ils font courir à la population", a-t-il dit. Aussi a-t-il ajouté toujours au cours de la cérémonie d'ouverture de ce séminaire que "les enjeux d'une gestion sécuritaire des déchets médicaux dépassent aujourd'hui le simple cadre des hôpitaux pour devenir un phénomène de société". Avant de reconnaître le vide existant pour la gestion des déchets médicaux, il a ajouté que "ce plan viendra combler le vide et tracer le cadre pour une meilleure planification ". Ces propos traduisent bien ce grand vide au niveau réglementaire.

Jean Prisca
Jeanprisca77@yahoo.fr

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