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Après des années de crise : La filière coton renaît au Nord

 

 
 
 lundi 29 mars 2010 - Par Nord-Sud Taille des caractères

    

La filière coton retrouve une embellie dans le Nord. Après quelques années de marasme, la campagne 2009-2010 fait naître de l'espoir chez les producteurs qui saluent les subventions de l'Etat.

La filière coton retrouve sa blancheur. Après quelques années de baisse qui ont contraint les producteurs à délaisser cette culture, l'espoir semble renaître chez les producteurs dans le Nord du pays. Bakayoko Issa, la cinquantaine, est cultivateur résidant à Goulia, à près de 90 kilomètres d'Odienné. C'est un paysan reconnu par les conseillers agricoles de l'entreprise cotonnière «Ivoire Coton» comme un professionnel de la filière, car il dit ne jamais avoir abandonné la culture du coton depuis qu'il est cultivateur. Toutefois, il lui est arrivé de réduire sa superficie d'exploitation. «L'année dernière, j'ai exploité 5 hectares au lieu de 14. Mais cette année, j'ai exploité 6 hectares», affirme le paysan. Comme lui, plusieurs paysans ont augmenté leurs superficies cette campagne. Certains de ceux qui avaient totalement renoncé à cette culture, sont revenus à la culture du coton. En témoigne la réaction du chef de zone Ivoire Coton d'Odienné, Koné Vassiriki. Selon lui, la superficie totale semée, cette saison 2009-2010, dans sa zone est de 3. 942 hectares contre 1.676 hectares l'année dernière. «Le nombre de paysans que nous avons enregistrés cette année, a nettement augmenté. Mais comme vous le voyez, c'est surtout les surfaces semées qui ont été agrandies», explique le chef de la zone d'Odienné.

Les subventions de l'Etat

La zone dirigée par M. Koné englobe sur les sous-préfectures de Tienko, Goulia, et tout le département de Madinani. Ces trois circonscriptions constituent, selon le découpage de l'entreprise cotonnière, les trois secteurs agricoles rattachés à la zone d'Odienné. Plusieurs raisons expliquent ce regain d'engouement des paysans à cette spéculation qu'ils avaient presque abandonnée pour ne se consacrer qu'à la culture d'anacarde et du vivrier. Les subventions apportées par l'Etat aux producteurs pour l'achat des intrants (engrais) pendant les deux campagnes successives ont contribué à encourager les paysans. D'autant que les prix des intrants ont baissé. Le prix du sac de 50 kg de NPK a, en effet, chuté de 18.250 à 11.500 Fcfa après l'aide de l'Etat. Quant au prix de l'urée, il est retombé à 10.500 Fcfa contre 16.500 Fcfa. « Si le gouvernement continue à nous aider, à supporter le prix des intrants, nous serons encouragés à produire du coton», soutient M. Fanny, jeune agriculteur d'Odienné qui dit avoir fait son entrée dans la production de l'or blanc, cette année. Le prix bord champ du kg a connu également une progression notable. Il est passé de 150 en 2007-2008 à 185 Fcfa en 2008-2009. Cette hausse du prix a été un facteur stimulant qui a influencé positivement les paysans à accroître les surfaces cultivables. La sensibilisation des techniciens d'Ivoire Coton sur la suppression de la retenue systématique commence à donner également ses fruits. Cette méthode qui consistait, il y a quatre ans, à prélever les dettes des paysans «mauvais payeurs» sur les avoirs de bons au sein de la même Organisation professionnelle agricole (Opa), appelée aussi Groupement à Vocation coopération. Cela avait détérioré la confiance entre ces paysans. Avant de créer une forte démotivation chez nombre d'entre eux. Ce système avait même créé des tensions sociales entre les communautés. Aujourd'hui encore, des paysans continuent de menacer de confisquer les biens de certains de leurs débiteurs. La suppression de ce système qui faisait l'affaire des créanciers des Opa, est considérée comme une bouffée d'oxygène dans le monde agricole. A l'instar de la région du Denguélé, les nuages se dissipent allègrement sur les cotonculteurs de Korhogo. Cette année, les usines d'égrenage d'Ivoire Coton attendent environ 85.000 tonnes (t) de coton graine sur toute l'étendue de sa zone. Cette région est réputée être la plus grande zone productrice de l'or blanc de Côte d'Ivoire. La production de la seule sous-préfecture de M' Bengué serait, à en croire les spécialistes, de loin supérieure à la production cumulée des régions du Denguélé et du Bafing. Les quantités produites dans la zone d'Odienné sont estimées à 3.775 t, soit environ 4% de la production attendue par l'ensemble des usines d'égrenage d'Ivoire Coton. Certes, cette production est insignifiante sur le plan de la production globale attendue par l'entreprise cotonnière, mais, elle est significative au regard de la production de l'année écoulée. «De l'ordre de 1.500 tonnes la campagne antérieure, la production de notre zone sera proche de 3.775 t cette année. La production a dépassée le double. Nous aurions pu dépasser les prévisions, si la saison pluvieuse n'avait pas connu des perturbations», fait remarquer M. Koné Vassiriki. Cette perturbation dont parle le premier responsable de la zone agricole Ivoire Coton d'Odienné est due à la rareté des pluies au mois de septembre.

Des réformes salutaires

La qualité du coton graine récolté s'est également améliorée dans le Denguélé. « Nous sommes en pleine campagne d'achat et nous avons acheté plus de 90% du coton produit dans notre zone. Un pourcentage pris au premier choix. Ce qui explique la bonne qualité du produit. Même si nous avons enregistré des achats au deuxième choix. Mais le pourcentage de ce coton est de moins de 10%», souligne-t-il. Les questions liées à la qualité du coton suscitent souvent la polémique. Certains paysans ne cachent pas leur mécontentement face à ce système d'achat. «Pour nous, le coton c'est le coton. Je pense qu'on a créé cette affaire de premier et deuxième choix pour faire la spéculation et gruger les paysans», dénonce Doumbia Siaka, agriculteur. Bien au contraire, réplique Koné Vassiriki. Pour lui, la qualité du coton est déterminante dans le prix d'achat. «La différence des prix devrait encourager les paysans à entretenir leur production. Dans notre zone, les paysans ont compris cela», ajoute-t-il. La qualité du coton, au dire de Sylla K, conseiller agricole, peut s'altérer à cause de l'humidité. Chose grave, certains paysans, dans l'espoir d'augmenter le poids de leur production, imbibe le coton d'eau. Cette humidité fait germer les graines, puis c'est le pourrissement qui s'en suit. Et les acheteurs en tiennent compte dans leurs opérations. Le coton de première qualité est donc acheté cette année à 185 francs le kg, quand le deuxième choix est à 145 francs. Kouamé Bertin, assistant financier à Ivoire Coton explique que l'achat du coton se fait en toute transparence. La retenue systématique étant supprimée, chaque paysan assume seul ses crédits. «Plus personne ne paye à la place de son ami», précise-t-il, avant d'expliquer la procédure d'achat de son entreprise. Les paysans apportent leur coton par Opa (Gvc) sur un marché ouvert à cet effet. Des camions de 17 tonnes sont convoyés sur ces marchés. Après le chargement d'un camion, le chauffeur remet au comptable de l'Opa assisté par un conseiller agricole Ivoire coton, une fiche dénommée «situation nominative des producteurs par camion». Sur cette fiche, se trouvent l'identité et la situation (poids de la production, le crédit des intrants,…) de chaque paysan. Pour M. Bertin, cette méthode de transparence est pour beaucoup dans le retour des paysans à la culture du coton. Nous gérons nos paysans par un système informatique appelé Gexpn. A travers ce système, chaque paysan reçoit ce qui lui revient nettement après la vente.

Ténin Bè Ousmane à Odienné

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