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Déchets toxiques : Genèse d’une tragédie nationale

 

 
 
 samedi 10 avril 2010 - Par Demain Taille des caractères

    

Laxisme et cupidité gangrènent la gestion du dossier.

Août 2006. Avec des complicités internes et extérieures, la Côte d’Ivoire se fait le réceptacle de déchets mortels. Officiellement, on dénombrera 17 morts et des dizaines de milliers d’intoxiqués. C’est le bilan (en réalité, partiel) qui a sanctionné ce triste épisode de l’histoire de la Côte d’Ivoire.

Malheureusement, les autorités ivoiriennes, censées œuvrer pour le bien-être de leurs concitoyens, seront, au début de cette affaire et dans l’évolution actuelle du dossier, celles-là mêmes qui font le lit des malheurs du peuple ivoirien.

Il y a de cela une vingtaine d’années, les pays africains, par la voix de leurs présidents (Félix Houphouët-Boigny, Abdou Diouf, Gnassingbé Eyadéma, Mathieu Kérékou…), scandaient en chœur : « Gardez vos déchets !». Ce refus collectif faisait suite à la proposition indécente des pays occidentaux qui voulaient que leurs déchets industriels soient acheminés en Afrique contre paiement de fortes sommes d’argent. Refus ferme, attitude digne et responsable. Vingt années après, face à la même proposition, les tenants actuels du pouvoir d’Etat en Côte d’Ivoire donnent leur accord. Ainsi, un navire refoulé d’Amsterdam et de Lagos accoste au port d’Abidjan. Il déverse sa cargaison mortelle avec la complicité d’une société ivoirienne et, manifestement, celle de l’autorité portuaire ainsi que de bien d’autres.

Quelques jours après cette opération, les premières manifestations de ce qui s’avèrera par la suite comme une tragédie nationale se font sentir : odeurs irrespirables dans les lieux où les produits mortels ont été déversés, maux d’yeux, difficultés respiratoires, etc. tout cela, sous forme épidémique, menacent les populations. Devant l’ampleur du drame, le ministre de l’Environnement, Jean-Claude Andoh, rend sa démission, sous la contrainte de son parti, le Pit (Parti ivoirien des travailleurs), très soucieux de tout ce qui est en rapport avec l’éthique.
La Primature se saisit du dossier. Après avoir pris la pleine mesure des choses, face aussi à l’immense peine des Ivoiriens, et mesurant le niveau de responsabilité qui était la sienne, le Premier ministre d’alors, M. Charles Konan Banny, rend sa démission et, avec lui, celle de tout le gouvernement qu’il dirigeait. Reconduit dans ses fonctions, il prend des décisions fermes :

suspension provisoire de certains responsables et cadres de l’administration publique, d’Epn et du district pour nécessité d’enquête.

Des têtes ‘‘tombent’’ ; parmi elles : le Dg de la douane, Gnamien Konan ; le Dg du port autonome d’Abidjan, Marcel Gossio ; le président du district d’Abidjan, Pierre Amondji. La dernière fois que les Ivoiriens avaient connu un tel chamboulement dans l’appareil gouvernemental et administratif en Côte d’Ivoire datait d’il y a une trentaine d’années (1977 qui vit l’éviction de quatre ministres du gouvernement, par le président Houphouët).

Le sentiment, louable, qui guidait les actions du Premier ministre de l’époque dans sa gestion des affaires publiques dans un Etat moderne n’était pas partagé par le pouvoir. Frileux, les refondateurs ont vite fait d’attribuer des appétits politiques au locataire de la primature.

Le chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, lui-même, monte au créneau. Alors que l’enquête était en cours et que la primature était en pleine gestion de ce dossier brûlant, le chef de l’Etat, au cours d’une rencontre avec des chefs traditionnels ébriés (dans le cadre d’une manifestation), annonce et promet à ces derniers, la réhabilitation de Pierre Amondji, président du district d’Abidjan. Amondji dont l’implication dans ce désastre national, alimentaient les conversations.

Ce dernier, avec l’arrogance de ceux qui bénéficient d’une haute protection, affirme crânement qu’il ne reconnait pas la légitimité au Premier ministre de le démettre de ses fonctions. Du côté du Port autonome d’Abidjan, le comportement du Dg frappé par la mesure administrative ne donne pas moins dans la défiance au Premier ministre et le non respect des règles de la subordination qui fonde la marche de l’administration.

Tous les deux, Amondji et Gossio, hautes figures du Fpi, défient les mesures du Premier ministre et se répandent dans les journaux, à coups de propos offensants. Le Dg de la Douane, de son côté, ne démord pas : il ne se sent aucune responsabilité que ce soit dans ce drame. Le décor commence à se mettre en place pour les hostilités avec la primature. Sans même attendre la fin des enquêtes diligentées dans cette affaire, le Chef de l’Etat en personne rétablira ses camarades et protégés (Marcel Gosssio, Amondji, Gnamien Konan) dans leurs fonctions. Le gouverneur du district d’Abidjan n’affirmait-il pas, lors des débats parlementaires, que le chef de l’Etat était le seul à même de le relever de ses fonctions ?

Le Premier ministre réagit fermement à cette décision anti administrative du chef de l’Etat. Dans une déclaration retransmise à la télévision, il demande au chef de l’Etat de « retirer ce décret de réintégration ». L’Exécutif dégaine alors son épée de guerre. Désiré Tagro, porte-voix de M. Gbagbo, se répand en imprécation contre le Premier ministre sur la première chaîne de la Rti. Le combat médiatique entre l’Exécutif et la Primature fait une victime de taille : le Dg de la Rti, Kébé Yacouba…

Ces faits ont été pour beaucoup dans l’éviction du Premier ministre Banny par l’Accord politique de Ouaga. Depuis, c’est dans le flou total que se gère le dossier des déchets toxiques.
Parodie de gestion d’un dossier aussi important

Le départ du Premier ministre, Charles Konan Banny sera la porte ouverte à des ‘‘arrangements’’ dont le premier sera celui conclu avec Trafigura. C’est le chef de l’Etat lui-même qui monte, encore, au créneau. A l’issue des négociations, on apprend que l’Etat ivoirien accepte, contre paiement de 100 milliards de francs Cfa, d’arrêter toute poursuite contre les responsables de l’affréteur du navire pollueur ! Stupéfiant.

Il est prévu qu’un quart de ce montant sera affecté aux victimes, une autre partie sera accordée à certaines collectivités et l’Etat se taillera la part du lion. Aucun bilan exhaustif n’a encore été jusque-là, fait de l’affectation total de ces 100 milliards.

Le chef de l’Etat avait annoncé la construction d’un hôpital ou d’un centre de santé spécialement réservé aux malades des déchets toxiques. Bien évidemment, cette structure sanitaire n’a jamais vu le jour.

Un autre volet de cet accord a rendu la liberté à deux cadres de la société Trafigura, tandis qu’en octobre 2008, M. Ballo Bi (Dg des Affaires maritimes) et un responsable de la société Tommy (qui a transporté les déchets sur divers sites de la ville d’Abidjan) écoperont respectivement de cinq et de 20 ans de prison. Là s’arrêteront les actions de l’Etat, abandonnant les victimes à leur sort.

Pendant que ces dernières, démunies et malades, luttaient pour se faire indemniser, le chef de l’Etat Laurent Gbagbo ira jusqu’à affirmer : ‘‘Déchets toxiques, ce n’est pas travail’’. Des propos qui illustrent bien le comportement du premier magistrat de notre pays vis-à-vis de cet épineux dossier.

Un autre fait notable aussi : la poursuite que la ville d’Amsterdam veut engager contre Trafigura.

Tandis que les autorités de cette ville poursuivent aujourd’hui des criminels, le gouverneur Pierre Amondji, et Marcel Gossio, n’avaient eux, pour seul souci que de conserver leurs postes en s’abritant derrière la partialité du chef de l’Etat.

Aujourd’hui, les victimes sont laissées aux mains d’un cabinet d’avocats londonien (Leigh Day & Co) et de M. Claude Gohourou, un personnage douteux, qui a reçu de ce même cabinet, l’exclusivité de la remise des chèques aux victimes. Les chiffres avancés prêtent de plus en plus à confusion. De 31 000 victimes ! initialement annoncées, nous en sommes à 29 000 aujourd’hui.

On prétend également avoir distribué plus de 15 milliards de francs cfa, alors que les victimes (18 000 environ) qui sont supposées avoir reçu leurs chèques (aucune vérification fiable n’est encore possible) croisés avec le montant distribué (725 000 francs cfa) donnent à peine 13 milliards.

Un autre danger demeure : celui du traitement partiel des sites ayant reçu ces déchets toxiques. Nous avons visité des sites où les déchets sont exposés à ciel ouvert. A certains endroits, ces déchets sont enfouis. Nous sommes loin d’en avoir fini avec un dossier qui laissera, à coup sûr, des séquelles sur les populations ivoiriennes. Pendant très longtemps.

lazare ndri
kouadiolaz@yahoo.fr

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