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Interview / Zalika Souley, première actrice professionnelle de Cinéma en Afrique -‘’Je regrette l’absence de Sidiki Babaka là où on parle de Cinéma‘’

 

 
 
 lundi 3 mai 2010 - Par L'intelligent d'Abidjan Taille des caractères

    

Née le 7 octobre 1947 à Niamey, au Niger, sur les bords du fleuve Niger et figure emblématique du 7è Art africain – pour avoir été la première actrice professionnelle noire – Zalika Souley fait ses premiers pas dans le Cinéma en 1966. En jouant dans ‘’Le retour d’un aventurier’’. A l’occasion du Festival international du Court-métrage d’Abidjan (Fica), la première présidente des actrices africaines a séjourné sur les bords de la lagune Ebrié. Dans cette interview exclusive, Zalika Souley décortique le Cinéma africain et regrette l’absence d’encadrement des jeunes cinéastes par leurs aînés.
Comment êtes-vous arrivée au cinéma ?
Au début, je ne prenais pas le cinéma au sérieux. J’ai eu des contacts avec le cinéaste nigérien Moussa Alassane, qui était revenu des Etats-Unis et qui préparait un film Cowboy avec des acteurs noirs. Mon voisin qui était Boubakar Souna m’a demandé si cela m’intéressait. Je lui ai dit que j’allais essayer. Il m’a aussi dit qu’il était question de monter à cheval. Je lui ai répondu que je ne savais pas le faire. On m’a, tout de suite, donné un blanc comme instructeur. C’est delà que j’ai pris goût, et tout est parti !

C’est ainsi que débute alors votre carrière ?
Ma véritable carrière commence en 1966 avec « Le retour d’un aventurier ». Le deuxième film dans lequel j’ai joué est « Le Wazzou polygame ». C’est l’histoire d’un El Hadj qui revient de la Mecque. Comme la religion musulmane permet à l’homme d’avoir jusqu’à quatre (4) femmes, il voulait en épouser une autre. Déjà dans le film, j’ai une coépouse, je suis la deuxième femme et là, je dois accepter qu’une troisième vienne après moi. C’est ce que je refusais. Et ce, jusqu’à ce que j’en arrive à assassiner une jeune fille innocente. Après quoi, j’ai joué dans le « SDV » de Moustapha Alassane, etc. J’ai aussi joué dans le film ivoirien de Yéo Kozoloa « Pétanqui », produit par Henri Duparc.

Quel est votre avis sur le niveau du Cinéma africain de nos jours?
A propos du cinéma en Afrique, il faut qu’il y ait un véritable engouement et surtout une mobilisation autour des réalisateurs africains ; et que lorsqu’un réalisateur africain décède, ce n’est pas une raison pour que le cinéma meure. Dans mon pays, avec le décès de Mory Bamba, le Cinéma a ralenti. Je ne dis pas que ça s’est arrêté mais, cela a vraiment ralenti. Je profite pour lancer un appel aux réalisateurs africains : il faut que le Cinéma africain vive. Il faut avoir le courage de continuer même si les subventions ne viennent pas. Il ne faut pas se laisser aller au découragement. Il faut toujours se battre parce que le cinéma est d’abord un combat et, ensuite, une école qui sert à éduquer les générations.

Vous venez de toucher du doigt le talon d’Achille du cinéma africain. Existe-t-il d’autres difficultés qui minent le secteur du Cinéma ?
Ce sont les cinéastes africains qui tuent le cinéma africain. Il se pose un problème de la qualité du sujet et des thèmes abordés dans les films. Même si un cinéaste est dans son pays et qu’il demande une subvention, si le sujet n’est pas bon du tout, il va s’en dire qu’il n’aura pas de financement. Parce qu’il faut que le film soit rentable. Il y a aussi le fait que les autorités africaines sous-estiment le secteur du cinéma. Lorsqu’un cinéaste estime qu’à travers son film, il peut vendre l’image de son pays et qu’il est négligé à l’intérieur de ses frontières, il est amené à s’orienter vers l’extérieur pour rechercher des financements. Ce n’est pas bon ! En cela, je dis chapeau au Président de la République de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, qui soutient le cinéma. C’est vraiment un homme de culture ! Parce qu’il sait que le cinéma est prometteur. Il ne laisse pas tomber les cinéastes ivoiriens. Si tous les chefs d’Etat africains font comme lui, le cinéma africain ira de l’avant. On a besoin d’eux. Parce que pour obtenir des subventions de l’étranger, il suffit de leur simple signature afin que les portes s’ouvrent. Sinon, je ne vois pas comment les cinéastes africains peuvent s’en sortir.

Vous avez tutoyé le cinéma ivoirien à travers Pétanqui. Quel est votre regard sur le Cinéma ivoirien aujourd’hui de loin et à travers le Fica ?
Le film de Yéo Kozoloa devait être tourné au Niger. Mais, je ne sais pas trop pourquoi il a été tourné en Côte d’Ivoire. Aïcha Koné et moi avons tourné le film. Il y a longtemps que je n’ai pas participé à un film ivoirien. Le film Pétanqui ne date que des années 80. J’ai vu des films ivoiriens, je pense que le cinéma ivoirien a évolué. Mais, j’ai eu un pincement au cœur de constater que les anciens réalisateurs, notamment, Sidiki Bakaba ont brillé par leur absence lors de tout le temps qu’a duré le Fica. Je ne sais pas ! Peut-être que c’est une cuisine interne. Je pense que ces aînés devaient encadrer les jeunes réalisateurs. Si les anciens se mettent à l’écart, comment peuvent-ils participer à la formation des jeunes ? Ne doit-on pas penser à assurer la relève ? Il ne faut pas vous cacher. Il faut encourager Hanny Tchelley ou bien regarder le festival d’un mauvais œil. C’est la culture, et dans la culture, tout le monde y gagne.

Existe-t-il une véritable industrie du cinéma en Afrique ?
Ça existe. Je ne peux pas en dire plus parce que je n’ai pas écrit un scénario.

Vous êtes la première femme actrice d’Afrique noire. Quels conseils pouvez-vous prodiguer à la jeune génération ou aux amateurs de cinéma ?
Quand j’ai commencé à jouer dans les films, je ne pensais pas qu’on payait les acteurs. Au début, je jouais pour de l’amusement. Et plus tard, j’ai compris que le cinéma nourrit son homme. Le cinéma a plusieurs fonctions. Par exemple, dans l’éducation et surtout dans la formation de la jeune fille. Lors du Fica, j’ai entendu un jeune réalisateur dire qu’il n’a pas encore crée un film, mais déjà, il parlait de trophées et d’argent. Je dis non ! Quand on fait du cinéma, on le fait pour soi-même d’abord. On ne fait pas le cinéma pour un public ou pour attendre un quelconque prix. Il faut aussi que les jeunes arrêtent de penser qu’il faut automatiquement commencer par un film de long-métrage. Je vous le dis, le court-métrage est l’école du cinéma. C’est donc le point de départ du cinéma. Partout dans le monde, aux Etats-Unis et ailleurs, les réalisateurs ont commencé par le court-métrage et les documentaires. Il faut d’abord travailler et l’argent viendra après.

Pouvez-vous nous dire ce que le cinéma vous a apporté durant votre carrière ?
Si vous faites allusion à la richesse matérielle, je puis vous dire que je ne suis pas riche. Ce que j’ai toujours reçu partout où je suis passée, et qui est plus que de l’argent, c’est l’honneur. Parce qu’aujourd’hui, à travers moi, c’est le Niger qui est honoré. L’argent c’est bon, on veut gagner de l’argent, mais, il faut aussi penser à son honneur. Les honneurs que j’ai reçus en Côte d’Ivoire, c’est plus que de l’argent. Je suis venue comme invitée spéciale au Fica, j’ai été reçue par le Président de la République de Côte d’Ivoire (Ndlr, Laurent Gbagbo) et j’ai été élevée au rang d’officier de l’Ordre du mérite ivoirien.

Pensez-vous que vous méritez d’être ainsi décorée par l’Etat ivoirien ?
Bien sûr ! Que je le mérite. C’est au regard de ce que j’ai apporté au cinéma africain. J’ai reçu la même décoration en Tunisie. En Algérie, j’ai eu une médaille.

On a souvent reproché à la nouvelle génération de réalisateurs ivoiriens, à travers leurs productions, de faire un amalgame entre le théâtre et le cinéma. Quel commentaire faites-vous ?
Il faut savoir qu’il y a une très grande différence entre le théâtre et le cinéma. Le théâtre est joué devant un public. Les acteurs parlent et s’adressent à ce public-là. Au cinéma, les acteurs sont seuls dans une pièce, ils ne font même pas attention à la caméra, au preneur de son et au staff technique. Au cinéma, on ne peut pas voler l’objectif. Dès qu’un acteur fait du théâtre dans un film, cela se sent aussitôt. Et on en fera la remarque au réalisateur.

Pourquoi avez-vous accepté de venir participer au Fica ?
J’ai accepté de venir parce que Hanny Tchelley, elle-même l’a dit, cherchait mon contact depuis trois (3) ans. C’est parce que je n’étais pas en Afrique, que je n’ai pas pu venir à la 1ère édition. J’étais au Etats-Unis pour des affaires personnelles. Et voilà, maintenant Dieu a fait que je suis revenue, donc, je suis venue au Fica.

L’Etat ivoirien entrevoit de mettre en place un Office du cinéma. Est-ce que cela peut vraiment aider à l’émergence du cinéma ?
Mais c’est une chance. Créer un Office du cinéma dans un pays, c’est une très bonne initiative. Dans mon pays (Nldr : au Niger), le Président Tanja avait créé un Office du cinéma qui n’avait pas encore commencé à fonctionner, avant qu’il ne soit évincé du pouvoir. Un Office du cinéma est un outil qu’il faut encourager véritablement dans les pays africains. Parce qu’il permet aux jeunes cinéastes africains de se mettre en exergue et d’obtenir facilement des subventions pour la promotion de leurs films. Je dis merci à Monsieur Laurent Gbagbo d’avoir penser à cela.
Réalisée par Krou Patrick

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