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Crise post-électorale - Comment chaque camp prépare la défaite de l`autre - La bataille fait rage entre Gbagbo et Ouattara
Publié le samedi 11 dcembre 2010   |  L'Inter




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Passées les heures chaudes de la crise née de la proclamation des résultats des élections en Côte d'Ivoire, place désormais à « la guerre froide ». Les camps Gbagbo et Ouattara opposés dans les urnes et décidés à en découdre, ont changé « d'armes de combat ». Les grenades lacrymogènes, les balles chaudes des fusils, les pneus enflammés des rues d'Abidjan et de l'intérieur du pays, sont ainsi remplacés par les offensives diplomatiques, les pressions financières, les discours musclés et tout autre forme d'intimidation, avec pour ultime but de faire plier l'adversaire. Dans cette nouvelle bataille, plus voilée, chaque camp élabore ses stratégies et se donne les moyens d'atteindre son objectif. Alassane Ouattara, le président déclaré élu par la Commission électorale indépendante (Cei) et fortement soutenu par la communauté internationale, s'est retranché depuis, à l'hôtel Golf de Cocody, où il a aménagé des locaux pour en faire son cabinet présidentiel en attendant, certainement, de remporter ce bras de fer et s'installer dans un palais digne de ce nom. Il en est de même pour les ministres du gouvernement Soro, qui, selon des sources, ont eux-aussi commencé à meubler des chambres en matériel de bureau pour y exercer leurs fonctions, le temps d'être installés dans des ministères officiels. L'hôtel du Golf prend ainsi les allures d'un palais présidentiel, d'où Alassane Ouattara envoie des signaux forts à son adversaire Laurent Gbagbo, pour dire qu'il est aux commandes de l'Etat et que « la recréation est terminée ». Décrets de nomination, décisions de révocation de cadres, communiqués de gouvernement, le régime installé au palais du Golf multiplie les actions visant à assurer son autorité. Des cadres pro-Gbagbo dans l'administration publique, des ambassadeurs en poste dans certains pays, ont ainsi été remerciés. Histoire d'affaiblir diplomatiquement le locataire du palais du Plateau, qui subit depuis la proclamation de sa victoire par le Conseil constitutionnel, un matraquage tous azimuts des acteurs de la communauté internationale qui le somment de quitter le pouvoir. Après ce gel des relations diplomatiques qu'il semble avoir bien réussi, Alassane Ouattara veut fermer les robinets financiers à Laurent Gbagbo. Un étouffement financier pour lequel l'ancien directeur général du Fonds Monétaire International (FMI) a mis en branle tout son réseau dans le monde des finances. La Banque Mondiale, l'Union Européenne, la Banque Africaine de Développement ont ouvertement « menacé le camp Gbagbo de sanction, s'il refuse de céder le pouvoir au président élu Alassane Ouattara ». Le 5 décembre dernier, le président élu selon la Cei et les Nations Unies, a adressé un courrier à la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (Bceao), la plus haute institution financière de la sous-région ouest-africaine, dans laquelle la Côte d'Ivoire se taille la part du lion. Dans ce courrier, il invite les autorités de cette banque à ne reconnaître que la signature de son ministre des Finances, à savoir Charles Koffi Diby et mettre les fonds à la disposition de son Premier ministre Guillaume Soro. C'est également la même pression que Ouattara exerce sur les régies financières (Douanes, Impôts et Trésor) qui sont les principales pourvoyeuses de fonds de l'Etat en interne. L'administration Ouattara a opéré des changements à la tête de ces régies, dans le souci de contrôler les mouvements de fonds. Les fonctionnaires et autres agents de l'Etat, les fournisseurs, les entreprises privées ont aussi été mis en garde contre toute collaboration avec le régime Gbagbo. Une pression qui jette le flou dans l'esprit de ces travailleurs. Ouattara casse ainsi le moral de ce groupe de travailleurs de l'Etat et freine ainsi le dynamisme de l'administration. Même stratégie pour le corps préfectoral, notamment ceux en fonction dans les zones centre nord et ouest, qui expliquent depuis quelques jours que les incidents qui ont eu lieu dans leurs zones, n'entachent pas la crédibilité du scrutin présidentiel. Cet argument conforte la position de Guillaume Soro et donne force à la victoire d'Alassane Ouattara. Le contrôle des médias d'Etat fait partie de la stratégie de l'équipe du président en poste à l'hôtel du Golf. A défaut de prendre l'appareil en main, il a procédé à des nominations de cadres de la télévision, qui se trouve ainsi divisée entre pro-Ouattara et pro-Gbagbo. Par ailleurs, et selon des sources, le président déclaré par la Commission électorale indépendante, ne serait pas opposé à l'idée de créer sa propre chaîne de télévision pour porter sa voix. Alassane Ouattara ne lâche donc pas prise, convaincu qu'il tient le bon bout. Le hic cependant, c'est que les décisions musclées qui sont prises ne produisent pas encore l'effet recherché. Leur application bute contre la réalité du pouvoir qui, à l'évidence, échappe à Ouattara.

La réalité du pouvoir

A contrario, le camp Gbagbo reste solidement fixé, parce qu'investi par le Conseil constitutionnel, qui quoi qu'on dise, demeure l'institution en charge d'investir les présidents élus de Côte d'Ivoire. En prêtant serment devant le professeur Paul Yao N'Dré (ce qui n'a pas été le cas pour Alassane Ouattara ndlr) le samedi 4 décembre dernier au palais du Plateau, Laurent Gbagbo s'assure ainsi le confiance des institutions de la République et de tous les autres services de l'Etat qui sont attachés aux lois de la République. Ainsi l'Assemblée nationale, le Conseil constitutionnel, la Cour suprême, les Forces de défense et de sécurité, pour ne citer que ceux-là, reconnaissent comme seul chef Laurent Gbagbo. En tout cas, contrairement à Alassane Ouattara, qui appelle à « l'esprit républicain » des Fds et autres institutions, Laurent Gbagbo n'a pas les mêmes efforts à faire, dès l'instant qu'il a été oint par la plus haute juridiction en matière électorale en Côte d'Ivoire. De là découle toute la différence entre les pouvoirs Gbagbo et Ouattara. Adossés à cette légalité constitutionnel, les pro-Gbagbo ne sentent plus le besoin de se débattre pour convaincre. Ils feignent donc ignorer tous les coups durs que leur portent l'administration du Golf, tout comme les flèches qui pleuvent de l'extérieur du pays. Au lendemain de sa formation, le gouvernement de Laurent Gbagbo et son Premier ministre Gilbert-Marie Aké N’gbo s’est donc mis au travail, minimisant les actes posés par le gouvernement Soro. Les passations de pouvoirs dans les locaux des ministères au plateau ont connu une accélération particulière. Crise oblige. Les nouveaux locataires, comme dans une situation normale, définissent leurs programmes d'activité et les défis qu'ils entendent relever à la tête des départements ministériels qui leur ont été confiés. Plus question de parler de cette crise qui est pourtant présente. Une stratégie qui consiste à négliger les actes de l'adversaire pour en tuer les effets dans l'oeuf. Sur le terrain, notamment dans les régies financières, les hommes de Gbagbo sont bien en place. Pas de passation avec les personnalités nommés par Alassane Ouattara. Au niveau du corps préfectoral, dont ceux de la zone Cno ont basculé dans le camp de Guillaume Soro, le ministre de l'Intérieur de Laurent Gbagbo mobilise ceux restés fidèles à son patron. Il leur a rappelé les fondamentaux de leur fonction, qui consistent à relayer l'autorité de l'Etat dans leur zone d'exercice. Le ministre Guiriehoulou a saisi en effet l'occasion de cette rencontre avec les préfets pour condamner l'attitude de leurs collègues qui ont remis en cause les décisions du Conseil constitutionnel et rallié le camp Ouattara. Dans sa stratégie, le camp Gbagbo a mis la main sur les médias d'Etat, qui font black-out sur tout ce qui concerne Alassane Ouattara depuis son retrait à l'hôtel Golf. Les chaînes de télévision internationale qui relayaient les voix du président déclaré par la Cei ont été suspendues d'émissions sur le territoire national. Isolant ainsi Ouattara des Ivoiriens. Pour redorer son image fortement ternie au plan international, à travers les messages de condamnation et d'injonction à quitter le pouvoir, Laurent Gbagbo a envoyé des missions à l'étranger. Des missions qui semblent porter fruit. En tout cas, le ton est plus apaisé et la question d'un dialogue pour une réconciliation entre les deux camps en conflit en Côte d'Ivoire, est de plus en plus évoquée dans le cadre de la résolution de la crise née des élections. Le dernier communiqué du Conseil de sécurité de l'Onu invite à cet effet « toutes les parties prenantes ivoiriennes à faire preuve d'un maximum de retenue et à travailler ensemble pour restaurer une paix durable et encourager la réconciliation politique du pays ». Mais en attendant de s'engager dans cette voie ouverte par le Conseil de sécurité, les deux camps continuent de bander les muscles.

Hamadou ZIAO

Photo: Gbagbo et Ouattara
Légende: En attendant de trouver un compromis à la crise, les deux hommes se ''montrent les biceps''




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