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Politique

La politique étrangère de la cote d’ivoire, de Félix Houphouët-Boigny a Laurent Gbagbo : ruptures et continuités / “Faire bloc autour du Président Laurent Gbagbo pour être un pays respecté”
Publié le lundi 20 dcembre 2010   |  Le Temps




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En devenant un État indépendant le 7 août 1960, l’ancienne colonie de Côte d’Ivoire devenue la République de Côte d’Ivoire savait très bien qu’elle accédait au rang d’acteur souverain de la scène internationale et que par conséquent, elle se devait d’élaborer une politique étrangère reposant sur une ou des doctrines, avec pour outils une ou des diplomaties et une ou des politiques de défense pour faire entendre sa voix et contribuer au renforcement de la solidarité entre les Nations.

Lorsque le 21 septembre 1960 , par la voix de son représentant Monsieur Mamadou Coulibaly, la Côte d’Ivoire s’est adressée au monde, après son admission à l’Onu le 20 septembre 1960, depuis la tribune de l’Onu, elle savait très bien qu’elle s’engageait dans l’environnement international toujours mouvant et toujours incertain.

Cinquante ans (50 ans) après ces premiers pas sur la scène internationale, il est important pour nous qui subissons depuis une dizaine d’années les conséquences d’une déstabilisation programmée de notre pays, de jeter un regard critique sur les lumières et les ombres de notre façon de dire et d’être au milieu de tant d’adversités et de convoitises dont les causes échappent très souvent à nous-mêmes. L’analyse de la politique étrangère de la Côte d’Ivoire au cours des cinquante dernières années nous offre donc l’opportunité de définir la politique étrangère d’un Etat en général, de préciser sa signification dans un premier temps. Dans un second temps, elle nous permet d’expliquer les différentes ruptures intervenues avant de rappeler le fil conducteur de la vision de la Côte d’Ivoire des relations entre acteurs du système international. Nous terminons notre article par énoncer les grands principes qui guideront sans aucun doute le comportement de notre pays, sous la houlette du Président Laurent Gbagbo, dans le système international une fois sorti de la crise militaro-politique par des élections.
La politique étrangère : objet et signification

Définir la politique étrangère est une épreuve difficile. Elle signifie dans certains cas un instrument de projection de puissance. Dans d’autres cas, elle porte la marque d’un cri de cœur, de révolte même ou tout simplement celle d’une quête de solidarité internationale. C’est pour illustrer cette difficulté que nous empruntons à plusieurs auteurs les significations que voici.

La politique étrangère est un combat

Premièrement, la politique étrangère est un processus permanent d’interaction entre les préoccupations de politique interne et l’environnement international. (Françoise de la Serre, 289).
Deuxièmement, l’objectif de la politique étrangère consiste à influer sur les politiques et les agissements des autres pays dans un sens qui serve vos intérêts et vos valeurs. Les moyens disponibles vont des paroles aimables (usage de la diplomatie) aux missiles de croisière (recours à la force). (Madeleine Albright, 395)

Troisièmement, la politique étrangère est la partie de l’activité étatique qui traite, par opposition à la politique intérieure, des problèmes qui se posent au-delà des frontières…

Dans ces conditions, il apparaît clairement que par la politique étrangère, l’État cherche à répondre au comportement des autres acteurs internationaux, à agir sur son environnement pour le conserver tel quel quand il lui est favorable et le transformer quand il lui paraît défavorable… (Philippe Braillard, 57)

Au total, il convient de noter que toute politique [étrangère] est un combat: elle suppose une menace à écarter et un terrain à défendre. Identifier la menace, reconnaître le terrain, telles sont donc les tâches qui incombent à la politique étrangère. (Gabriel Robin, 166)
C’est bien la raison pour laquelle, aucune politique étrangère ne saurait s’apprécier sans la Diplomatie et la Défense deux outils privilégiés de sa mise en œuvre selon qu’on est une puissance faible, moyenne ou grande de la scène internationale. Ceci étant comment peut-on apprécier la politique étrangère de la Côte d’Ivoire de 1960 à nos jours ?

La politique étrangère de la Côte d’Ivoire de 1960 à nos jours: ruptures et continuités

Il faut tout de suite admettre qu’aucun État au monde ne peut vivre en autarcie. Dès lors, tous, y compris le nôtre sont appelés à coopérer en servant leurs intérêts et en défendant des valeurs auxquelles ils sont fondamentalement attachés : la recherche de la paix, la défense de la souveraineté nationale, la liberté et l’équité. Servir ses intérêts et ses valeurs est une entreprise qui expose tout pays à deux types de menaces : les menaces d’origine interne et les menaces d’origine externe. En général, l’on admet que la politique étrangère a pour objet la gestion des menaces d’origine externe.

Dans la plupart des pays au monde, les orientations et la conduite de la politique étrangère incombent au chef de l’exécutif. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, le chef de la diplomatie est le chef de l’Etat. De 1960 à nos jours, la Côte d’Ivoire a eu trois chefs de la diplomatie si l’on considère que la transition militaire de décembre 1999 à octobre 2000 est une parenthèse à vite refermer. Le fait d’avoir eu Félix Houphouët-Boigny, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo, trois hommes aux cursus différents comme chefs de la diplomatie à un moment où à un autre de l’histoire de notre pays constitue de vraies ruptures dans la diplomatie ivoirienne. Sur quoi portent donc ces ruptures ? Elles portent essentiellement sur la Doctrine, l’environnement international, la diplomatie et la politique de défense.

Les Ruptures.

a) la Doctrine

La politique étrangère de la Côte d’Ivoire est fondée sur deux doctrines au cours de "l’ère Houphouétienne". C’est-à-dire au cours de la période allant de 1958 à 1993.

En effet, il faut noter que de 1958 à 1985 à peu près, la doctrine, le fil conducteur de la politique étrangère ivoirienne était : la Côte d’Ivoire, Amie d’un seul, ennemie de personne, ou plus explicitement, «la Côte d’Ivoire, amie de la France, ennemie de personne». Ce choix selon le Président Félix Houphouët-Boigny a été fait pour des motifs économiques largement illustrés par les accords de coopération de 1961. En d’autres termes, dans ses rapports avec le reste du monde «Félix Houphouët-Boigny préfère que la Côte d’Ivoire soit plutôt la queue d’un éléphant au lieu d’être la tête d’une souris». Toutefois, du début des années 1980 à l’an 1993, année de son décès, la politique étrangère de la Côte d’Ivoire repose davantage sur la doctrine suivante : la Côte d’Ivoire, Amie de tous, ennemie de personne. Ce changement de cap est motivé par des raisons idéologiques car il intervient après le choc idéologique de 1981 en France. Félix Houphouët-Boigny qui supporte difficilement l’arrivée des socialistes au pouvoir, diversifie ses partenaires économiques et diplomatiques. Peu importe si certains nouveaux amis gênent la France ou pas. Depuis cette date, la doctrine de la politique étrangère n’a pas changé.

b) l’environnement international

De Félix Houphouët-Boigny à Laurent Gbagbo, l’on est passé d’un environnement international dominé par la guerre froide à celui imprimé par la mondialisation. Cette mutation a beaucoup influencé la politique étrangère de la Côte d’Ivoire. Avec la multiplication des acteurs sur la scène internationale, la nouvelle doctrine, la Côte d’Ivoire, Amie de tous, ennemie de personne, éprouve des difficultés à se stabiliser. La volonté de la Côte d’Ivoire de diversifier ses partenaires l’expose à des menaces réelles. Malgré son attachement à la paix et à la coopération pacifique, elle a fini par sombrer dans une crise militaro-politique dont les foyers sont, il faut le reconnaître dans des pays dits amis, ayant une histoire commune avec notre pays.

De Félix Houphouët-Boigny à Laurent Gbagbo, les acteurs non étatiques et sub-nationaux se sont multipliés, rendant la coopération internationale beaucoup plus complexe. Cette grande rupture dans l’environnement stratégique mondial, a donné à l’ami et à l’ennemi plusieurs visages. Du coup, la ligne de démarcation entre l’ami et l’ennemi n’existe pratiquement plus. C’est sans doute ce qui fera dire au Président Félix Houphouët-Boigny ceci : «j’ai plus peur de mes amis que de mes ennemis».
Finalement, le socle de la politique étrangère qu’est la réalité nationale ivoirienne c’est-à-dire «le terreau où la politique étrangère s’enracine et d’où elle tire la sève qui la nourrit», a beaucoup changé. La démographie, l’histoire et l’actualité ivoiriennes se sont complexifiées et ont accru les préoccupations nationales. Cette évolution de ces fondamentaux influe fortement sur les outils de mise en œuvre de la politique étrangère de la Côte d’Ivoire que sont la Diplomatie et la Défense.

c) la Diplomatie.

A l’ère houphouétienne, les préoccupations nationales avaient pour noms : la paix et le développement. Le chef incarnait la loi. L’environnement international étant une vraie jungle dominée par le conflit est-ouest, le Président Félix Houphouët-Boigny a pratiqué la Diplomatie de la biche ou du roseau ou de la prudence avant de mettre en œuvre la Diplomatie du « cabri mort ». La Côte d’Ivoire, puissance sous-régionale naissante a eu besoin d’une tutelle pour ne pas subir les nombreux coups d’Etat qui ont retardé ses voisins. Comme la biche elle a su survivre aux prédateurs. Comme le roseau, notre pays a su plier sans rompre avec les épisodes sombres de son histoire comme le Guébié et le Sanwi. La prudence et la foi en l’avenir ont permis à la Côte d’Ivoire de préconiser le dialogue comme mode de règlement des conflits dans le monde et singulièrement en Afrique.

Au soir de sa vie, le Président Félix Houphouët-Boigny a pratiqué la Diplomatie du « cabri mort ». Elle consistait, face à la mévente du cacao et du café, principaux produits d’exportation du pays, à dénoncer sans ménagement la duplicité entre tous les camps quant il faut asservir les petits. Son âge avancé lui permettait de dire des vérités qu’il aurait hésité à dire auparavant.

A l’ère bédiéienne, les préoccupations nationales avaient pour noms : construction de l’État de droit et réaffirmation de la souveraineté nationale. Bénéficiant d’un environnement international débarrassé de la confrontation idéologique, le Président Bédié pratique la « Diplomatie du chêne » ou si vous voulez de « l’Iroko » ou de l’assurance. Il ne craint aucune menace extérieure. Parvenu au pouvoir par le jeu de la Constitution, le Président Bédié axe son action vers l’extérieur sur la légitimation de son pouvoir.
A l’ère gbagboienne, les préoccupations nationales ont pour noms : sécurité, consolidation de la démocratie, réhabilitation de la paix, défense de la souveraineté nationale, réconciliation nationale, paix avec nos voisins, lutte pour l’indépendance économique,… N’étant pas un homme de réseau, il pratique la diplomatie de « l’orphelin » ou de la précaution. Il compte sur son propre génie pour faire entendre la voix de la Côte d’Ivoire. Au cœur de ses relations avec l’extérieur, il place le respect mutuel et la défense de la souveraineté de la Côte d’Ivoire.

Au total, de 1960 à nos jours trois types de Diplomatie sont pratiquées. Sous le Président Félix Houphouët-Boigny, la diplomatie de développement, sous le Président Henri Konan Bédié, la diplomatie de légitimation. Avec le Président Laurent Gbagbo se déploie la diplomatie de la survie de la Nation ivoirienne.

d) La défense

Selon les spécialistes, «une défense n’a de sens et de raison que si elle s’inscrit dans le cadre d’une politique étrangère. De même, il n’y a pas de politique étrangère digne de ce nom qui ne doive être capable de fournir à une politique de défense le cadre dont elle a besoin». (Gabriel Robin)
Pour comprendre le rôle joué par la défense dans les relations de notre pays avec l’extérieur, depuis 1960, il faut savoir à quels types de menaces avions-nous à faire face, et surtout de quelles capacités militaires disposions-nous ?

A l’ère houphouétienne, notre défense est confiée à la France. Nous sommes en pleine guerre froide. La menace est étatique. Face à celle-ci, la France est très bien placée pour agir victorieusement.
A l’ère bédiéienne, la menace a changé de visage (elle n’est pas seulement d’origine étatique). L’ennemi est sans visage. Il y a cette illusion de renoncer à la violence comme mode d’accession au pouvoir. La défense est toujours une variable d’ajustement. L’armée ivoirienne dont on disait qu’elle était la grande muette a fini par se retourner contre la République, ce qui ruine la politique étrangère et la soumet aux caprices de la politique intérieure. Elle devient l’otage des préoccupations nationales.
A l’ère gbagboienne, la Nation ivoirienne est menacée de disparition. Des bandes armées à la solde de puissances non identifiables et sous influence tentent de la dépecer et la soumettre à la prédation. Sa souveraineté est menacée, ses Institutions également. Face à la menace de disparition de notre pays, face au refus des grands de ce monde d’apporter un soutien ferme à notre pays dans quête de liberté, l’armée ivoirienne joue son rôle républicain. Elle ne peut compter que sur son propre génie. La nécessité de disposer d’une véritable politique de défense nationale s’impose.

Les continuités de 1960 à nos jours

La Doctrine

La doctrine depuis le début des années 1980, n’a pas changé : «la Côte d’Ivoire est l’amie de tous et l’ennemie de personne». Elle entend ainsi être libre de choisir avec qui elle coopère sans recevoir de leçon de qui que ce soit. Elle est attachée au respect de sa souveraineté.
Dans la conduite de nos relations avec le reste du monde, il convient de noter qu’en dehors de la doctrine, tous les autres éléments (l’environnement international, la diplomatie et la défense) ont subi de profondes mutations.
Dans ces conditions, que peut-on attendre de la politique étrangère de notre pays pour les décennies prochaines ?


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