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Confiscation du pouvoir par Laurent Gbagbo/Alassane Ouattara (président de la République de Côte d`Ivoire) met fin à toute discussion
Publié le jeudi 6 janvier 2011   |  Le Nouveau Réveil


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© Présidence par Aristide
Mardi 4 janvier 2011. Abidjan. Le corps diplomatique accrédité en Côte d`Ivoire a rencontré le Président Alassane Ouattara


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Après l’échec de la mission des émissaires de la Cedeao et de l’Union africaine, le président de la République Alassane Ouattara a mis fin à toute discussion avec Laurent Gbagbo. Hier, sur les antennes de France 24, le chef de l’Etat a invité à nouveau le candidat de Lmp à céder le pouvoir qu’il tente de confisquer depuis plusieurs semaines.

Comment vous sentez-vous et est-ce qu`on peut diriger un pays quand on est assiégé avec ses plus proches collaborateurs dans un hôtel ?
Ce n`est pas facile, mais vous savez que quand on assume ses responsabilités, on les fait en toutes circonstances.
Nous sommes dans un hôtel, c`est vrai, mais j`ai formé un gouvernement provisoire de 13 membres et nous essayons de gérer au mieux les questions liées à la sécurité, la communication…

On a l`impression que la situation est complètement bloquée. C`est-à-dire que chacun, vous et M. Laurent Gbagbo, restez sur votre position et rien n`avance. Qu`est-ce qui vous fait tenir dans ces conditions ?
La situation est bloquée du fait de Laurent Gbagbo. Il a perdu les élections, il s`accroche au pouvoir et ne veut pas partir. Plus de 54% des Ivoiriens ont voté pour moi dans la transparence. Les élections démocratiques qui ont été à notre demande à tous supervisées par les Nations Unies et le voilà donc s`accrochant et créant cette situation de crise. C`est tout simplement malheureux.

Pour en sortir, il y a de nombreuses possibilités. On a parlé de l`asphyxie financière et aussi de l`option militaire. La première question importante aujourd`hui : est-ce que vous pensez que l`heure est venue pour l`option militaire et qu`il n`y a plus rien à négocier ?
Je dis à Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir. Les chefs d`Etat de la Cedeao le lui ont dit le 7 décembre. Ils le lui ont répété le 28 décembre, mais il ne veut pas partir, donc il assumera les conséquences. Je suis pour la paix dans mon pays et je préfère une solution pacifique, une solution négociée. Alors, j`espère que dans les prochains jours, puisqu`il a promis donner une réponse aux trois chefs d`Etat, il le fera pour que nous puissions avancer.
La Côte d`Ivoire ne peut pas rester dans cet état ! Cela fait 5 semaines que j`ai été élu massivement par les Ivoiriens avec une participation sans précédent, donc ce sont des élections démocratiques.
Malgré cela, il s`accroche, il utilise des artifices qui sont, bien entendu, inacceptables. Alors, il faut que Laurent Gbagbo quitte le pouvoir pour permettre à la Côte d`Ivoire de revenir à la normalité et pour les Ivoiriens de profiter du changement qu`ils ont voulu en me portant à la magistrature suprême.

M. Ouattara, ce que vous dites, pratiquement tout le monde le dit, il faut que Laurent Gbagbo quitte le pouvoir, mais il ne part pas. Alors, la question, c`est combien de temps cette situation peut durer et est-ce qu`il faut avoir recours maintenant à l`option militaire ou est-ce qu`on peut lui laisser du temps en vue de gagner du temps ?
Laurent Gbagbo tente de gagner du temps et tout le monde le sait pour tout simplement pouvoir recruter les mercenaires et les miliciens pour tuer les Ivoiriens. C`est aussi pour gagner du temps pour exporter des valises d`argent dans certains pays amis.
La Côte d`Ivoire ne peut pas rester dans cette situation encore plus longtemps. Les Ivoiriens, en me votant à plus de 54%, l`ont dit clairement, c`est 400.000 voix de plus que j`ai obtenues. Je l`ai battu.

Le débat n`est pas là M. Ouattara ?
Le débat n`est pas là mais c`est lui qui porte le débat sur ce chapitre. Les Ivoiriens ont démontré leur volonté de changement et il faut que Laurent Gbagbo accepte le verdict des urnes.

Vous ne lui donnez pas un ultimatum ?
Je ne le ferai pas parce que je suis un homme de paix. J`ai été un enfant de Félix Houphouët-Boigny et je crois en la paix. C`est pour cela que pendant toutes ces semaines, j`attends que cette issue soit pacifique. Laurent Gbagbo ne veut rien entendre. La réalité, c`est que ce n`est pas un homme d`Etat, il n`aime pas les Ivoiriens, il ne tient qu`à sa personne et à un pouvoir qu`il est en train d`usurper.

Alors, que faut-il faire et cela peut durer combien de temps ?
Le fait que je sois à l`hôtel du Golf n`est pas le plus important. Tous les jours, vous avez des assassinats, des tueries et des viols dans les quartiers populaires d`Abidjan. Ce sont des comportements inadmissibles et c`est cela le plus important.
Au Golf, j`arrive à travailler avec une équipe restreinte. J`aimerais pouvoir avoir la totalité de mon gouvernement et exercer pleinement les fonctions.
Cela n`est pas le plus important dans l`immédiat. Le plus important, c`est de préserver la paix en Côte d`Ivoire.

Si le plus important est de préserver la paix en Côte d`Ivoire, cela veut dire pas d`option militaire ? Je ne comprends pas votre position.
Je n`ai pas dit cela. Ma position est de dire que les chefs d`Etat de la Cedeao ont pris une résolution. Ils ont demandé à Laurent Gbagbo de partir dans un certain délai, mais il ne l`a pas fait. Ils ont envoyé plusieurs missions ici, il s`entête. Les chefs d`Etat de la Cedeao ont indiqué que s`il s`entêtait, ils utiliseraient tout moyen, y compris la force légitime…
Je pense qu`il sera responsable de la situation qu`il va vivre et l`intervention militaire ne veut pas dire que la Côte d`Ivoire sera embrasée. Les risques de guerre civile que j`entends, n`existent point du tout. Il faut que Laurent Gbagbo comprenne qu`il s`agit de sa seule personne et d`un groupe de personnes qui le soutienne. La grande majorité des Ivoiriens veut la paix.
Je vous signale que dans les casernes, les militaires ont voté pour moi à plus de 63%, le 28 novembre. Par conséquent, il n`a ni le soutien des militaires et bien entendu, le suffrage universel m`a donné vainqueur avec plus de 54%.

Pensez-vous qu`il y a une possibilité que l`armée bouge contre Laurent Gbagbo ?
Je félicite les Forces de défense et de sécurité pour leur retenue parce que ce sont des mercenaires et les miliciens qui assassinent les honnêtes citoyens dans les quartiers populaires.

Pouvez-vous nous dire très rapidement, si vous êtes d`accord pour qu`on recompte les voix ?
Il n`est pas question parce que le processus a été surveillé tout au long par le 1er ministre, par le représentant du Facilitateur M. Blaise Compaoré et le représentant du secrétaire général des Nations Unies.
Ce décompte, nous l`avons reçu. Je détiens dans mes ordinateurs, les 21.000 procès verbaux des bureaux de vote. Le travail a été déjà fait. C`est tout simplement une stratégie pour Laurent Gbagbo de gagner du temps. Même le Conseil constitutionnel a les mêmes chiffres me donnant plus de 54% des votes des citoyens. Cela n`est pas acceptable ! Le Conseil constitutionnel avait le choix d`invalider le scrutin, soit de le valider, mais il ne peut pas annuler le résultat du scrutin dans un certain nombre de départements.

Est-ce pour autant dire, M. Ouattara, qu`il n`y a pas eu de fraudes dans le Nord ?
Effectivement, il n`y a pas eu de fraudes dans le Nord. Nous avons les comptes-rendus des préfets, des Forces de défense et de sécurité. Certains religieux se sont prononcés pour dire qu`il n`y avait pas de fraude dans les bureaux de vote. Il n`y a pas eu de violence. Tout ce qui est raconté par Laurent Gbagbo et son camp, ce sont des mensonges. Les violences, nous les avons vues dans le Sud-ouest. Il faut que Laurent Gbagbo arrête, qu`ils arrêtent avec les mensonges. Les Ivoiriens ont voté massivement et ils ont voté largement pour Alassane Ouattara. C`est la volonté populaire qui s`est exprimée.

Pour résumer, M. Ouattara, il n`y a plus rien à négocier, il faut que Gbagbo s`en aille ?
Oui, tout à fait. Il a perdu les élections, on le sait. Toute la Côte d`Ivoire sait que Laurent Gbagbo a été battu. Vous savez, cette élection était censée être celle de sortie de crise pour la Côte d`Ivoire. Mais voici que Laurent Gbagbo nous replonge dans une crise plus sévère que celle dans laquelle nous étions.

La seule chose sur laquelle on peut discuter, c`est la destination de son pays d`exil, c`est ça ?
Non, il peut rester en Côte d`Ivoire. Moi, je suis prêt à ce qu`il puisse jouir de ses droits d`ancien chef d`Etat. Qu`il puisse avoir une sécurité, la liberté d`aller et de venir. Je suis prêt à ces choses et je le recevrais pour les conditions de son séjour en Côte d`Ivoire, s`il le souhaite ou même des conditions de son séjour à l`étranger. Il faut qu`il s`en aille pour que la Côte d`Ivoire soit en paix.

M. Ouattara, quels sont les leviers financiers dont il dispose. Qui a les cordons de la bourse en ce moment? Est-ce vous ou lui ?
Vous savez que le conseil des ministres de l`Union économique et monétaire ouest africaine a décidé le 23 décembre qu`il n`y avait aucun doute, c`est Alassane Ouattara et ses représentants qui ont la signature. Ceci étant, Laurent Gbagbo et sa garde républicaine envoient des personnes dans les banques pour les braquer et prendre les espèces et les utiliser à des fins macabres.
Je le répète, c`est un comportement de hors-la-loi.
Laurent Gbagbo s`expose à des sanctions sévères s`il continue. Il s`expose à une décision de la Haute cour de justice en Côte d`Ivoire. Qu`il s`en aille et que les Ivoiriens retrouvent la paix.

Recevez-vous beaucoup d`appels téléphoniques régulièrement et est-ce que le soutien de Nicolas Sarkozy vous aide ou est-ce embarrassant parfois ?
C`est le camp Gbagbo qui a développé une telle attitude, mais c`est totalement faux ! Les Ivoiriens ont d`excellentes relations avec les français, dans la grande majorité. Je reçois bien sûr des appels de Nicolas Sarkozy mais aussi d`autres dirigeants du monde.
Ce qui est important, c`est d`emmener la Côte d`Ivoire à la normalité.
J`insiste sur cela car j`ai été élu pour un mandat de cinq ans et je viens de perdre un mois en grande partie parce que je suis à l`hôtel. Je veux mettre très rapidement en œuvre le programme pour lequel les Ivoiriens m`ont élu, et améliorer leur bien-être dans les plus brefs délais.
Il faut que nous puissions avoir la plénitude des fonctions pour laquelle j`ai été élu. J`ai une responsabilité à l`endroit des Ivoiriens et j`entends les exercer rapidement.

Laurent Gbagbo promet la levée du blocus de l`hôtel (du Golf Ndlr), est-ce que vous y croyez ?
Aux journalistes, vous pouvez leur demander cela. Quand ils tentaient de venir ce matin (Ndlr : hier), ils ont été plutôt agressés. Laurent Gbagbo ne respecte aucun engagement. Aucune discussion n`est possible avec lui.
Nous avons eu à discuter pendant sept ans et chaque fois, il prend des engagements qu`il ne respecte point. Alors, il est temps qu`il s`en aille, son comportement est indigne de la Côte d`Ivoire.

A vous entendre, même si vous ne le dites pas, on a l`impression qu`il n`ira que par la force.
Ecoutez, la conférence des chefs d`Etat de la Cedeao, par les entretiens que j`ai eus hier (NDLR : le 3 janvier dernier) avec le président Johnattan Goodluck, engage, sans doute d`appeler un sommet pour prendre une solution définitive.
Si la force est utilisée en Côte d`Ivoire, ce sera pour enlever Laurent Gbagbo.
Il a perdu les élections et il faut qu`il accepte de partir pour que la Côte d`Ivoire ne demeure pas dans une telle situation.

Interview retranscrite sur France 24 par CRA


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