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Politique

Côte d`Ivoire: pourquoi les intellectuels et les artistes se taisent
Publié le mercredi 12 janvier 2011   |  Libération


Présidentielles
© Abidjan.net par Prisca
La méga star du reggae ivoirien a donné un concert le jeudi 28 octobre 2010 au stade de Yopougon pour des élections apaisées.


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Ces temps-ci, Venance Konan n'habite plus chez lui. Ce journaliste et écrivain ivoirien, l'un des rares parmi ses pairs, en Côte d'Ivoire, à s'indigner contre ce qu'il considère comme un coup de force électoral de Laurent Gbagbo, change de maison chaque nuit. Il sait que son téléphone est sur écoute, mais il n'a pas changé de numéro. «Après tout, je n'ai rien à me reprocher, je ne prépare pas de coup d'Etat», sourit-il vaillamment.

Il se savait dans le collimateur. Le passage des membres du Centre de commandement des opérations de sécurité (Cecos), une force de 2000 hommes loyaux à Laurent Gbagbo et redoutés à Abidjan, lundi après-midi à son ancien domicile, a confirmé la menace. «Ils sont venus pourquoi ?» demandait le même soir un de ses amis à Venance Konan, qui se risquait encore à sortir dans un maquis de la capitale... «A ton avis, pour prendre le thé?» répondait l'auteur, qui n'a pas perdu son sens de l'humour.

Beaucoup lui témoignent leur admiration, comme ce docteur inconnu qui lui offre une bouteille en passant, ou encore ce policier qui l'a reconnu, à un barrage nocturne, mais l'a laissé passer... A tous ceux, nombreux, qui l'appellent pour le féliciter de sa dernière tribune - «Se taire, pourquoi ?» publiée sur son site Internet (www.venancekonan.com), il répond à très haute voix: «Mais toi aussi, écris! Je ne suis pas le seul à savoir écrire dans ce pays, non?» Ou encore: «Mais puisque tu es avocat, mets toi en grève! Demande à tout le barreau d'Abidjan de se mettre en grève! Tu imagines l'effet que ça ferait?»

Rares sont ceux qui osent dominer leur peur, dans une capitale quadrillée où enlèvements, disparitions et assassinats entretiennent un climat de terreur. Pour l'instant, Alpha Blondy (en photo) et Tiken Jah Fakoly sont les deux seules célébrités à avoir publiquement appelé Laurent Gbagbo à partir —bien qu'ayant voté pour lui, dans le cas d'Alpha Blondy. Un autre chanteur, la vedette locale Nguess Bonsens, a chanté un bilan critique de Laurent Gbagbo pendant la campagne : «Dix ans de galère, dix ans de dictature, dix ans sans emplois, dix ans sans salaires, dix ans sans la paix, dix ans sans la démocratie, dix ans de mensonge, dix ans de refondation, mais on n'a jamais vu le mur»...

Un collectif de chanteurs, parmi lesquels figurent deux Bétés, l'ethnie de Gbagbo, Noël Dourey et Paulin Lago, ont eux aussi fait des affiches exprimant leur sympathie pour Ouattara pendant la campagne. L'écrivaine Fatou Keita, de son côté, a publié un texte intitulé «Pourquoi j'irai marcher», le 16 décembre, jour de la marche des partisans de Ouattara sur la Radio-télévision ivoirienne (RTI), qui s'est soldée par un bilan de 173 morts en une semaine, selon les Nations unies. Sinon, c'est silence radio —au grand dam de Venance Konan.

Par Sabine Cessou (à Abidjan)
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